Berlin (was) calling : Première étape

Jour 4, Berlin, 344 km

Avant de me lancer dans le récit de mes aventures, je voudrais déjà vous remercier pour tous vos messages et commentaires sur le blog, ça a été une belle surprise lorsque j’ai rallumé mon téléphone en arrivant à Berlin. J’espère que vous ne vous m’en voulez pas trop du délai de mes réponses, mais je laisse la plupart du temps le téléphone en mode avion pour garder de la batterie et je ne l’utilise que quand je suis en ville avec possibilité de le charger le soir. Et pour ceux qui auraient voulu une mise à jour quotidienne du blog, je pense plutôt le faire maximum une à deux fois par semaine, donc ne vous inquiétez pas si vous n’avez pas de nouvelles pendant quelques jours, c’est à partir d’une semaine qu’il faudra commencer à se faire du souci… Le prochain post viendra de Dresde, probablement vendredi ou samedi…

Ensuite, Jay et moi voulons vous faire part d’un heureux événement (oui, c’est vrai que c’est un peu tôt dans le voyage, mais ce genre de choses ne se prévoit pas) : notre famille s’est agrandie d’un petit Bob, 10,8 cm et 7,3 g de bonheur qui nous est tombé dessus avant même que nous ne partions samedi dernier (les plus perspicaces d’entre vous auront déjà remarqué que la section « About » du blog a été mise à jour, avec une chanson qu’un fan rencontré sur la route a composé pour le nouveau membre de la famille). Il siège fièrement depuis sur le guidon de Jay et signale notre arrivée à tous les cyclistes et piétons que nous croisons. Vous risquez de le voir apparaître de temps en temps sur les photos du voyage…

Mais trêve de plaisanteries, passons aux choses sérieuses. Quelques chiffres d’abord sur cette première étape : 3 jours, 341 kilomètres, 19 heures et 5 minutes de pédalage, 0 (!!) coups de soleil (je sais, certains vont me traiter de menteur mais je vous assure que c’est vrai), 3 448 mouches, moucherons et autres insectes exterminés, 6 Länder traversés, 13 litres d’eau, une barquette de frites et un Coca.

Hambourg – Dömitz
Dömitz – Ohnewitz
Ohnewitz – Berlin

 Ce sont aussi 2 nuits dans la forêt. Pour une première expérience du camping sauvage, je trouve que nous nous en sortons assez bien. Les bidons remplis, je parviens à trouver un petit bois chaque soir pour y dresser ma tente. Seul problème, je suis assailli en permanence par les moustiques, réveillé par le moindre craquement de branche ou aboiement d’un chien dans le lointain, persuadé que 1. un ours va venir me lécher les doigts de pieds, ou bien 2. le garde-chasse local va venir me déloger à coups de chevrotine mais que dans tous les cas ça va mal se finir (en réalité, aucun problème à signaler hormis les piqures de moustique, mais comme je ne suis pas en sucre, je les ignore et je passe à autre chose… tout ça c’est dans la tête). Je crois que la présence de Bob a été suffisamment dissuasive pour qu’aucune bête sauvage ne se risque à s’approcher.

Le campement du premier soir

Deuxième nuit: sous les sapins
Bob qui monte la garde

Ce sont aussi 2 villes étapes : Première nuit : Dömitz, petite bourgade au bord de l’Elbe qui se trouvait très près du rideau de fer pendant la guerre froide, si bien qu’un de ses quartiers, Rüterberg, proclama la « République Villageoise de Rüterberg » le 8 novembre 1989 pour protester contre les mesures d’isolement. Probablement impressionné par la résolution des villageois, le gouvernement Est-allemand annonça le 9 novembre que tous les citoyens d’Allemagne de l’Est pourraient librement circuler vers l’Ouest. Deuxième nuit : Ohnewitz. Ce n’est pas une blague. (Pour les non germanophones, Ohnewitz pourrait se séparer en 2 mots (Ohne et Witz) ce qui est une expression couramment utilisée en allemand et signifiant « Sans blague »). Hormis ces petites anecdotes croustillantes, je n’ai même pas de photos à vous montrer, rien ne sortant de l’ordinaire dans ces charmantes bourgades…

Finalement cette étape c’est avant tout l’Elbe, la piste cyclable sur la digue, le plat, les rangées d’arbres au bord de la route qui donnent un peu d’ombre et de fraîcheur, les cyclistes (nombreux !) croisés en chemin, jeunes et vieux, qui ont l’air d’être partis en balade pour le weekend ou comme moi lancés dans un plus long trajet, des vélos électriques, de course, de randonnée mais pas de VTT (sur le plat en même temps ça fait pas envie). Ce sont des sourires, des « Moin », des « Hallo », des « Hi », des petits signes de la main en passant. C’est aussi principalement du soleil, quelques nuages de temps en temps pour garder la température dans le domaine du supportable et une petite averse le dernier jour à une quarantaine de kilomètres de Berlin. C’est aussi un gros orage, mais une heure après l’arrivée à Berlin, du coup bien à l’abri dans un café. C’est très peu de vent, si ce n’est une légère brise dans le dos au matin du troisième jour. Ce sont les traces du rideau de fer, ces panneaux commémoratifs qu’on croise parfois au détour d’un virage. C’est ce vieil allemand qui me recommande une route meilleure que celle que me propose le GPS alors qu’on discute à la terrasse d’une boulangerie autour du petit déjeuner (j’ai d’ailleurs bien fait de suivre son conseil, c’était un régal). Mais le meilleur dans tout ça, c’est que ce n’est que le début…

C’est plat…
L’Elbe qui s’écoule paresseusement…
La route à l’ombre des arbres…
Arrivée à Berlin!

First Challenge : Packing…

Day -1, Hamburg, 3 km

Survival course 101, end of the first day. The participants are looking at each other, frightened, not certain of what awaits them after this hard day. The instructor enters the room and tells them, « My friends, the last test of the day will not be the easiest: you will all go home and prepare a bag so that you can survive for a year. Little constraint: you will have to carry this bag with you every day. Good luck ! »

I imagine that some of you (myself included to be honest) would have the impression of facing an unprecedented challenge in the history of Humanity, especially since I tell myself that each time I’ll have to climb I will regret any superfluous underpants that I would have dared to take. At the same time, I’m not sure I want to wear one of these underwear for 5 days in a row. Quickly said, a Herculean task, which I take on with enthusiasm as the start draws closer.

Quick summary of the results: T-shirts, underpants and socks (I would keep the exact quantities secret to not shock young readers), shoes and outfit for hiking (especially pants that can be transformed into shorts, Loub’s if you read me I hope that you are proud of me), swimsuit and flip flops (you never know, I could possibly meet the sun, even if the last days in Hamburg tend to prove the opposite), camping material (tent, sleeping bag, floor mat an     d pillow), kitchen equipment, camera, computer, writing material, guides for the first 3 countries I will visit (Czech Republic, Austria, Switzerland), a book (I count on meetings along the way to expand my library), bicycle equipment (including 2 spare tubes), first aid kit and sunscreen (even if my legs have already adopted the vanilla-strawberry style since the last bike ride), nice clothes to be able to wander in town without immediately passing for a tourist (even if my beard probably betrays me at first sight …), extra battery and various prepared meals, seeds and other dried fruits to feed myself on the road.

A full (too full?) table

I spread out all this mess on the dining table and I start to tell myself that it will never fit in the saddlebags, that it will be much too heavy, that each time the road goes up I will have to push my bike or be towed by a charitable soul, in short, I start to lose confidence a bit… Then I try to make everything fit in the bags, and I must say that I am surprised at all the room that I have left at the end. I start to wonder if I haven’t forgotten something, if I shouldn’t take one or two more underpants, if I have enough food… I finally convince myself that everything will be fine , and that at worst I will not be in the middle of nowhere and that I will have the opportunity to supplement my equipment on the road or possibly get rid of the unnecessary if the slope turns out to be too steep.

At the end it still all fits in the bags!

I load it all up on Jay, and try to do a few hundred meters on the bike to make sure I can move forward and ride it properly. After a few difficulties at the beginning (the bags at the front of the bike amplify all the movements I make), I gain enough confidence to get on the road and drop off my stuff at Etienne’s. Result: the first 3 kilometers of my trip went without a hitch and I arrived at my destination!

In the end, I must say that I am quite satisfied with the result of this first mission I had to accomplish: in addition to covering all the primary needs which I imagine I will have to face in the coming months (at least weeks, but with a little optimism month too), all this material has the good idea to fit in my bags! I fine-tune Jay’s settings once again, check one last time that I have put everything in the bags while trying to distribute the loads as well as possible, look again at the route of my first day (follow the Elbe until I’m fed up with it or it is dark, depending on which event occurs first), take a look at the weather (thunderstorms planned for Monday towards Berlin, we’ll see if my coat is waterproof) and I finally consider that I am ready… I can’t wait for tomorrow!!

My speedster in the starting blocks

Premier défi : faire ses sacs…

J-1, Hamburg, 3 km

Cours de survie 101, fin du premier jour. Les participants se jettent des regards pas très rassurés, pas certains de ce qui les attend après cette dure journée. L’instructeur entre dans la salle et leur dit : « Les amis, la dernière épreuve de la journée ne sera pas la plus simple : vous allez tous rentrer chez vous et préparer un sac pour pouvoir survivre pendant un an. Petite contrainte : il va falloir que vous portiez ce sac avec vous tous les jours. Bonne chance ! »

J’imagine que certain.e.s d’entre vous (et moi le premier pour être honnête) auraient l’impression de faire face à un défi sans précédent dans l’histoire de l’Humanité, d’autant plus que je me dis que chaque montée me fera regretter tout caleçon superflu que j’aurai osé emporter. Dans le même temps, je ne suis pas sûr de vouloir mettre un desdits caleçon pendant 5 jours de suite. Bref, tâche herculéenne à laquelle je m’attelle avec enthousiasme alors que le départ se rapproche.

Bilan des courses : tee-shirts, caleçons et paires de chaussettes (je tairai les quantités exactes pour ne pas choquer les jeunes lecteurs), chaussures et tenue pour la randonnée (notamment un pantalon transformable en short, Loub’s si tu me lis j’espère que tu es fier de moi), maillot de bain et tongs (on ne sait jamais, je pourrai éventuellement être amené à rencontrer le soleil, même si les derniers jours à Hambourg tendent à prouver le contraire), nécessaire de camping (tente, sac de couchage, tapis de sol et oreiller), matériel de cuisine, appareil photo, ordinateur, de quoi écrire, guides pour les 3 premiers pays que je vais visiter (République Tchèque, Autriche, Suisse), un livre (je compte sur les rencontres en cours de route pour étoffer ma librairie), matériel de vélo (dont 2 chambres à air de rechange), trousse de premiers secours et crème solaire (même si mes jambes ont déjà adopté le style vanille-fraise depuis la dernière sortie vélo), tenue correcte pour pouvoir me balader en ville sans passer immédiatement pour un touriste (même si ma barbe me trahit probablement au premier regard…), batterie d’appoint et divers plats préparés, graines et autres fruits secs pour me sustenter sur la route.

Une table bien (trop?) remplie

J’étale tout ce bazar sur la table de la salle à manger et je commence à me dire que ça ne va jamais rentrer dans les sacoches, que ça va être beaucoup trop lourd, que chaque fois que la route va monter je vais devoir pousser mon vélo ou me faire remorquer par une âme charitable, bref, je commence à faire un peu moins le malin… Ensuite j’essaie de tout faire rentrer dans les sacs, et là je dois dire que je suis surpris de la place qu’il me reste à la fin. Je commence à me demander si je n’ai pas oublié quelque chose, si je ne devrais pas quand même prendre un ou deux caleçons de plus, si j’ai prévu assez de bouffe… Je finis par me convaincre que tout va bien se passer, et que au pire je ne vais pas non plus être au milieu de nulle part et que j’aurais l’occasion de compléter mon matériel sur la route ou éventuellement de me débarrasser du superflu si la pente s’avère trop raide.

Au final tout rentre dans les sacs

Je charge le tout sur Jay, et essaye de faire quelques centaines de mètres sur le vélo pour m’assurer que je vais pouvoir avancer et piloter la mule. Après quelques premiers virages un peu hasardeux (les sacoches à l’avant du vélo amplifient tous les mouvements que je fais), je prends suffisamment confiance pour me lancer sur la route et aller déposer mes affaires chez Etienne. Bilan des courses : les premiers 3 kilomètres de mon voyage se sont passés sans encombres et je suis bien arrivé à destination !

Au final, je dois dire que je suis assez satisfait du résultat de cette première mission qui m’était confiée: en plus de couvrir tous les besoins primaires auxquels je m’imagine devoir faire face dans les prochains mois (au moins semaines, mais avec un peu d’optimisme mois aussi), tout ce beau matériel a la bonne idée de rentrer dans mes sacoches de mon vélo ! Je peaufine encore une fois les réglages de Jay, vérifie une dernière fois que j’ai bien tout mis dans les sacs tout en essayant de répartir au mieux les charges, regarde à nouveau l’itinéraire de ma première étape (suivre l’Elbe jusqu’à ce que j’en ai marre ou qu’il fasse nuit, selon l’événement qui se produit en premier), jette un œil sur la météo (orages prévus pour lundi vers Berlin, on va voir si mon manteau est imperméable) et je finis par considérer que je suis prêt… Vivement demain !!

Mon bolide dans les starting blocks!