DOUBLE BREAK!

Day 192, Avignon, 11.231 km

I had left Jay at the repair shop before the holidays, my heart full of hope and my head full of plans, already rejoicing at the idea of ​​skirting the Mediterranean from Spain, hair in the wind and facing the sun, while the rest of Europe would suffer from cold waves and snowstorms… And then life reminded me that the plans that come true are often those that were not planned. Considering that it took me almost 3 weeks to get a new wheel for Jay, that it’s cold everywhere (and finally I ended up realizing something: biking by 4 ° and in the rain is really not funny) and that this dear virus is locking everyone in their homes, I decided to take another break. New start planned for the beginning of March, hoping to see it a little clearer (in every sense of the word) by then! In exchange for these two months of break, I will extend the adventure for two more months this summer, which will provide you with reading material until the end of August!

But rest assured, I have been very busy all the same during all this time: a bit of cycling to go see my aunt, including a small detour in the vineyards of Châteauneuf-du-Pape. A tour of the Aix hinterland to try my cousin’s Christmas present, with a little tour in the Maquis (where the French resistants were hiding during WWII) and a passage at high altitude in the middle. A brand new wheel and full overhaul for Jay and a round trip to Marseille to top it off.

In the vineyards near Châteauneuf-du-Pape
The climb is steep …
… but the view at the top is worth the effort

So I pick up Jay equipped with his new wheel and prepare to leave for Marseille. I think for a long time about how best to describe the feeling I have when I see this wheel, the promise of a bright future without broken spokes long detours by the first available repairman. I had a few hours of cycling to think about it, and I finally came to the conclusion that the best way to say it would be to let my faithful companion speak: Jay is beaming !! (the joke works only in French sadly…)

Brand new Jay!

Departure for Marseille, I once again take the road that leads me to Mallemort (for the 4th time already, I am starting to know it by heart), in a light rain (I always had a knack for choosing my moments) and with the wind in the face (it seems that it only happens once every 20 years to have a wind that comes from the South-East, a real talent I’m telling you …). But we have a good time anyway, I’m happy to be able to do a little cycling again, and since I’m not in sugar I don’t even feel the rain (which stops very quickly by the way). To make my job easier, I decided to take a little detour up the heights to the north of Marseille so as to avoid too much of the town at once. “Great idea!” I say to myself, contemplating the view after a painful climb. The sky is a little gray but I can see Marseille in the distance, the sea too, and even a superb high voltage line which enhances the beauty of the landscape!

The Sainte-Anne pass…
… and the view over Marseille

When I start the descent, I tell myself that in the end maybe it was not such a good idea: there are holes and stones everywhere, I’m afraid of breaking Jay’s new wheel (!!!) … Finally, despite the cramps that are starting to be felt in my hands, I arrive at the bottom of the slope without damage and I quietly finish the last kilometers that remain until the finish at Régis and Béné’s. Then after a good shower, an invigorating aperitif, a hearty dinner and an OM match (tradition obliges!), I hit the road the next day to go to Benoit and Margaux.

It seems that it hardly ever rains in Marseille. Well, I probably brought something from Hamburg in my saddlebags: the city tour is cut short due to a heavy downpour. Never mind, we get revenge during the weekend: plane ride with Mika over Marseille on Saturday morning and hike in the calanques on Sunday. And all under a radiant sun!

The A-team!
The blue coast
The calanques under the sun
Rather pleasant view for a picnic break

The next day, final step before the Break. Wind is announced, from the North-West this time, therefore against me (I told you that I knew how to choose my moments). The start of the stage is rather quiet, we cross the magnificent northern districts of Marseille, with from time to time a huge hill that comes out a little out of nowhere and then descends immediately after … I then go through Aix (quite dead in this period COVID) and just arrived at lunchtime in Venelles to meet my aunt and my grandmother. So far, so good !

The afternoon promises to be long, very long, especially as the wind starts to blow and I ride in endless and well-exposed straight roads. And as a bonus, I am redoing the Mallemort-Avignon section for the 5th time, I even forget to marvel at the beauty of the landscapes. But all good things unfortunately come to an end, I arrive in Avignon and I drive Jay back to the garage for him to spend the month of February warm!

Break now, with train trips for the next few weeks and a resumption of the cycling season scheduled for early March! Until then, be well and enjoy the winter!

Mid-term review

RE-PAUS(E)!

Jour 192, Avignon, 11.231 km

J’avais laissé Jay chez un réparateur avant les fêtes, le cœur empli d’espoir et des plans plein la tête, me réjouissant déjà à l’idée de longer la Méditerranée depuis l’Espagne, cheveux au vent et face au soleil, pendant que le reste de l’Europe subit vagues de froid et tempêtes de neige… Et puis la vie s’est chargée de me rappeler que les plans qui se réalisent sont souvent ceux qu’on n’avait pas planifiés. Vu qu’il m’a fallu quasiment 3 semaines pour récupérer une nouvelle roue pour Jay, qu’il fait froid partout (et que j’ai fini par me rendre à l’évidence : le vélo par 4° et sous la pluie c’est vraiment pas marrant) et que ce cher virus enferme tout le monde chez soi, j’ai décidé de faire une nouvelle pause. Nouveau départ prévu au début du mois de Mars, en espérant y voir un peu plus clair (dans tous les sens du terme) d’ici là ! En échange de ces deux mois de pause, je prolongerai l’aventure de deux mois de plus cet été, ce qui vous fera de la lecture jusqu’à fin Août!

Mais rassurez-vous, je me suis tout de même bien occupé pendant tout ce temps : un peu de vélo pour aller voir ma tante, avec notamment un petit détour dans les vignes de Châteauneuf-du-Pape. Un tour dans l’arrière-pays aixois pour étrenner le cadeau de Noël de ma cousine, avec un petit tour dans le maquis et un passage en haute altitude au milieu. Une nouvelle roue toute neuve et une révision complète pour Jay et un aller-retour à Marseille pour couronner le tout.

Dans les vignes vers Châteauneuf-du-Pape
La montée est sévère…
… mais la vue en haut vaut le détour

Je récupère donc Jay équipé de sa nouvelle roue et me prépare à partir pour Marseille. Je réfléchis longuement à la meilleure manière de dépeindre le sentiment qui m’habite quand je vois cette roue, promesse d’un avenir radieux sans rayons cassés ni détours en catastrophe par le premier réparateur venu. J’ai eu quelques heures de vélo pour y penser, et je suis finalement parvenu à la conclusion que la plus belle façon de le dire serait de laisser parler mon fidèle compagnon : Jay rayonne !! (vous avez compris ?)

Jay rayonne (pour ceux qui n’auraient toujours pas fait le lien…)

Départ pour Marseille donc, je prends une nouvelle fois la route qui me mène à Mallemort (pour la 4ème fois déjà, je commence à la connaitre par cœur), sous une légère pluie (j’ai toujours eu le chic pour choisir mes moments) et avec le vent dans le nez (il paraît que ça n’arrive qu’une fois tous les 20 ans d’avoir un vent qui vient du Sud-Est, le talent je vous disais …). Mais on passe un bon moment tout de même, je suis content de pouvoir refaire un peu de vélo, et puis comme je ne suis pas en sucre je ne sens même pas la pluie (qui s’arrête très vite d’ailleurs). Pour me simplifier la tâche, j’ai décidé de faire un petit détour par les hauteurs au Nord de Marseille histoire d’éviter de faire trop de ville d’un coup. « Bien m’en a pris ! », me dis-je en contemplant la vue après une montée bien casse-pattes. Le ciel est un peu gris mais je distingue Marseille dans le lointain, la mer aussi, et même une superbe ligne à haute tension qui rehausse la beauté du paysage !

Le col Sainte-Anne…
… et la vue sur Marseille

Quand je commence la descente, je me dis que finalement ce n’était peut-être pas une si bonne idée : il y a des trous et des cailloux partout, j’ai peur de casser la roue neuve (!!!) de Jay… Finalement, malgré les crampes qui commencent à se faire sentir dans mes mains, j’arrive sans dommages en bas de la pente et je finis tranquillement les derniers kilomètres qui restent jusqu’à l’arrivée chez Régis et Béné. Puis après une bonne douche, un apéro revigorant, un dîner bien copieux et un match de l’OM (tradition oblige !), je reprends la route le lendemain pour aller chez Benoit et Margaux.

Il parait qu’il ne pleut quasiment jamais à Marseille. Eh bien j’ai dû ramener quelque chose depuis Hambourg dans mes sacoches : la visite de la ville est écourtée à cause d’une belle averse. Qu’à cela ne tienne, on se venge pendant le weekend : tour en avion avec Mika au-dessus de Marseille le samedi matin et randonnée dans les calanques le dimanche. Et le tout sous un soleil radieux !

La fine équipe !
La côte bleue
Les calanques sous le soleil
Vue plutôt agréable pour une pause pique-nique

Le lendemain, étape finale avant la Pause. Du vent est annoncé, du Nord-Ouest cette fois, donc de face (je vous disais que je savais choisir mes moments). Le début de l’étape est plutôt tranquille, on traverse les magnifiques quartiers nord de Marseille, avec de temps en temps une énorme côte qui sort un peu de nulle part et qui redescend immédiatement après… Je traverse ensuite Aix (assez mort en cette période de COVID) et arrive juste à l’heure du déjeuner à Venelles pour y retrouver ma tante et ma grand-mère. Jusqu’ici, tout va bien !

L’après-midi s’annonce longue, très longue, surtout que le vent se met à souffler et que je roule sur des lignes droites interminables et bien exposées. Et en prime, je refais le tronçon Mallemort-Avignon pour la 5ème fois, j’en oublie même de m’extasier devant la beauté des paysages. Mais bon, toutes les bonnes choses ayant malheureusement une fin, j’arrive à Avignon et je rentre Jay au garage pour qu’il y passe le mois de février au chaud !

Pause maintenant donc, avec des déplacements en train pour les prochaines semaines et une reprise de la saison cycliste prévue début Mars ! D’ici là portez-vous bien et profitez de l’hiver !

Bilan de mi-parcours

Christmas!

Day 154, Avignon, 10.763 km

Here we are, slowly but surely, I’m approximately halfway. 5 months already since I left under the sun in Hamburg, and I ended up arriving in Avignon. And since Jay was starting to limp a little (I’m breaking a spoke every other day at the moment), I decided to offer him a new wheel for Christmas, which forces me to stay a little longer than planned at my uncle and my aunt before leaving for Spain. The plan to spend New Year’s Eve in Barcelona will not come to life, which was more or less sure anyway because of this damn virus… In short, departure expected in early january but still nothing certain for the moment…

But I left you in Toulouse with my mouth full of raclette… I took advantage of these few days in the pink city to see friends and family, admire a “champagne” rugby sequence from the Stade Toulousain, make a little pilgrimage to the rue de l’Étoile (where I use to live as a student), chat with the next generation of Supaéro engineers, meet lots of babies, visit a house under construction, discover the charming little town of Gragnagues and above all empty the fridges and cellars of my hosts… a treat!

Engineers of the future!

But all good things having a beginning, I hit the road again to join Chantal and Olivier, the next family members on my list of visits, in Saint Thibéry. I take my time so much that I don’t leave until around noon… We relax a bit, Mr. Lunet, Jay tells me… Nice start of the stage, It’s warm for the first time since I left my parents’ house. Everything goes well until Lavaur (nice bridge by the way) then flat tire. The front wheel for a change. While I’m repairing the wind is picking up. Great. And he blows hard on top of that. I lower my head and push the pedals. At Castres, I am looking forward to get to the cycle path I saw on the map, the Passa Païs, which should almost lead me to my destination. I imagine trees to protect me from the wind, a quiet little road away from cars, a nice thing… But what a mistake… He should have known… I am offered a superb departmental road, very crowded, with night beginning to fall, and still a small and sneaky headwind until Mazamet. Awesome. It’s then a little better but it’s pitch dark, the batteries in my headlamp are not very strong and I can barely see a meter in front of me. I start to look for a place to stop. I look to the right: sheer rock. On the left: same… I continue a bit and finally find a little corner sheltered from the wind. Perfect!

The next day, my gas cylinder dies as the water for my tea starts to boil. Easy. The rain starts to fall as I get back on the bike. Not so easy. But I’ll sleep in a bed tonight. Quite easy in the end. The landscapes are superb, I cross a river every kilometer, I have great views of the surrounding hills assailed by clouds, of the villages nestled in the valley, I really enjoy it!

The Passa Païs in the early morning
The mountains in the rain
The village of Olargues seen from the Gustave Eiffel bridge (we recognize the style)

The end of the stage is a bit long, I’m a little fed up with being wet despite the encouragements from my inner self and I’m happy to arrive. The shower, the snack, the dinner and the discussions that await me are all the more pleasant. Olivier tells me in particular: « Be careful if the road is flooded, do not try to go through at all costs ». Banco! The next day, I didn’t ride a kilometer that I see water on the road. I pass a first puddle. I go for the second, my feet are in the water after 10 meters. Bad idea. Fortunately, another cyclist shows me a railroad track that overlooks the road and appears to be dry. From what I can observe from my perch, I did well not to insist!!

This is not a river … it is a road

So I continue my journey, soaked but happy. The weather is nice, it is even starting to get hot! And in addition I arrive at the sea. Under the sun. The dream. The cycle path runs along the beach. Not very sheltered and the wind blows hard but the view is worth it. I pass through Palavas-les-flots, La Grande Motte: I just have to close my eyes to imagine the hordes of vacationers, the monster traffic jams, bumper against bumper, but there, no one. Just Jay, Bob and I, and the occasional little granny who takes her afternoon walk. And the sun (I know I put a lot of emphasis on the sun but it’s been a while since I last saw it…).

The beach

I follow the cycle path, and my shadow follows me (I almost forgot this one existed). Aigues-Mortes. My watch tells me an altitude of -10 meters. I tell myself that we will have to mark this place with a white stone for the future pilgrims as the lowest point of the trip. Google unfortunately disagrees, we are roughly at sea level. Missed.

The ramparts of Aigues-Mortes…
…and its port

The road continues along Canal from the Rhône to Sète, in the Camargue. A delight. The pine forests on the sides of the road make me want to stop there to sleep. I see birds, ponds, towers, bulls and even people, it feels like summer again. I find myself in the middle of the ponds: I spend 15 minutes stopping every 10 meters to take a photo. Then an hour and a half, headwind and in a straight line out of the ponds. Expensive pictures… The sun is setting behind my back, the wind has dropped a little, a beautiful day is ending. I pass Arles and stop in a small village just after in the municipal stadium (I was told that this was the pinnacle for wild camping, so let’s test!)

The Camargue…
…and its ponds…
…under the setting sun

10:00 pm. A lamp lights up my tent. I stick my head out: “Good evening! – Good evening, it’s the Gendarmerie. Don’t worry, we’re not here to steal your bike « . Nice these gendarmes, immediately reassuring. « You are passing by? » No, not at all, I bought these 4 square meters of lawn to settle there. « Are you leaving tomorrow? – Yes, around 8 am – Very well, good evening then » Either they were a little zealous, or I was seen and reported. I’m starting to wonder if someone isn’t really going to come and steal my bike. So I tie him up.

10:30 pm. I hear footsteps around the tent. I put my head out: “Good evening! Good evening » A young man, tracksuit, sneakers, cap « The gendarmes are around here, I wanted to warn you. – That’s nice, they already passed by. – Pay attention to yourself » There are just too many people interested in me. I tie Jay to a fence. And I wake up almost every two hours to check if he’s still there. In the morning he did not leave, phew … Conclusion: it is true that you sleep well at a stadium, on the other hand I will find myself a smaller village next time to avoid night visits…

The next day I’m looking (again) for a repairman for a spoke. I find one in Salon de Provence. As my uncle Jean-Claude told me, this is not the most beautiful section of the trip: a highway on the left, pebbles on the right, and wind ahead. Straight line for 20 kilometers. Besides, when I get to Salon, the guy tells me he doesn’t have time. No problem, I find another one in Venelles, just next to my aunt Sylvie’s where I am expected for lunch. The road winds through the olive trees, I have the mountains to my right and to my left and even though the sky is gray it is still not raining. I meet Sylvie, the cousins ​​and Grandma for lunch before heading back to Avignon.

I start with a big hill (with a full stomach that’s great) then a loooooooooong descent before following the Durance canal. Wind in the back, on the flat, I ride well. The Alpilles on my right and the sun in my eyes. Then I cross the Durance and ride along the Lubéron. It is superb. It climbs a bit in the forest but not too much either. I’m supposed to meet Jean-Claude in Caumont-sur-Durance, so I do a little time trial between Cavaillon and Caumont: more than 30 km/h on average, heavy legs, and I finally find my dear uncle to finish the stage and arrive in Avignon.

The Alpilles
Crossing the Durance
The Lubéron
The light at the end of the tunnel

Rest now, with a fresh start in January, depending on the progress of containment measures and my dear Jay’s health. Until then, merry Christmas everyone!!!

Noël!

Jour 154, Avignon, 10.763 km

Et voilà, tout doucement, on arrive à la moitié du voyage. 5 mois déjà que je suis parti sous le soleil à Hambourg, et j’ai fini par arriver en Avignon (je me suis laissé dire que les puristes de la langue française n’arrivent pas à Avignon mais en Avignon… Même si c’est à vélo…). Et comme Jay commençait un peu à tirer la langue (je casse un rayon tous les deux jours en ce moment), je me suis décidé à lui offrir une nouvelle roue pour Noël, ce qui me force à rester un peu plus longtemps que prévu chez mon oncle et ma tante avant de repartir pour l’Espagne. Le plan de passer le nouvel an à Barcelone tombe donc à l’eau, ce qui était plus ou moins annoncé de toute manière à cause de ce satané virus… Bref, départ espéré début janvier mais encore rien de certain pour le moment…

Mais je vous avais laissé à Toulouse la bouche pleine de raclette… J’ai donc bien profité de ces quelques jours dans la ville rose pour voir les copains et la famille, admirer une séquence de rugby champagne du Stade Toulousain, faire un petit pèlerinage rue de l’Étoile (colloc étudiante), discuter avec la prochaine génération d’ingénieurs Supaéro, rencontrer plein de bébés, visiter une maison en chantier, découvrir la charmante petite bourgade de Gragnagues et surtout vider les frigos et les caves de mes hôtes… un régal !

Les ingénieurs du futur !

Mais toutes les bonnes choses ayant un début, je reprends la route pour rejoindre Chantal et Olivier, les prochains membres de la famille sur ma liste de visites, à Saint Thibéry. Je prends tellement mon temps que je ne pars que vers midi… On se relâche un peu monsieur Lunet, me dit Jay… Début d’étape agréable, j’ai chaud pour la première fois depuis que je suis reparti de chez mes parents. Tout se passe bien jusqu’à Lavaur (joli pont d’ailleurs) puis je crève. La roue avant pour changer. Pendant que je répare le vent se lève. Super. Et il souffle fort en plus. Je baisse la tête et j’appuie sur les pédales. Au niveau de Castres, je me réjouis de trouver une voie verte, la Passa Païs, qui doit quasiment m’amener à destination. J’imagine des arbres pour me protéger du vent, une petite route tranquille loin des voitures, un truc sympa quoi… Mais quelle erreur… Il aurait dû s’en douter… J’ai le droit à une superbe départementale bien bondée, la nuit qui commence à tomber, et toujours un petit vent de face bien mesquin jusqu’à Mazamet. Génial. Ensuite ça s’arrange un peu mais il fait nuit noire, les piles de ma lampe frontale ne sont pas bien vaillantes et je vois à peine à un mètre devant moi. Je commence à chercher un endroit pour m’arrêter. Je regarde à droite : paroi rocheuse à pic. A gauche : pareil… Je continue un peu et finit par trouver un petit coin abrité du vent. Parfait !

Le lendemain, ma bonbonne de gaz se termine au moment où l’eau de mon thé se met à bouillir. Facile. La pluie commence à tomber au moment où je remonte sur le vélo. Moins facile. Mais je dors au sec ce soir. Facile quand même. Les paysages sont superbes, je croise un fleuve tous les kilomètres, j’ai de superbes points de vue sur les collines aux alentours assaillies de nuages, sur les villages nichés dans la vallée, je me régale !

La Passa Païs au petit matin
Les montagnes sous la pluie
Le village d’Olargues vu depuis le pont Gustave Eiffel (on reconnait le style)

La fin de l’étape est un peu longue, j’en ai un peu marre d’être mouillé malgré les exhortations de mon moi intérieur et je suis bien content d’arriver. La douche, le casse-croûte, le dîner et les discussions qui m’attendent n’en sont que plus agréables. Olivier me dit notamment : « Fais attention si la route est inondée, ne cherche pas à passer à tout prix ». Banco ! Le lendemain, je n’ai pas fait un kilomètre que je vois de l’eau sur la route. Je passe une première flaque. Je me lance dans la deuxième, j’ai les pieds dans l’eau au bout de 10 mètres. Mauvaise idée. Heureusement, un autre cycliste me montre une voie ferrée qui surplombe la route et qui semble être au sec. Au vu de ce que je peux observer depuis mon perchoir, j’ai bien fait de ne pas insister !!

Ceci n’est pas une rivière… c’est une route

Je continue donc ma route, trempé mais content. Il fait beau, il commence même à faire chaud ! Et en plus j’arrive à la mer. Sous le soleil. Le rêve. La piste cyclable longe la plage. Pas très abritée du coup mais la vue en vaut la peine. Je passe par Palavas-les-flots, La Grande Motte : il me suffit de fermer les yeux pour imaginer les hordes de vacanciers, les embouteillages monstres, pare choc contre pare choc, mais là, personne. Juste Jay, Bob et moi, et la petite mamie occasionnelle qui fait sa promenade de l’après-midi. Et le soleil (je sais que j’insiste beaucoup sur le soleil mais ça faisait un petit moment que je ne l’avais pas vu…).

La plage

Je suis la piste cyclable, et mon ombre me suit (j’avais presque oublié qu’elle existait celle-là). Aigues-Mortes. Ma montre m’indique une altitude de -10 mètres. Je me dis qu’il va falloir marquer cette endroit d’une pierre blanche pour les futur(e)s pélurin(e)s comme le point le plus bas du voyage. Google n’est malheureusement pas d’accord, on est à peu près au niveau de la mer. Raté.

Les remparts d’Aigues-Mortes…
… et son port

La route continue le long du canal du Rhône à Sète, en Camargue. Un régal. Les forêts de pins sur les côtés de la route me donnent envie de m’y arrêter pour dormir. Je croise des oiseaux, des étangs, des tours, des taureaux et même des gens, j’ai l’impression d’être à nouveau en été. Je me retrouve au milieu des étangs : je passe 15 minutes à m’arrêter tous les 10 mètres pour faire une photo. Puis une heure et demie, vent de face et en ligne droite à sortir des étangs. Ça fait cher les photos… Le soleil se couche dans mon dos, le vent est un peu tombé, une belle journée qui se termine. Je passe Arles et m’arrête dans un petit village juste après dans le stade municipal (on m’a dit que c’était le summum pour le camping sauvage, on va donc tester !)

La Camargue …
… et ses étangs …
… sous le soleil couchant

22:00. Une lampe éclaire ma tente. Je sors la tête : « Bonsoir ! – Bonsoir, c’est la Gendarmerie. Ne vous inquiétez pas on n’est pas là pour voler votre vélo ». Sympa ces gendarmes, tout de suite rassurants. « Vous êtes de passage ? » Non pas du tout, j’ai racheté ces 4 m² de pelouse pour m’y installer. « Vous repartez demain ? – Oui, vers 8h – Très bien, bonne soirée alors » Soit ils faisaient un peu de zèle, soit on m’a vu et dénoncé. Je commence à me demander si quelqu’un ne va pas vraiment venir pour voler mon vélo. Du coup je l’attache.

22:30. J’entends des bruits de pas autour de la tente. Je ressors la tête : « Bonsoir ! Bonsoir » Un jeune, survèt, baskets, casquette « Les gendarmes tournent ici, je voulais vous prévenir. – C’est gentil, ils sont déjà passés. – Faites attention à vous » Ça fait vraiment trop de monde qui s’intéresse à moi. J’attache Jay à une barrière. Et je me réveille quasiment toutes les deux heures pour vérifier s’il est toujours là. Au petit matin il n’est pas parti, ouf… Bilan : c’est vrai qu’on dort bien au stade, en revanche je me trouverai un village un peu plus petit la prochaine fois pour éviter les visites nocturnes…

Le lendemain je cherche (encore) un réparateur pour un rayon. J’en trouve un à Salon de Provence. Comme mon oncle Jean-Claude me l’avait dit, ce n’est pas le plus beau tronçon du voyage : une autoroute à gauche, des cailloux à droite, et du vent devant. Tout droit pendant 20 kilomètres. En plus, en arrivant à Salon, le type me dit qu’il n’a pas le temps. Pas grave, j’en trouve un autre à Venelles, juste à côté de chez ma tante Sylvie où je suis attendu pour le déjeuner. La route serpente au milieu des oliviers, j’ai les montagnes à ma droite et à ma gauche et même si le ciel est gris il ne pleut toujours pas. Je retrouve Sylvie, les cousines et Mamie pour le déjeuner avant de me remettre en route vers Avignon.

J’entame par une grosse côte (avec le ventre plein c’est génial) puis une loooooooooongue descente avant de suivre le canal de la Durance. Vent dans le dos, sur le plat, ça roule bien. Les Alpilles à ma droite et le soleil dans les yeux. Puis je traverse la Durance et je longe le Lubéron. C’est superbe. Ça grimpe un peu dans la forêt mais pas trop non plus. Je suis censé retrouver Jean-Claude à Caumont-sur-Durance, du coup je me fais un petit contre-la-montre entre Cavaillon et Caumont : plus de 30 km/h de moyenne et les jambes bien lourdes, je retrouve mon cher oncle pour finir l’étape et arriver en Avignon.

Les Alpilles
Traversée de la Durance
Le Lubéron
La lumière au bout du tunnel

Repos maintenant, avec un nouveau départ en janvier, en fonction de l’évolution des mesures de confinement et de la santé de mon cher Jay. D’ici là, joyeux Noël à tous !!!

It’s Raclette time!!

Day 147, Toulouse, 10.251 km

The advantage of being welcomed by friends and family is that the question of meals often comes up: « Is there something that would make you happy? – Everything except rice. And I eat a lot”. People also know that I love cheese (where I go, cheese platters die out), so I am spoiled at every stop, with a recurring motif that I really like: raclette! But before comfort, there is effort, I still have to pedal to deserve all these feasts…

Leaving Bordeaux, I’m trying to kill time for a good part of the morning: it rains, quite hard, and I make breakfast and the preparation of the bags last as long as possible, hoping that things will calm down. It does not calm down and I finally leave, in the rain… Once out of Bordeaux, the rain calms down, I even have the right to a little bit of sun and I start to tell myself that I was wrong to think that the day would be difficult. I enter the “forest” of the Landes: rectilinear rows of trees as far as the eye can see, endless straight roads, not exactly the idea I have of the forest… And when I begin to be pretty much dry, the deluge: storm, rain, hail, wind, the full menu. A gust of wind throws me into the ditch, my light hardly works, I find myself a corner at the edge of a field to spend the night. The wind is so strong that my stove goes out every 30 seconds. Jay even falls down. Twice. And it’s still raining. A lot.

The next day, the sun shyly points the tip of its nose on a post-apocalyptic landscape. (I know, I’m slightly exaggerating, but post-rain or post-storm doesn’t sound so great). The calm contrasts sharply with the outburst from the day before, no one on the road, not even a noise, the rivers coming out of their beds, the flooded roads (at some point I have to go through a road which is at least under 40 cm of water… Wet for wet…), but at least neither rain nor wind. It makes today’s stage more enjoyable than the day before… And the icing on the cake: a hot shower and a raclette at Marie and Florent’s to end the day after a quick visit of the magnificent city of Pau… Life is hard…

A ray of sunshine before the storm
After the flood, the roads are under water…
… and the rivers overflow

The next day, departure in the early morning for the last long stage before Christmas: 177 km to join Alex, Diana and Léa in Léguevin. I have to climb a steep hill just outside of town. At least it warms me up. When the road is flat again, I have a clear view of the snowy and cloudy Pyrenees. It is superb! It’s raining a little but not too much. There is wind, but in the rear. There is sun too. Ascents to warm me up and descents to rest my legs. With such conditions, I am ready to cycle all winter long! The hills of the Gers curl in front of me, the wind still pushes me and the sun heats me up. It feels great!

The Pyrenees in the distance
In the valleys of the Gers

Night falls, my lamp dies. Fortunately, my night vision worthy of a graylag owl allows me to navigate without problems to my destination where a nice portion of lasagna, generously drizzled with wine awaits me. And raclette again at Aude and Guillaume’s the day after. A great way to start the four days of break that I took in the Toulouse region!! And I keep my fingers crossed that all the winter rain falls during those four days so I can get back dry on Monday!

And for geographers, we can see that the Tour de France is approaching its end!

Il est venu le temps de la raclette

Jour 147, Toulouse, 10.251 km

L’avantage quand on est accueilli chez les copains et la famille, c’est que la question des repas revient souvent : « Y’a quelque chose qui te ferait plaisir ? – Tout sauf du riz. Et je mange beaucoup ». Les gens savent aussi que j’aime le fromage (là où je passe, les plateaux trépassent), et on me régale donc à chaque étape, avec un motif récurrent qui me plait beaucoup : la raclette ! Mais comme avant le réconfort, il y a l’effort, il faut tout de même pédaler pour mériter tous ces festins…

Au départ de Bordeaux, je joue la montre une bonne partie de la matinée : il pleut, assez fort, et je fais durer le petit déjeuner et la préparation des sacs un maximum de temps en espérant que ça se calme. Ça ne se calme pas et je me résous à partir, sous la pluie… Une fois sorti de Bordeaux, la pluie se calme, j’ai même le droit à un peu de soleil, je commence à me dire que j’ai eu tort de penser que la journée serait difficile. Je rentre dans la « forêt » des Landes : des alignements rectilignes d’arbres à perte de vue, des lignes droites interminables, pas exactement l’idée que je me fais de la forêt… Et au moment où je commence à être à peu près sec, le déluge : orage, pluie, grêle, vent, tout y passe. Un coup de vent me jette dans le fossé, ma lumière ne marche quasiment plus, je me trouve péniblement un coin en bordure d’un champ pour passer la nuit. Le vent est tellement fort que mon réchaud s’éteint toutes les 30 secondes. Jay en tombe. Deux fois. Et il pleut toujours. Fort.

Le lendemain, le soleil pointe timidement le bout de son nez sur un paysage post-apocalyptique (oui je sais, j’exagère légèrement, mais post-pluie ou post-orage ça rendait moins bien) : un calme qui contraste fortement avec le déchainement de la veille, pas un chat ni un bruit, les rivières qui sortent de leur lit, les routes inondées (je dois passer à un endroit où la route est au moins sous 40 cm d’eau… Mouillé pour mouillé…), mais au moins pas de pluie ni de vent. Ça rend l’étape du jour plus agréable que celle de la veille… Et cerise sur le gâteau : une douche brûlante et une raclette chez Marie et Florent pour clore la journée après un tour dans la magnifique ville de Pau… La vie est dure…

Un rayon de soleil avant la tempête
Après le déluge, les routes sont sous l’eau…
… et les rivières débordent

Lendemain, départ à la fraîche pour la dernière longue étape avant Noel : 177 km pour rejoindre Alex, Diana et Léa à Léguevin. Je me mange une grosse côte juste à la sortie de la ville. Au moins ça réchauffe. Quand je suis à nouveau sur le plat, j’ai une vue dégagée sur les Pyrénées enneigés et ennuagés. C’est superbe ! Il pleut un peu mais pas trop. Il y a du vent, mais dans le dos. Il y a du soleil aussi. Des montées pour me réchauffer, et des descentes pour me reposer. Avec des conditions pareilles je suis prêt à faire du vélo tout l’hiver ! Les collines du Gers se gondolent devant moi, le vent me pousse toujours et le soleil me chauffe. Un vrai régal !

Les Pyrénées au loin
Dans les vallons du Gers

La nuit tombe, ma lampe me lâche. Heureusement ma vision nocturne digne d’un hibou cendré me permet de naviguer sans problèmes jusqu’à destination où je suis attendu avec une belle portion de lasagne, généreusement arrosée de vin. Puis raclette épisode II chez Aude et Guillaume le lendemain. Une belle manière de commencer les quatre jours de pause que je me suis octroyé dans la région toulousaine !! Et je croise les doigts pour que toute la pluie de l’hiver tombe pendant ces quatre jours pour que je puisse repartir au sec lundi !

Et pour les géographes, on peut voir que le tour de France approche de sa fin !

The cyclist and the sun

Day 142, Bordeaux, 9.835 km

A cyclist who has cycled all summer,
Found himself very helpless
When the North wind came.
Impossible during the day
To warm up just one moment.
He went to yell scandal
To the Sun, this vandal,
Begging him to lend him
Some ray to subsist
Until March or April.
I will pay you, he said,
Before August, if I ride,
Principal and Interest.
The Sun is not a lender;
That’s the least of his faults.
« What were you doing during summer?
He said to this borrower.
– Day and night to all comers
I was strolling, don’t you mind.
– Were you strolling? I am delighted.
Well pedal now. « 

Jean du Bidon, Fables, Book I

Nouan-Bordeaux via the Ile de Ré. A great stage with the added pleasure of being on the bike again. The start is under the sun, the temperatures are pleasant, no wind: ideal conditions. I leave the forest to ride in the fields. And welcome back the wind. Who has the decency to be behind my back at the start of this stage. No reason to complain for now. I cross the Creuse. I, who only knew this region through the jokes about it being one of the most depopulated places in France. I will now be able to say that I have been there. And confirm that you do not meet many people there… But from time to time a dolmen or a castle at the bend of a small road…

The hot stone dolmen
Dissay castle

The next day, I realize that I broke a spoke again. I find a repairman on the road near Niort to whom I ask for some advice to avoid changing a wheel per week. He tightens the other spokes for me and also recommends that I inflate my tires a little less… we’ll see what happens. I look at the road I have left to do for the day and decide to go to sleep on the Ile de Ré. I almost need to ride a day’s distance in the afternoon but as my dad found out during the lockdown, I’m a stubborn person. So I’ll sleep on the Ile de Ré tonight. Even if that means pedaling against the wind for four hours. Or ride at night for over an hour. But it was worth it. Even though I can barely see the sea in the dark, I hear it, I smell it, and I settle down on the beach to spend the night. Even if I wake up once or twice in a downpour, I sleep much better than usually in my forest.

A night on the Ile de Ré
The beach in the early morning

The next day, I start by taking a tour of the island: it is very pretty, it alternates between small white stone villages, forests, fields, salt marshes, vineyards and even the beach. The weather is cloudy but it is not raining. I enjoy myself. I arrive at the Whale Lighthouse. COVID shut it down. Great, I wouldn’t even have the souvenir photo to immortalize my passage. Never mind. And it starts to rain. I cross the Ile de Ré bridge in the other direction. The wind pushes me. For the time being. I arrive in La Rochelle, a nice little port, but since the rain is starting to fall harder and harder, I don’t linger, not even for a photo… I lower my head and I pedal.

On the road to Rochefort, I finally have my cycle path on the seafront. In the rain. And against the wind. Not exactly the way I imagined arriving at the sea. Less pleasant you would figure. After Rochefort, I pass on an aqueduct above the Charente. There must be a beautiful view from up there, but also a lot of wind and cars brushing past me at 90 km/h. I’m not taking a photo break as a result. Conditions continue to worsen until the end of the stage: more and more wind. And more rain. And more cold. The good thing about the rain is that I can drink the water that drips from my mustache straight away. And so I hardly need to fill my water bottles… I end up finding a little patch of forest for the night. But there is so much wind and rain that I take refuge in the tent as soon as I can. A cold meal later, I go early to bed crossing my fingers so that a tree does not fall on my head at night.

I’m lucky to have a lull the next morning to make my breakfast, but it doesn’t last. Rain and wind, I find my friends from the day before. On endless straight lines. And even hail is involved. And I have a flat tire for the first time during a ride. It’s not easy to change an inner tube with frozen fingers. Luckily, most of the storm passes while I fix my tire. I am so happy to no longer have to fight against a 130 km/h headwind that I try to negotiate with the sky: “a little rain if you want but no wind. Or even a lot of rain but no wind. And I would even be ready to go as far as a big storm against the wind in the back « . You have to believe that my proposal is not so attractive because I get rain AND the wind against me. Great. And all that with a maximum temperature of 6 °. Even better. All this to say that I am very happy to arrive in Bordeaux at Vanessa and Louis. Even if my arrival in the « South » does not keep all of its promises for the moment, I do hope that the Toulouse climate will be up to it!!

To finish an update of the map:

Le cycliste et le soleil

Jour 142, Bordeaux, 9.835 km

Un cycliste ayant pédalé tout l’été,
Se trouva fort dépourvu
Quand la bise fut venue.
Impossible de la journée
Un seul instant de se réchauffer.
Il alla crier scandale
Chez le Soleil, ce vandale,
Le priant de lui prêter
Quelque rayon pour subsister
Jusqu’à Mars ou Avril.
Je vous paierai, lui dit-il,
Avant l’Août, si je cavale,
Intérêt et principal.
Le Soleil n’est pas prêteur;
C’est là son moindre défaut.
« Que faisiez-vous au temps chaud ?
Dit-il à cet emprunteur.
— Nuit et jour à tout venant
Je flânais, ne vous déplaise.
— Vous flâniez ? j’en suis fort aise.
Eh bien pédalez maintenant. »

Jean du Bidon, Fables, Livre I

Nouan-Bordeaux en passant par l’île de Ré. Une belle étape avec en plus le plaisir d’être à nouveau sur le vélo. Le départ se fait sous le soleil, les températures sont agréables, pas de vent : conditions idéales. Je quitte la forêt pour retrouver les champs. Et le vent. Qui a la bienséance d’être dans mon dos en ce début d’étape. Pas de raisons de me plaindre pour le moment. Je traverse la Creuse. Moi qui ne connaissait cette région qu’à travers les blagues sur le fait que ce soit un des endroits les plus dépeuplés de France. Je pourrai maintenant dire que j’y suis passé. Et confirmer qu’on n’y croise pas grand monde… Mais de temps en temps un dolmen ou un château au détour d’une petite route…

Le dolmen de la pierre chaude
Le château de Dissay

Le lendemain, je me rends compte que j’ai encore cassé un rayon. Je trouve un réparateur sur la route près de Niort à qui je demande quelques conseils pour éviter de changer une roue par semaine. Il me resserre les autres rayons et me recommande aussi de moins gonfler mes pneus… on verra ce que ça va donner. Je regarde la route qu’il me reste à faire pour la journée et je décide d’aller dormir à l’île de Ré. Ça me fait quasiment une étape sur l’après-midi mais comme mon père s’en est rendu compte pendant le confinement, je suis quelqu’un de têtu. Donc je dormirai à l’île de Ré ce soir. Même si cela implique de pédaler contre le vent pendant quatre heures. Ou de rouler de nuit pendant plus d’une heure. Mais ça valait le coup. Même si je devine à peine la mer dans la pénombre, je l’entends, je la sens, et je m’installe sur la plage pour passer la nuit. Même si je me fais réveiller une ou deux fois par une averse, je dors bien mieux qu’habituellement dans ma forêt.

Une nuit sur l’île de Ré
La plage au petit matin

Le lendemain je commence par faire un tour de l’île : c’est très joli, ça alterne entre les petits villages de pierres blanches, les forêts, les champs, les marais salants, les vignes ou encore la plage. Le temps est couvert mais il ne pleut pas. Je me régale. J’arrive au phare des baleines. COVID l’a fermé. Super, je n’aurais même pas la photo souvenir pour immortaliser mon passage. Tant pis. Et il se met à pleuvoir. Je repasse le pont de l’île de Ré dans l’autre sens. Le vent me pousse. Pour le moment. J’arrive à La Rochelle, joli petit port, mais vu que la pluie se met à tomber de plus en plus fort je ne m’attarde pas, même pas pour une photo… Je baisse la tête et je pédale.

Sur la route de Rochefort, j’ai enfin ma piste cyclable sur le front de mer. Sous la pluie. Et avec le vent de face. Pas exactement la manière dont j’imaginais mon arrivée à la mer. Moins agréable du coup. Après Rochefort, je passe sur un aqueduc au-dessus de la Charente. Il doit y avoir une belle vue de là-haut, mais aussi un vent à décorner les dinos et des voitures qui me frôlent à 90 km/h. Je ne fais pas de pause photo du coup. Les conditions continuent d’empirer jusqu’à la fin de l’étape : toujours plus de vent. Toujours plus de pluie. Toujours plus de froid. L’avantage de la pluie c’est que je peux boire directement l’eau qui dégouline de ma moustache. Et je n’ai donc quasiment pas besoin de remplir mes gourdes… Je finis par trouver un petit coin de forêt pour la nuit. Mais il y a tellement de vent et de pluie que je me réfugie sous la tente dès que je peux. Repas froid et coucher tôt en croisant les doigts pour pas qu’un arbre ne me tombe sur la tête pendant la nuit.

J’ai la chance d’avoir une accalmie le lendemain matin pour me faire mon petit dèj, mais ça ne dure pas. Pluie et vent, je retrouve mes amis de la veille. Sur des lignes droites interminables. Et même la grêle s’en mêle. Et je crève pour la première fois en cours d’étape. Pas facile de changer une chambre à air avec les doigts gelés. Coup de chance, le gros de l’orage passe pendant que je répare. Je suis tellement content de ne plus avoir à lutter contre un vent de face à 130 km/h que je tente de négocier avec le ciel : « un peu de pluie si tu veux mais pas de vent. Ou même beaucoup de pluie mais pas de vent. Et je serais même prêt à aller jusqu’à un gros orage contre le vent dans le dos ». Il faut croire que ma proposition n’est pas si alléchante parce que je récolte pluie ET vent de face. Super. Et le tout avec une température maximum de 6°. Encore mieux. Bref. Tout ça pour dire que je suis bien content d’arriver à Bordeaux chez Vanessa et Louis. Même si mon arrivée dans le « Sud » ne tient pour le moment pas toutes ses promesses, j’espère bien que le climat toulousain sera à la hauteur !!

Pour finir une mise à jour de la carte :

Europe Tour – Episode XXV: A New Departure

Day 135, Nouan Le Fuzelier, 9.189 km

That’s it, it’s official. I’ll go to the dark side. I’ll become a resistant. I’ll turn into a criminal. I’ll defy the prohibition. I’ll break the taboo. I’ll hit the road again. My aunt Flo will be able to sleep easy, I will stop cutting trees. Thibaut will finally have the parents all to himself. Papa will stop seeing his wine cellar empty at high speed and Mom will no longer see my laundry lying around in front of the fireplace… A relief for everyone in the end!

3 weeks break in total, which in the end will have been very busy: bike ride every morning to get the fresh bread for breakfast (2.5 km, it will hurt my daily average). Then the rest of the day in the forest chopping wood (those who like my aunt Flo associate a Lunet with a chainsaw with the idea of ​​massive deforestation can be reassured, only the dead or fallen trees have been cut). Result: 2 winters worth of wood, a few blisters in the hands, aches in the arms and a part of the forest in which we can walk again.

Before
After

During these 3 weeks, they were also long evenings occupied with reading (thank you Rémi and Rémy), playing tarot in front of the fireplace, tons of mushrooms (panned, in an omelet or a soup), kilos of chestnuts (in jam or fire-roasted), the Star Wars integral on Monday evenings and the pizzas on Saturdays. And the daily wine. I could almost get used to it … But all good things having an end, I have to think about getting back on the road. And in these times of lockdown, I first want to test the waters by going to visit my Grandmother in Beaune.

I leave early in the morning, and I immediately notice a big difference between November 1st (the last day spent on the bike) and November 21st: It’s -2 ° when I leave in the morning… I knew very well that the idea of being as far south as possible for the winter was a good idea… I am again crossing the Loire (it will definitely be the river that I would have seen the most during the last 3 months). I meet wild boars, deer, and hunters. Another difference with the beginning of the month: night falls early. Very early. And the nights are cold: I discover the almost insurmountable difficulty of getting out of the (warm) sleeping bag in the (cold) morning…

The Loire, again and again
The sun is setting… It is 5 pm…

I finally arrive in Beaune without having seen a gendarme, but with Jay starting to be a bit tired: I can only use the small tray, I will have to seriously think about an overhaul… I find a repair shop who has all the pieces I need and the appointment is made for the end of the week… That leaves me 3 days to take advantage of my Grandmother (or for her to take advantage of me I don’t really know)!

I then leave Beaune to return to Nouan and prepare myself to continue the journey. With a brand new transmission, I really enjoy it! I also meet the gendarmes on the road. Twice. Both times, they slow down, go near the side of the road. I say hello to them, thank you, and I continue… And I had prepared excuses, each more extravagant than the last… In order not to take the same route as on the way there, I go through Vézelay. The city center is a bit scary: there is a restaurant every 2 meters, everything is closed, no one in the streets… Another city that suffers from the lockdown… So I have a beautiful view of the surrounding countryside on my own.

The view from the gardens of the basilica of Vézelay

After another night in the woods, a cold day pedaling, I cross the Loire to find again my hunters, my deer, my wild boars and finally my parents… Departure planned for the beginning of next week, towards the Atlantic and Bordeaux next weekend !

The sun is rising…
I even try to give an artistic side to my photos

Tour d’Europe – Episode XXV: Un Nouveau Départ

Jour 135, Nouan Le Fuzelier, 9.189 km

Ça y est, c’est officiel. Je vais passer du côté obscur. Je prends le maquis. Je deviens un criminel. Je brave l’interdit. Je brise le tabou. Je reprends la route. Flo va pouvoir dormir tranquille, j’arrête de couper des arbres. Thibaut va enfin avoir les parents pour lui tout seul. Papa va cesser de voir sa cave se vider à vitesse grand V et Maman ne verra plus mon linge traîner devant la cheminée… Un soulagement pour tout le monde en fin de compte !

3 semaines de pause donc, qui finalement auront été bien occupées : tour de vélo tous les matins pour aller chercher le pain frais du petit déjeuner (2,5 km, ça va faire du mal à ma moyenne). Puis journée dans la forêt à couper du bois (que ceux qui comme ma tante Flo associent un Lunet avec une tronçonneuse à l’idée d’une déforestation massive se rassurent, seuls les arbres morts ou tombés par terre ont été coupés). Résultat : 2 hivers de bois, quelques ampoules aux mains et courbatures dans les bras et une partie de forêt dans laquelle on peut à nouveau se promener.

Avant
Après

3 semaines de pause, ce sont aussi de longues soirées occupées à lire (merci Rémi et Rémy), à jouer au tarot devant la cheminée, des tonnes de champignons (en poêlée, en omelette, en soupe), des kilos de châtaignes (en confiture ou grillées au feu), l’intégrale de Star Wars les lundi soirs et les pizzas du samedi. Et le vin quotidien. On s’y habituerait presque… Mais toutes les bonnes choses ayant une fin, il me faut penser à reprendre la route. Et en ces temps de confinement, je veux au préalable tâter le terrain en allant rendre visite à Mère Grand à Beaune.

Je repars donc, et je note tout de suite une grosse différence entre le 1er Novembre (dernier jour passé sur le vélo) et le 21 Novembre : Il fait -2° quand je pars le matin… Je savais bien que l’idée d’être le plus au Sud possible pour l’hiver était une bonne idée… Je traverse encore la Loire (ce sera décidément le fleuve que j’aurais le plus vu pendant les 3 derniers mois). Je croise des sangliers, des chevreuils, des chasseurs aussi. Autre différence avec le début du mois : la nuit tombe tôt. Très tôt. Et les nuits sont froides : je découvre la difficulté quasi insurmontable de sortir du sac de couchage (chaud) dans l’air (froid) du matin…

La Loire, encore et toujours
Le soleil se couche, il est 17h…

J’arrive finalement à Beaune sans avoir croisé un gendarme, mais avec Jay qui tire de plus en plus la langue : je ne peux plus utiliser que le petit plateau, il va falloir penser sérieusement à une révision… Je trouve un réparateur qui a toutes les pièces qu’il me faut et le rendez-vous est pris pour la fin de la semaine… Ça me laisse 3 jours pour profiter de Mère Grand (ou pour que ce soit elle qui profite de moi je ne sais plus trop) !

Je repars donc de Beaune pour rentrer à Nouan et me préparer à poursuivre le voyage. Avec une transmission toute neuve, je me régale ! Je croise aussi les gendarmes sur la route. Deux fois. Les deux fois, ils ralentissent, se serrent sur le bas-côté. Je leur dis bonjour, merci, et je continue… Dire que j’avais préparé des excuses toutes plus extravagantes les unes que les autres… Pour ne pas faire la même route qu’à l’aller, je passe par Vézelay. Le centre-ville fait un peu peur : il y a un resto tous les 2 mètres, tout est fermé, personne dans les rues… Encore une ville qui souffre du confinement… Du coup j’ai la belle vue sur la campagne environnante pour moi tout seul.

Vue depuis les jardins de la basilique de Vézelay

Après une nouvelle nuit dans les bois, une froide journée à pédaler, je passe la Loire pour retrouver mes chasseurs, mes chevreuils, mes sangliers et finalement mes parents… Départ prévu en début de semaine prochaine, direction l’Atlantique et Bordeaux le weekend prochain !

Le soleil se lève
Je tente aussi de donner un côté artistique à mes photos