Point de retour

Jour 377, Zadar, 25.967 km

Hier soir, aux environs de Šibenik. Je suis parti depuis 376 jours, j’ai parcouru 25.890 km. Je m’engage sur un rond-point. A gauche, la route part au sud dans la direction de Split, Dubrovnik, le Monténégro, l’Albanie, la Grèce… A droite, elle remonte vers le nord et vers Zadar, vers Ljubljana, vers Vienne, vers Hambourg… C’est le moment de faire un choix : gauche ou droite. Continuer ou rentrer. C’est le point de retour. Je prends à droite, et à partir de maintenant, chaque coup de pédale, chaque tour de roue, chaque kilomètre parcouru va me rapprocher de Hambourg. De la fin. Est-ce que j’ai hésité à continuer ? Peut-être, quoique sur le moment j’étais très occupé à essayer de prendre une photo sans me faire renverser, la route n’étant pas assez large pour que je m’arrête… Et puis je me dis qu’il faut bien rentrer pour mieux repartir…

Le point de retour (enfin, juste après…)

Depuis Rijeka, je décide de faire un petit tour dans les îles avant d’atteindre Zadar. D’abord Rab, que je peux atteindre en ferry depuis Vlabiska, à une cinquantaine de kilomètres de Rijeka. Puis Pag, desservie elle aussi par un ferry depuis Rab, que j’aurais donc le temps de visiter entre mes deux trajets en bateau. Je suis un peu à la bourre le matin, le café où je m’arrête prendre un petit déjeuner n’a que les restes de la veille à me proposer (Hmm, un croissant tout sec…) et je me lance dans un véritable contre la montre pour arriver avant le départ du ferry : il est 8h30, le GPS m’annonce un temps de trajet de 4h02, et le ferry part à 11h45. On n’est pas larges… Heureusement, il n’y a pas trop de monde sur la route, il fait beau, pas de vent, et j’avance bien. J’ai même le loisir d’admirer Bakar, que la route surplombe, et la mer, que je longe pendant un petit moment avant de prendre un pont pour rejoindre l’île de Krk (je vous recommande de vous entraîner à la prononciation de ce nom, c’est très pratique pour se transmettre bactéries et autres virus…). La route est un peu vallonnée, un peu plus fréquentée aussi, mais j’arrive à Vlabiska avec suffisamment de marge pour faire une petite pause déjeuner avant le départ du ferry…

S’ensuit une traversée sans histoire, j’en profite même pour faire une petite sieste digestive et pour admirer les îles que nous passons. Puis je débarque sur l’île de Rab, à Lopar. Le prochain ferry part de Rab dans quatre heures, je vais avoir le temps de faire un petit tour de l’île. Au départ, je décide de suivre toutes les petites routes qui semblent mener vers une crique, une plage ou une falaise. La première se transforme assez vite en chemin de cailloux et s’arrête à côté d’une déchetterie… Bien mais pas top. Je prends ensuite la route principale, qui longe la mer d’un bleu transparent magnifique, et bifurque à nouveau sur un petit chemin de traverse. Un vélo passe tout juste, mais au moins je suis au bord de l’eau. Et j’ai ensuite une belle vue sur l’île de Maman mais quand je veux rejoindre la route je suis à nouveau sur une route de graviers, impossible de pédaler, il faut pousser. Un peu échaudé, je décide de rester sur la route, d’aller le plus loin possible vers le sud avant de faire demi-tour pour prendre le ferry. J’aurais peut-être dû faire ça dès le départ…

Ces couleurs…
Pas bien large ce chemin…
L’île de Maman
Mon prochain voyage se fera à la rame !!

Quand j’arrive à Rab, j’avise le capitaine du ferry qui doit m’emmener à Pag, au port de Tovrnele, et lui demande s’il aura assez de place pour prendre Jay, Bob et moi-même (le ferry n’a pas l’air bien grand). Il commence à me répondre un truc que je ne comprends pas, se fait alpaguer par un groupe qui passe et file boire un verre avec eux au café du coin… J’imagine que ça veut dire oui… En effet, une fois les sacoches balancées sur le toit du bateau et Jay accroché à la proue, on met les voiles (ou plutôt les gaz) vers Pag ! Après une vingtaine de minutes de trajet que je passe encore une fois à somnoler, on arrive à Tovrnele. Le bateau, c’est fini pour aujourd’hui !

Le port de Rab…
… et celui de Tovrnele

Dès la descente du bateau, je suis au pays des oliviers (du moins c’est ce que prétendent les panneaux au bord de la route), et avec le soleil qui tape un peu moins fort, peu de voitures, je passe plutôt un bon moment. Je m’arrête dans une ferme pour acheter un morceau de fromage pour améliorer mon repas du soir et apprends au passage à prononcer correctement « Hvala (merci) » en croate. Puis la route s’élève un peu et je peux apercevoir les montagnes du continent de l’autre côté du bras de mer qui le sépare de l’île. C’est magnifique et je ne me lasse pas de regarder, au point d’attraper un léger torticolis. Le jour touche à sa fin et j’ai repéré une petite plage qui ferait un bivouac parfait. La descente vers celle-ci est un peu périlleuse, mes sacoches de devant se décrochent à cause des secousses mais je finis par parvenir en bas. À part une famille d’italiens qui est en train de plier bagages, personne. Et cette vue incroyable sur les montagnes que je pourrai contempler jusqu’à plus soif. Le rêve. Et j’ai même le plaisir de partager la soirée avec une famille d’austro-croates venue faire griller des épis de maïs au feu… Même si ce n’est pas moi qui l’ai allumé, j’aurais finalement eu au moins un feu de camp pendant ce voyage !

Bienvenue au pays des oliviers
Je ne lasse pas de la vue du continent
Plutôt pas mal pour un bivouac…

Le lendemain, je continue mon chemin vers Pag (la ville) sur les routes de Pag (l’île). Des paysages magnifiques, encore et toujours cette vue sur le continent qui me laisse béat à chaque fois que la route s’élève suffisamment pour que je distingue la mer et les montagnes. J’ai l’occasion de quitter la route principale pour suivre un chemin de terre qui semble être plus près de la mer (et potentiellement moins fréquenté), mais un panneau à l’entrée de celui-ci indique que le passage est interdit. Je me dis que cela ne doit être valable que pour les voitures. 500 mètres plus loin, à nouveau un panneau interdit… L’excuse « ce n’est valable que pour les voitures » tient toujours… Finalement, je finis par comprendre le pourquoi du panneau, et c’est malheureusement valable aussi pour les vélos : un glissement de terrain a emporté la route, difficile de passer. En plus je manque de tomber dans une crevasse en essayant de trouver un passage, on va faire demi-tour… J’aperçois un chemin qui part un peu en hauteur, peut-être qu’il me permettrait de contourner l’obstacle ?  Je me retrouve rapidement en plein milieu d’un champ, à faire fuir les moutons, et à péniblement essayer de ne pas perdre l’équilibre en poussant le vélo… Mais en même temps, si je garde la mer à ma gauche, je finirais bien par retomber sur la route à un moment ou à un autre… Ce qui finit enfin par arriver (pas assez tôt à mon goût mais on n’a pas toujours le choix…) après ce qu’il me semble être des heures de galère (mais qui a probablement duré en tout et pour tout une vingtaine de minutes…). Je peux me remettre à admirer la mer et les montagnes en toute tranquillité…

Ça va être compliqué…
On finira par retrouver la route !!

Passé Pag (la ville), je longe encore la mer pendant un petit moment avant de quitter Pag (l’île) en traversant le Paški most. La route tourne à droite vers Zadar, mais je décide de continuer un peu vers le sud, d’aller faire un tour vers le lac de Novigrad avant de repiquer vers la côte et de remonter vers Zadar le lendemain. Bon choix ! Le lac est magnifique, avec toujours ces montagnes en fond, et la vue sur la ville elle-même est à couper le souffle ! Le tout sur une route que semblent avoir délaissée la plupart des touristes…

Vue depuis le pont Paški most
Le lac de Novigrad
Novigrad

S’ensuit une montée que je trouve bien trop longue et bien trop ensoleillée. L’eau qui est fraîche quand je remplis mes gourdes au cimetière est chaude 20 minutes plus tard. Et les voitures ont décidé d’envahir la route à nouveau, et de jouer à celle qui me doublera de plus près. Quand les camions s’y mettent aussi c’est loin d’être agréable… Heureusement, ça finit par redescendre, et je vais trop vite pour que les voitures me rattrapent. Je tombe un peu par hasard sur le parc de la Krka, hésite à y entrer plus avant pour aller voir les cascades mais opte finalement pour un petit coin un peu plus en aval que j’ai repéré pour passer la nuit. J’ai même ma plage privée pour aller faire un tour dans l’eau pour me rafraichir…

Skradin, au bord de la Krka
Seul au bord de la rivière…

Pour finir, je remonte donc vers le nord et Zadar, le long de la mer. Pas le meilleur tronçon de route, à part un ou deux chemins qui longent la mer je suis plutôt au milieu des zones industrielles… Mais j’arrive assez tôt à Zadar pour me restaurer, faire un tour du centre-ville et constater qu’il est possible de se baigner depuis chaque cm² d’accès à la mer, et que les gens ne s’en privent d’ailleurs pas… ça me change de mes coins perdus de ces derniers jours… Et au milieu de tous ces baigneurs, le fameux orgue de mer, dont le son créé par les vagues serait très relaxant si les gens ne hurlaient pas autant…

9 commentaires sur « Point de retour »

  1. Quel voyage Pierre ! MERCI !!! Très agréable de te suivre. Bravooo 👏👏👏👏👏👏👏👏👏👏👏👏👏👏👏👏👏

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  2. Bonne remontée. Après ton Tour de France, suivi d’une Vuelta et d’un Giro, que vas-tu inventer pour rentrer ? J’ai hâte de lire la suite.

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  3. ça sent le rentrée !!! Profite à fond des jours qu’il te reste !!
    Pour nous est venu le temps des vacances … on se rapproche de Barr.
    Bises affectueuses !

    Annie

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