Corona Test

Jour 374, Rijeka, 25.590 km

 Après un weekend de repos bien mérité, après un solide petit déjeuner et après avoir raccompagné Marie (qui était venue me retrouver à Trieste) à sa voiture, je reprends le vélo et la route. Je suis consciencieusement les panneaux bleus « Slovenia » qui sont censés me mener en Slovénie par la route en évitant l’autoroute (qui est indiquée par les panneaux verts). Et comme l’Italie n’aurait pas été l’Italie sans les histoires d’autoroute, je me retrouve une nouvelle et dernière fois… sur l’autoroute. Pas trop longtemps heureusement, la sortie arrive vite et n’est pas en travaux. Je suis la côte, et ses plages de cailloux, ce qui n’empêche pas les baigneurs et autres bronzeurs d’être venus en nombre, et essaye de profiter de ces derniers kilomètres d’Italie et de ses conducteurs fous. Arrive la première frontière, celle avec la Slovénie. Un poste frontière vide. Un panneau pour faire une photo. Une station essence. Je suis en Slovénie. De bon augure pour la suite, on dirait que les frontières sont autant surveillées ici qu’elles l’ont été dans le reste de l’Europe…

Cette fois, l’Italie c’est bien fini
Bienvenue en Slovénie

Je parcours la trentaine de kilomètres de front de mer que les croates ont daigné laisser aux slovènes, en m’émerveillant devant la patience des conducteurs, qui ne me doublent pas dès qu’il y a 22 centimètres de marge et 1 mètre de visibilité. Je longe toujours des plages de cailloux, toujours aussi pleine de gens, et ai même la chance de profiter d’une piste cyclable, 2×2 voies, ça change de l’Italie ! Il y a des panneaux qui indiquent la direction de la Croatie, la distance jusqu’au prochain village, du grand luxe !! Puis j’aperçois la frontière. Pour la première fois, il semblerait qu’il y ait des contrôles, et la file des voitures est relativement longue… Je me faufile sur le côté, jette un regard au douanier qui me fait signe de passer. Voilà, je suis en Croatie. Du moins c’est ce que je crois. 200 mètres plus loin, un autre poste frontière. Je comprends que celui d’avant était tenu par la police slovène, celui-ci par la police croate. Et la file de voitures semble encore plus longue… Je me faufile à nouveau (bien pratique d’être à vélo pour couper les files) et arrive près d’une cahute où un douanier est en pleine discussion avec un chauffeur de bus. Je fais signe en demandant si je peux passer et il me répond « Passport ». Ça, ça va, je gère. Je lui montre ma carte d’identité, il la regarde, hoche la tête et me dit « Corona Test ». Je balbutie quelque chose du genre « heuu, I don’t, heuu, bicycle ». Il me répond « Corona Test ». J’essaie de lui expliquer que je fais du vélo depuis plusieurs semaines, que je ne vois personne, il n’a pas l’air de vouloir comprendre. Il me demande « Where are you going? »  Je lui dit que je vais longer la côte, il me répond « Corona Test ». Je pense que si je lui avais dit que j’allais voir la présidente à Zagreb il aurait répondu « Corona Test »… Dépité , je fais demi-tour, et par chance on me laisse retourner en Slovénie sans  difficulté… Et maintenant ?  Je regarde la carte, et me rends compte qu’il y a un autre poste frontière à peine 5 kilomètres plus loin. On tente ! En chemin, je commence à échafauder des plans machiavéliques, mais à part éviter les douaniers je ne vois pas comment esquiver ce test… Second poste frontière, encore une longue file d’attente, je coupe la file encore une fois. Une douanière cette fois, qui me demande aussi mon passeport. Je lui montre ma carte d’identité, avec une distance barrière d’au moins 5 mètres (j’aurais pu montrer n’importe quel truc qui y ressemblait elle n’aurait probablement pas fait la différence) et elle me fait signe de passer. Et voilà, « Corona Test » passé avec succès ! J’attends quelques kilomètres avant de me réjouir, on ne sait jamais, la police croate s’est peut-être cachée derrière un virage… Mais non. Je suis cette fois bien en Croatie !

Et pendant quelques kilomètres, c’est l’idylle : les conducteurs et conductrices sont respectueux, on dirait que même les italiens conduisent bien quand ils sont en Croatie, il y a des pistes cyclables sur le bord des routes, des cimetières pour remplir les gourdes dans tous les petits villages, il fait beau : le monde parfait pour le cycliste. Puis je me rapproche des villes, Umag, Novigrad, Fontana, Vrsar et je déchante : la route est blindée de touristes, qui conduisent très mal (une Audi qui double dans l’autre sens est à deux doigts de me jeter dans le fossé), et à part des campings, des ports et de temps en temps un joli centre-ville il n’y a pas grand-chose à voir… Ah si, une route sur l’eau. Mais c’est un peu maigre… Et les pistes cyclables se finissent par des trottoirs de 15 centimètres de haut, souvent en plein milieu d’une descente, pratique !

Jay roule sur l’eau
Vrsar

Je dois ensuite m’engager dans les terres et je suis un chemin de randonnée dans la forêt. Au moins il n’y a pas de voitures. Et même si certaines montées sont un peu glissantes, c’est plutôt agréable d’entendre les oiseaux. Quand la pluie se met à tomber, je n’ai qu’à m’enfoncer un peu dans la forêt pour trouver une petite clairière parfaite pour mon campement…

Le lendemain, on attaque directement les choses sérieuses avec une belle montée vers Kanfanar. Les rares voitures que je croise tôt le matin ont des plaques croates, mais rapidement la route se remplit de touristes, qui sont tous extrêmement pressés d’aller quelque part. Il y a de tout : des autrichiens, des néerlandais, des français, des serbes, des hongrois, des slovènes, des danois, mais surtout des allemands. Au moins une voiture sur trois. Moi qui croyais qu’ils allaient tous en vacances à Majorque… Au moins la route est belle, un peu en hauteur, avec vue sur la mer, sur les montagnes qui s’y avancent et sur les îles au large. Et Rijeka commence à apparaitre au loin… Passé Opatija, ce n’est plus que de la ville jusqu’à atteindre le port de Rijeka.

Les montagnes qui se jettent dans la mer
Opatija

En m’enregistrant à l’hôtel, la fille me recommande de visiter le château de Trsat. On peut y aller soit en bus, soit en montant plus de 500 marches d’escalier… Je choisis la solution de facilité, et je prends le bus. Effectivement, la vue sur le port et sur la ville en vaut la peine. J’ai le temps de tenter de redescendre par les fameux escaliers (mais je me plante, il semblerait que Google ne les aime pas) et d’aller me trouver une terrasse avant que ne tombe la nuit… Je sens que je ne vais pas faire long feu ce soir…

Rijeka depuis Trsat
La cathédrale

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