Capri, c’est fini (et l’Italie aussi…)

Jour 372, Trieste, 25.346 km

Pour la BO, c’est par ici

Encore une page qui se tourne… Après un mois et demi à éviter les conducteurs fous sur les routes, à survivre à des chaleurs dignes des feux de l’enfer, à subir les deux jours de pluie de l’été et à goûter le plus de pizzas possible (et admettre qu’elles étaient toutes meilleures les unes que les autres), je n’ai plus que quelques kilomètres d’Italie avant les Balkans… D’ailleurs, on me « facilite » la transition linguistique puisque les panneaux sont écrits en deux langues : je suis déjà capable de demander la direction de Trieste (on sait jamais, si j’ai envie de faire demi-tour) ou du terrain de foot communal (même si je ne suis pas certain d’arriver à prononcer correctement le mot…). Il est encore un peu tôt pour faire un bilan, mais je dirais que j’ai bien mangé, bien bronzé et que j’aurais de quoi rêver pour encore quelques années…

Quand je pars de Faenza, je suis assez agréablement surpris de noter que la route que je suis est bordée d’une piste cyclable. Une vraie en plus, séparée des voitures par un petit talus, goudronnée, propre. Je suis un peu méfiant, mes expériences précédentes ont montré que parfois, la fin pouvait être assez abrupte. Mais pas cette fois. Du moins pas tout de suite. Quand la piste cyclable part vers le delta du Po, j’hésite. Puis je me dis que des chants d’oiseaux plutôt que des bruits de voiture ça peut être sympa. 500 mètres plus loin, chemin privé, barrière cadenassée. Tant pis, ce sera les voitures… Ferrara et son impressionnant mur d’enceinte passe, puis je longe le Po, à nouveau sur une piste cyclable. Ça me rappelle l’Elbe, le Danube ou encore le Rhin : je trône sur une digue, flanqué d’un côté par le fleuve et de l’autre par des champs. Agréable la plupart du temps, un peu moins avec le vent…

Le Po…
… et les champs

Malheureusement, le Po va globalement vers l’est et je me dirige vers le nord, donc je retrouve assez rapidement la route, ses voitures et ses camions. Mais avec le vent dans le dos ça va un peu plus vite et j’arrive rapidement à Padoue. Très jolie ville, de jolies maisons colorées, beaucoup de terrasses noires de monde et une superbe place qui me rappelle un peu la Plaza de España de Séville, la Prato della Valle, avec ses nombreuses statues qui entourent un petit canal circulaire. A la sortie de la ville, la route longe un canal, et il me semble apercevoir une piste cyclable sur l’autre rive de ce dernier (incroyable, je vois plus de pistes cyclables en une journée que tous les autres jours passés en Italie réunis). Méfiant, je reste un moment sur la route, mais au bout d’une quinzaine de kilomètres je finis par me rendre à l’évidence : cette fois c’est pour de bon ! Et quand la piste bifurque vers Trévise, dans la forêt, et qu’il y a même des points d’eau tous les dix kilomètres, je me dis que je vis un rêve éveillé. Et le petit bosquet de noisetiers qui me cache pour la nuit ne fait que renforcer cette impression. Finalement rapidement démentie par le retour en force des moustiques et une attaque de limaces…

Padoue, le Prato della Valle et la Basilique de Saint-Antoine
Padoue, une mosaïque de couleurs

Le lendemain, Trévise. Je flâne un peu en ville en suivant au hasard des cyclistes que je croise. Très joli et très pavé. Puis quand je me rends compte que je tourne en rond, je m’offre un café, un croissant, et je repars vers les Dolomites. Piste cyclable (encore) pour sortir de la ville, et le long de la route jusqu’à Conegliano, où je discute en 4 langues avec un vieux monsieur qui a été vendeur de glaces au Canada, pizzaiolo en Allemagne, qui baragouine un peu d’anglais que je pimente de mots italiens : de la grande littérature ! Le nombre de voitures diminue ensuite drastiquement et les premiers contreforts des Dolomites apparaissent : ça va chauffer !

Trévise
Premier aperçu des Dolomites

On commence d’abord par un enchainement de tunnels. Dont un de 4 kilomètres de long, pas la meilleure expérience cycliste de la journée : chaque voiture qui me dépasse fait le bruit d’un train de marchandises lancé à la vitesse d’un TGV, je vous laisse imaginer l’effet des bus ou autres poids lourds. Mais une fois de nouveau à l’air libre, c’est un vrai régal : un lac artificiel aux eaux turquoises flanqué de montagnes, elles-mêmes couronnées de nuages. Et ça dure pendant un petit moment, alors que la montée annoncée n’est finalement pas si terrible. La route est quasiment déserte, j’ai dû trouver un des seuls itinéraires que les touristes et les motards ne connaissent pas… Le lac devient rivière, minuscule bande bleue sur son lit de galets blancs, alors que chaque virage révèle un nouveau pic, une nouvelle montagne piquetée de pins. Passé le col de San Osvaldo, j’ai même le loisir de me laisser glisser dans la descente et de me gorger de ces images grandioses…

Longarone ensuite, bassin industriel qui me paraît énorme après n’avoir croisé que de minuscules villages pendant plusieurs heures, une route en travaux et des camions par centaines… Mais un panneau « itinéraire cyclable » vient à ma rescousse, il fait décidément bon faire du vélo dans le nord ! En revanche, le comprends le mot « Chiusa » en italien, et quand il est accolé au mot route, ce n’est généralement pas bon signe… J’arrête le premier vélo que je croise et demande si la route est ouverte. Le pouce levé m’indique que la voie est libre, même si la dame qui me renseigne ajoute un geste éloquent : ça va monter ! Effectivement, pour une fin de journée, c’est un peu sportif, mais de jolis petits villages agrémentent la pente, une petite superette locale subvient à mes besoins alimentaires et la proximité d’un chalet m’offre un terrain plat et abrité du vent… Un couple de petits vieux passe à côté de moi alors que je finis mon dessert, et dans un anglais hésitant me demande si je vais dormir ici (ce que je confirme), si je veux dormir dans le chalet (ce que je décline), et d’où je viens. Je réalise quand ils sont partis qu’ils étaient probablement les propriétaires du chalet, donc du terrain, et que je n’ai même pas pensé à leur demander s’ils étaient d’accord pour que j’envahisse leur chez-eux. Si ma mère savait ce que j’ai fait de mes manières, elle serait probablement déjà occupée à chercher un nouveau fils à adopter…

Le lendemain, ciel couvert. Je croise les doigts pour qu’il ne pleuve pas. Du moins pas sur moi. Et sans échauffement, on s’attaque à la montagne : des pentes à plus de 10% et des lacets qui donnent le tournis. Je me fais doubler par un cycliste italien et sa voiture de supportrices, puis par un groupe de suisses qui ont carrément un Van de soutien, équipe de tournage munie des derniers téléphones portables et qui hurle des encouragements en suisse-allemand : grosse ambiance sur les pentes de la Sella di Razzo ! Toujours quelques nuages qui brouillent un peu la vue en haut, mais le soleil sort timidement le bout de son nez et me réchauffe un peu avant la descente magnifique à flanc de montagne vers Sauris et son lac…

J’hésite ensuite à monter le col de Pura, mais choisis pour une fois la voie de la facilité et la descente dans de superbes gorges vers Ampezzo. Seul bémol : encore des tunnels, pavés et glissants cette fois. Peu éclairés aussi, histoire d’en rajouter un peu… Mais pas de chute, j’arrive entier à Ampezzo et me lance dans la dernière difficulté prévue dans les Dolomites : le col de Rest. C’est court, dur, mais une fois arrivé en haut je me dis que la vue en valait la peine. Et que même si ce n’était pas le cas, rien que pour le régal de la descente je remonterai tous les cols du monde ! Pas un coup de pédale et une moyenne à plus de 40 km/h, les montagnes toujours aussi impressionnantes, une cascade et en bas un nouveau lac où les sommets avoisinants se reflètent. Puis le fleuve Tagliamento qui se fraye un chemin parmi les galets… Le rêve !

Après un rapide tour dans Udine, je me déniche un champ peu après la sortie de la ville qui me paraît propice. Un peu près de la voie ferrée, mais je me dis que les trains ne rouleront pas toute la nuit. Que nenni ! Je suis réveillé á peu près toutes les heures, et en plus il semble y avoir une boite de nuit dans le coin j’ai même de la musique ! Mais bon, le soleil qui se lève le matin et la perspective de dormir dans un lit le soir font passer la pilule… Et la route me mène assez rapidement à nouveau au bord de la mer, avec une descente agréablement paresseuse vers Trieste, où je vais passer un weekend de repos bien mérité…

Pas de plage, pas grave !
L’amphithéâtre
Coucher de soleil sur le canal

Et dès dimanche, c’est adieu l’Italie et bonjour la Croatie !

Oui je sais, je suis un peu sorti de la carte…

2 commentaires sur « Capri, c’est fini (et l’Italie aussi…) »

  1. La Croatie !! Je ne connais pas ! J’attends ton prochain article avec impatience !! Bonne continuation et très affectueuses pensées !!

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