Anniversaire pluvieux, anniversaire heureux!

Jour 367, Faenza, 24.766 km

En cherchant un titre pour cet article, je me suis rendu compte que le thème de la pluie revenait souvent dans les choix que j’avais fait jusqu’à présent, donc la référence sera cette fois (très) discrète… Anniversaire donc ! Les plus perspicaces d’entre vous auront déjà remarqué que le compteur des jours a dépassé les 365… En effet cela fait exactement un an et deux jours que je suis parti d’Hambourg. Un an et deux jours que je me promène, au gré du vent, là où la route me mène, là où la famille et les amis m’appellent… C’est passé très vite, et en même temps il s’est passé tellement de choses qu’il y en aurait assez pour remplir dix années… Et Bob a un an aussi. Après avoir perdu sa voix au retour d’Espagne, il commence maintenant à avoir des cheveux blancs (j’imagine que pour un dino en plastique, une de nos années équivaut à 80 des siennes…). Et même si la référence est discrète, on va un peu parler de pluie aussi…

Au départ de Pescara, je tourne le dos à la mer et rentre dans les terres, direction le parc national du Gran Sasso. Le ciel est gris, j’ai vaguement regardé la météo la veille et il semble que des orages soient annoncés. Et ça ne rate pas. Je me suis tellement vanté de ne pas avoir vu un nuage depuis plus d’un mois, d’avoir laissé la pluie en haut de l’Izoard, de mes 30° de moyenne, ça devait bien finir par arriver. Et au départ je me réjouirais presque de cette petite averse. Elle ne dure pas, le soleil réapparait immédiatement et je suis sec vingt minutes plus tard. Moi qui avait fait de la pluie un fléau du cycliste, on peut dire que j’ai changé d’avis depuis… Du moins c’est ce que je crois… Et la première montée vers Brittoli, pas trop dure, est parfaite pour me mettre en jambes. Facile.

On commence ensuite les choses sérieuses, avec la montée vers Castel del Monte et le Vatico di Capo la Serra. Le ciel est couvert mais il ne pleut pas. En revanche j’entends l’orage qui gronde pas loin. Je me prends à espérer qu’il va rester de l’autre côté des montagnes, et que mon chemin va plutôt m’en éloigner… C’est beau l’espoir. Un peu avant le sommet, il commence à pleuvoir doucement, et comme il fait aussi un peu froid (je suis quasiment à 1.600m d’altitude), je sors tout mon équipement de pluie qui était en train de pourrir au fond de mes sacs. Les vues sur la vallée, sur le village de Castel del Monte et sur les montagnes alentours sont magnifiques, malgré la pluie qui forcit je me régale…

Castel del Monte
Il Monte Bolza
Tout en haut…

Dans la descente, j’essaie de regarder partout à la fois et d’imprimer tous ces paysages dans ma mémoire, du coup je ne suis pas à 100% concentré sur la route, je prends un virage un peu vite et je me retrouve par terre. Aie. Curieusement, aucune égratignure (je me rendrai compte en prenant une douche quelques jours plus tard que si, il y a tout de même eu égratignure, mais rien de dramatique), rien de cassé sur le vélo, je m’en sors pour une belle frayeur qui va me suivre dans toutes les descentes sur route mouillée qui viendront… Puis vient une superbe vallée, qui à l’exception de 3 camping-cars et de quelques troupeaux de moutons et de vaches est complètement déserte. La vue sur les montagnes, même si un peu cachée par les nuages et gâchée par la pluie semble assez incroyable…

Ça fait 2 heures que je suis sous la pluie, et comme les températures sont inférieures à 10° je commence à avoir du mal à me réchauffer. Je fais une petite pause sous l’auvent d’un refuge et me rends compte que le lac que je comptais atteindre le soir pour dormir est bien plus loin que ce que j’imaginais. Et la pluie qui ne veut pas s’arrêter… Tant pis, je reste là, l’auvent me permettra de faire sécher mes affaires et de repartir sec demain. Vœu pieu…

Le lendemain, je suis réveillé par le bruit de la pluie sur l’auvent. Ça fait envie… Coup de chance, le temps de prendre le petit-déjeuner et de faire les sacs, il ne pleut plus ! J’avais demandé un départ au sec, je suis servi ! Le ciel est couvert, le sommet des montagnes est mangé par les nuages, mais il ne pleut pas. Je m’offre une petite ascension vers le lac de Campotosto en guise de hors d’œuvre (heureusement que je ne me suis pas entêté hier, je ne serais jamais arrivé avant la nuit), décide d’en faire le tour puis me ravise en me rendant compte que la route que je voulais suivre ne fait quasiment que longer une centrale électrique. Bon choix !  

La pluie m’avait laissé presque tranquille depuis le matin, elle fait un retour en force et remarqué ! Des trombes d’eau commencent à s’abattre. Au départ ça ne me dérange pas trop, j’ai toujours l’espoir que ça ne dure pas, et puis je suis sur une portion de route plutôt en descente, j’avance bien, et je sais qu’une montée arrive bientôt pour me réchauffer. Je découvre aussi la joie des voitures qui me doublent d’un peu près quand la route est trempée : en plus de l’eau qui tombe du ciel, c’est comme si chaque conducteur me jetait un seau d’eau en passant. Très agréable. Et pas un seul qui ferait mine de ralentir ou de s’excuser. On s’amuse bien tous ensemble ! A partir d’Amatrice, je remarque des bâtiments en ruine le long de la route. Certains sont aussi renforcés par des poutres et des câbles. Après d’Arquata del Tronto, ce sont même parfois des villages entiers qui semblent détruits. Les résultats du tremblement de terre de 2016 sont encore bien visibles…

L’église de Piedilama

Je grimpe toujours. Sous la pluie. Je devine que le paysage doit être magnifique, mais je ne peux qu’entrevoir de vagues formes. C’est un peu comme regarder un spectacle comique dans une langue qu’on ne connait pas. On sait qu’il vient de se passer quelque chose de drôle, mais il manque l’essence de la blague. Et la pluie redouble d’intensité. Je tente de faire quelques photos, mais j’abandonne assez rapidement : en plus de ne pas arriver à faire fonctionner l’écran tactile, j’ai peur de complètement noyer mon téléphone. La route continue à monter. Il fait de plus en plus froid. Et je suis de plus en plus mouillé. Les motards qui passent dans l’autre sens me font des signes d’encouragement. Sympa. Et je me prends même à détester les gens qui me doublent, en short et t-shirts dans leurs voitures chauffées et sèches… Je sens que le paysage change, on dirait que les parois sont plus à pic, les gouffres plus profonds. J’essaie de prendre une photo mentale des paysages mais au moment où j’écris ces mots elle est déjà à moitié effacée… Et le vent commence à souffler. De face pour augmenter la force de la pluie. De côté pour me promener d’une extrémité à l’autre de la route. Et même pas une belle vue pour me dire que ça en vaut la peine.

En descendant dans la vallée, je suis content que le vent de face me ralentisse, j’ai encore un souvenir douloureux de ma chute de la veille. Je me dis qu’au prochain abri que je trouve, je m’arrête. Le prochain abri n’arrive pas avant 25 kilomètres. Ah Ah Ah. J’ai le temps de monter jusqu’au village de Castellucio, où toutes les places sous les auvents sont déjà prises, de redescendre dans la vallée, de grimper un nouveau col et de le redescendre. La descente se fait cette fois dans le brouillard, avec à peu près 33 cm de visibilité. Et la route détrempée en prime. Pas super. En bas de celle-ci, j’ai l’agréable surprise de trouver de l’eau, un toit, et même de sentir la pluie qui diminue. Le soleil me fait même une apparition, je commence à sécher et à me dire que si ça continue comme ça, la journée n’aura finalement pas été si terrible. Le temps de finir cette pensée, crac, énorme averse. Je suis à nouveau trempé en moins de temps qu’il ne faut pour l’écrire. Super. Je profite de l’accalmie suivante pour monter ma tente dans un champ (en pente) et me réfugier dans celle-ci…

La seule photo de l’après-midi

Le lendemain, c’est le bruit de la pluie sur le double toit qui me réveille. Je fais durer un maximum pour éviter de sortir, mais à un moment donné, il faut s’y filer… Je pars à 8h11. A 8h13 je suis trempé jusqu’aux os. Ça promet une belle journée d’anniversaire ! Petite pause ravitaillement à Matelica (je pense qu’un certain groupe de Metal a dû s’inspirer de ce village pour son nom…) et la pluie s’arrête. Je me méfie, on ne sait jamais ce que le ciel me réserve… Mais ça tient finalement, et j’enchaine montées et descentes, jolis petits villages perchés sur des collines, et belles vues sur les champs, les forêts et les montagnes…

Sassoferrato
Urbino

J’entame les dernières montées de la journée vers San Marin, avec toujours de superbes vues sur les environs. Un peu de vent de côté dans la descente, pas très rassurant quand on fonce à plus de 50 km/h, surtout quand il n’y a rien que des parois à pic à droite et à gauche de la route et pas de barrières… Je croise un autre cycliste, en vélo électrique, qui fait une partie de la montée finale avec moi. Même si le souffle court ne facilite pas la discussion, ça fait passer la partie la plus dure de l’escalade de manière agréable ! San Marin finit par arriver, un pays de plus à rajouter sur la liste ! Même s’il a été traversé en 33 minutes chrono…

Bienvenue sur la terre de la liberté, mais n’oubliez pas, vous êtes filmés !
Le Monte Titano

Courte étape pour finir le trajet vers Faenza, je commence par faire un détour par Rimini. Mauvaise idée. Le front de mer est tellement plein de parasols et de chaises longues qu’on ne voit ni le sable ni la mer. Tant pis. Je prends ensuite la Via Emilia qui doit m’amener à destination. Je suis les panneaux, tellement bien que je me retrouve sur l’autoroute. Encore. Et cette fois pas question d’y rester trop longtemps. Je prends la sortie qui doit me ramener sur la Via Emilia. Comme par magie, je suis sur l’autoroute qui va à Rome. Super. En travaux en plus, donc le camion derrière moi ne peut pas doubler, un embouteillage commence à se former. Et la sortie que je dois prendre est bloquée. Génial ! Je fais demi-tour à l’arrache (ne faites pas ça chez vous, c’est plutôt dangereux…) et finit par retrouver ma petite route, toute droite, qui va jusqu’à Faenza… A part ça, rien à signaler…

8 commentaires sur « Anniversaire pluvieux, anniversaire heureux! »

  1. Bel anniversaire ! et bravo pour tes exploits. J’espère que tu en feras un livre, a minima.
    Merci encore pour tes belles photos qui me font voyager. Bises affectueuses.

    J'aime

  2. 1 an ! Merci pour les belles photos et tes écrits : on voyage. Faut tout mettre dans un livre. Bonne continuation jusqu’à la ville éternelle. Prends soin de toi. 😘

    J'aime

  3. Bel anniversaire ! Que de souvenirs… depuis 1 an ! Bravo. Et merci. Et maintenant, c’est le compte à rebours… profite pleinement de ces prochaines dernières journées ! Bisous.

    J'aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :