Comme disent les allemands, «Man trifft sich immer zweimal im Leben»

Jour 363, Pescara, 24.261 km

En arrivant à Bari, je galère (un peu) à monter les deux étages qui mènent à l’auberge de jeunesse tout en portant mon vélo et les bagages. J’entends le gérant qui jure « encore un vélo énorme !! ». Tiens, me dis-je, un autre cycliste est déjà dans la place !? Effectivement, je fais assez rapidement la connaissance de Florian, allemand vivant au Danemark, qui est parti de Grèce il y a quelques jours et remonte vers l’Allemagne… On accroche assez vite et on décide de faire la route jusqu’à Pescara ensemble. Enfin presque, je veux aller faire un tour dans le parc du Gargano, Florian préfère couper par l’intérieur des terres. On se séparera mais on se retrouvera, c’est de toute façon ce que les allemands disent…

Mais avant ça, il a déjà fallu atteindre Bari. Et on ne va pas parler de gueule de bois, on dira seulement que je suis un peu dans le gaz en me levant le matin. Ah les lendemains de finale… Les préparatifs prennent un peu plus de temps que d’habitude, le temps que mon cerveau et mes membres (re)trouvent leur synchronisation, mais je finir par parvenir à me mettre en route en milieu de matinée. Je me retrouve rapidement (et sans vraiment le savoir, les yeux aussi ne sont manifestement pas complètement coordonnés avec le cerveau) sur l’autoroute.  Au vu de mes expériences passées, je me dis que ce n’est pas forcément une mauvaise chose. Puis je change rapidement d’avis : cette fois, un camion sur deux klaxonne en passant, une voiture sur trois aussi, et il y a tellement de gens qu’on me double rarement avec plus d’un mètre de marge. Pas si terrible que ça finalement. Heureusement, une voie de service me fait de l’œil, et elle a le bon goût de suivre l’autoroute jusqu’à Bari. Et de me faire passer par de jolies villes sur la côte : Brindisi, Monopoli (comme il m’a manqué le Catane, il me manque aussi le Monopoly) ou encore Polignano a Mare. Toujours sous un soleil radieux, sur un terrain plat et sans vent…

Monopoli
Polignano a Mare

Avant d’arriver à Bari, je remarque la prolifération dans les champs de ce que je prends au premier regard pour des sortes de four à pain. Un peu grands certes, mais peut être que la tradition locale veut que les miches soient plutôt de la taille de meules… Ou alors que les pizzas fassent toutes un mètre de diamètre… Bref, de belles idées qui me passent par la tête… La vérité est bien plus triviale, il s’agit de « trulli », des habitats d’ouvriers agricoles, des maisons finalement… Pour les grands pains, on repassera.

Les trulli au bord de la mer

J’arrive un peu tard à Bari, et surtout très affamé, donc je cherche rapidement de quoi me sustenter… Pour la visite de la ville, il faudra revenir… Le lendemain, après un petit déjeuner et un ravitaillement au supermarché, c’est donc un quatuor qui prend la sortie de Bari, un quintette même en comptant Bob ! Vent arrière, quelques nuages pour empêcher que la température ne grimpe trop, une route pas trop fréquentée et bien plate, des conditions idéales pour discuter. Un peu moins pour profiter du paysage du coup, mais on fait dans le classique côte / plage avec des milliers de parasols / ville côtière / station balnéaire. Et quand il semble que ça va changer, qu’on va être sur un bras de terre avec la mer des deux côtés, on se retrouve en fait à longer des marais salants d’une couleur rosâtre peu ragoutante et des usines. Heureusement qu’on peut discuter au final !

Deux vélos…
… et deux cyclistes

Un peu avant Manfredonia (j’ai vérifié, tous les habitants portent Manfred comme deuxième prénom, depuis la fondation de la ville par le roi Manfred 1er de Sicile), nos chemins se séparent une première fois : je me lance à l’assaut du parc du Gargano, Florian s’attaque à la plaine de Foggia. La route s’élève. Un peu avant d’arriver dans le village de Mattinata, je me trouve confronté à un dilemme cornélien : d’un côté une route en lacet qui grimpe à flanc de montagne, de l’autre un tunnel.  Un tunnel plat. Mais un tunnel interdit aux vélos. Étant donné que la route ne semble pas offrir de vues particulièrement intéressantes, je décide de garder mes forces pour la prochaine montée qui doit m’amener à flanc de falaise et de prendre le tunnel. La traversée se déroule sans encombres, sans klaxon, quasiment sans voitures. A la sortie, en revanche, une patrouille de police est stationnée sur le bord de la route. Aie. On me fait signe de m’arrêter. Aie Aie. Le type me dit un truc en italien où je saisis les mots « bici » (=vélo) et « galleria » (= tunnel). J’en déduis qu’il me demande si je viens de traverser le tunnel à vélo. Je réponds candidement que oui.  J’imagine qu’il me dit quelque chose en rapport avec le fait que ce soit interdit mais même avec toute la bonne volonté du monde je ne comprends pas un traître mot. Je lance un timide « no comprendo ». Je vois la déception dans ses yeux. Il me dit alors avec un accent italien grandiose « ah, you don’t speak » et me fait signe d’y aller. J’ai du mal à ne pas rire en repartant. À la sortie de Mattinata, même situation : tunnel ou route ? Je prends la route cette fois, et à raison ! D’une part j’ai des vues superbes sur la côte, et d’autre part il y a encore des flics à la sortie du second tunnel… La technique du « ah you don’t speak » n’aurait peut-être pas fonctionné deux fois…

La nuit ne va pas tarder à tomber et il faut songer à se trouver un endroit pour dormir. Il y a une plage, un peu loin, mais qui a l’air très sympa et pas trop loin de la route principale. Je me dis : « on le tente, et si jamais ça fait trop tard je m’arrêterait dans un coin en hauteur avec vue sur la mer ». L’appel de la mer est trop fort, et malgré l’obscurité grandissante que ma lampe parvient à peine à dissiper, je finis de descendre (heureusement !) les derniers kilomètres dans le noir pour arriver à la plage de Portogreco. Je ne profite pas pleinement de la vue le soir mais c’est un régal le lendemain au réveil…

La matinée est d’autant plus agréable que la route continue de sinuer le long de la mer, avec une vue plongeante sur le blanc des falaises et le gouffre noir des grottes. Ça vaut bien le coup de se rajouter quelques centaines de mètres de dénivelé positif pour admirer tout cela ! Et les villages de Vieste, Peschici et Rodi Garganico se présentent à point nommé pour faire une petite pause et remplir mes gourdes…

Vieste
Peschici

Puis vient la partie la moins sympa de la journée : vent de face, des lignes droites interminables, pas un arbre pour casser ce satané vent, qui me fatigue tellement que je me mets à l’insulter, et je crois que ça ne m’était pas arrivé depuis l’Espagne… En plus on atteint les heures les plus chaudes de la journée, l’eau des fontaines est tiédasse, et ça devient compliqué de trouver un coin d’ombre… Seul point positif, je longe des champs de tomates, de toutes les formes et de toutes les couleurs et je me permets d’en ramasser quelques-unes pour d’un seul coup étancher ma soif et apaiser ma faim.

Toujours plus de tomates

Après un rapide passage par Termoli, je retrouve Florian sur une plage un peu à l’écart, parfaite pour un bivouac. Si on excepte les moustiques un peu agressifs, la soirée est bonne, le festin royal, et la nuit pas trop chaude !

Le lendemain, direction Pescara ! Je laisse la navigation à Florian et bien m’en prend ! Il nous dégotte d’abord un petit parcours le long des falaises puis une magnifique piste cyclable ! Au départ je m’enflamme un peu, j’ai l’impression qu’elle va nous amener jusqu’à Pescara. Puis je regarde la carte un peu plus en détails et me rends compte qu’elle s’arrête à Ortona. Et en réalité, on tombe sur des travaux qui nous forcent à faire demi-tour et à pousser les vélos sur un petit chemin pavé pour retrouver la route principale… On ne peut pas non gagner à tous les coups…

Piste le long des falaises…
… et voie cyclable le long de la mer

En arrivant à Pescara, on s’offre une belle pizza et une bière bien fraîche pour fêter l’arrivée et nos chemins se séparent à nouveau : Florian continue le long de la côte et je vais faire un tour dans les montagnes dans le parc du Grand Sasso. Je profite de l’après-midi pour faire un tour de Pescara et de la soirée pour, devinez quoi, me goinfrer ! On ne va pas changer les bonnes habitudes !

L’installation Ecco Trash People sur la piazza Salotto

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