Jour de finales

Jour 359, Lecce, 23.685 km

5h35. J’entends des voix, des gens qui marchent autour de la tente. Ça fait un peu tôt pour randonner. En même temps si on prend en considération le fait qu’entre 9h et 18h il fait plus de 30°, ça paraît censé de partir tôt le matin… Moi qui avait prévu une petite journée, je vais arriver encore plus tôt que prévu ! Ça me laissera le temps de faire un tour en ville. Les panneaux signalaient un joli lac sur le bord de la route que je n’avais pas eu le courage d’aller voir la veille, ça me fait une première petite pause pour la journée…

Cava di Bauxite

11h30. J’arrive à Lecce. La chaleur est écrasante, et en dehors des 2-3 rues piétonnes du centre historique, la ville est comme morte. Comme si tout le monde faisait la sieste. Ou était parti à la plage. En revanche le drapeau italien est partout. Aux balcons. Aux fenêtres. Aux kiosques de souvenirs pour touristes. Aujourd’hui l’Italie est en finale. De Wimbledon d’abord, de l’Euro ensuite. Il fait tellement chaud que j’écourte mon tour en ville, me trouve un coin à l’ombre pour manger un bout et boire un coup…

19h15. Après avoir pris une bonne douche, fait une petite sieste et rédigé la majeure partie de cet article, je sors de l’auberge. Les gens ne font plus la sieste apparemment, ils ont tous décidé d’arpenter les rues alors que les températures se font plus clémentes. Les écrans télés sont sortis, les maillots de l’Italie aussi, et les premiers Apérol Spritz ont fait long feu. Berrettini a fait de la résistance mais la première finale a été perdue. On sent la tension qui monte…

21h00. Coup d’envoi. Le Fratelli d’Italia a été repris en cœur par tout le monde, God Save the Queen a lui été un peu sifflé, et le ballon commence à circuler au son des « Forza Azzurra ».

21h02. But de l’Angleterre. Coup de froid. Les premiers chants de supporters s’éteignent. Début de match difficile.

21h50. Mi-temps. L’Italie est dominée, l’Angleterre a le match en main. Je passe d’un bar du centre-ville à celui de l’auberge, pour voir si l’ambiance y est plus joyeuse. Pas vraiment. Les italiens sont nerveux…

22h40. Egalisation de l’Italie. L’explosion de joie est à la hauteur du soulagement. « One more goal », plus qu’un but et c’est fait !

23h30. Il va falloir en passer par les tirs au but. Ames sensibles s’abstenir. Quand le gardien italien sort le dernier tir au but anglais, les verres volent, les drapeaux flottent de plus belle, les gens se sautent dans les bras, l’Italie est championne d’Europe !

04h30. Les derniers scooters sont rentrés, les bars ont fermé. Les rares promeneurs encore debout lancent un « Italiaaaaaa » quand on les croise. La fête a été belle, le réveil sera dur mais c’est le lot des champions !

Début de match compliqué (pour le photographe aussi…)
Champions !

Revenons maintenant à Crotone. J’avais repéré cette étape. Du plat. Pendant plus de 200 km. Et depuis que j’avais dépassé les 200 km en allant de Besançon à Barr, j’avais dans un coin de la tête l’idée d’atteindre un jour les 250 km… J’ai donc trouvé le terrain de jeu idéal, de Crotone à Matera. Un départ aux aurores pour pouvoir rouler un peu plus si jamais le vent ne me pousse pas assez, et ça devrait pouvoir le faire ! Comme d’habitude, le meilleur plan du monde ne résiste pas à la réalité : je me couche tard pour finir mon article, donc je me lève tard aussi. En descendant du B&B je discute avec les manutentionnaires de l’entrepôt d’en face, en italien. On rigole bien. Et ensuite, au café où je prends mon petit-déjeuner, je discute encore avec Roberto, qui partirait bien lui aussi mais à qui il faudrait une chariotte pour emmener son chien. Très sympa tout ça, mais mon départ aux aurores se transforme en départ tranquille vers 9h. Pas grave…

Pas grave, parce qu’après une première quarantaine de kilomètres où je roule bien mais pas trop vite, le vent se lève et me pousse. Entre 27 et 30km/h pendant des heures. Ça défile. Je trouve de l’eau quand il faut, fraiche en plus, c’est presque trop facile. Puis la route (nationale) que je suis se transforme en autoroute. Au début je me dis qu’il doit y avoir une voie de service sur le côté ou quelque chose du genre et je vais pouvoir continuer. Même pas. Je n’hésite pas très longtemps, j’ai un record de distance à battre et pas le temps ni les jambes d’aller faire un détour par les montagnes. En plus ça ne semble déranger personne, ni les autres automobilistes qui ne me klaxonnent pas plus que d’habitude, ni même les flics qui me doublent par cars entier sans même un regard… Et au final l’autoroute, c’est presque plus confortable que la route nationale : l’asphalte est propre, un vrai billard, et en plus c’est une deux voies donc les gens ont deux fois plus de place pour me doubler. Je suis presque plus serein que sur la nationale. A deux exceptions près tout de même : d’abord, un type qui me double et qui va taper la barrière de sécurité 500 m devant moi. A part son rétro rien de cassé mais c’était un peu trop près à mon goût. Ensuite, un camion qui me double, alors que je double quelqu’un arrêté sur la bande d’arrêt d’urgence et qu’une voiture le double aussi. A 4 de front, même si c’est une deux voies, ça fait pas large…

C’était ça ou l’autoroute
Donc autoroute

Une fois arrivé à Metaponte, je quitte l’autoroute et remonte dans les terres vers Matera. Le vent me pousse toujours mais les jambes commencent un peu à tirer. Je m’arrête dans une ferme pour demander de l’eau, il y a un type qui travaille dans un champ de tomates. Il hurle à son collègue de m’apporter une bouteille, puis se retourne vers moi et me demande si je veux goûter ses tomates. Allons-y ! J’en prends une, c’est un peu tiède mais bien juteux, très bon. Il me regarde et me dit « Encore, encore ». Du coup j’en prends 5 et je me goinfre. J’en ai plein la barbe, les mains et le tee-shirt et il me fait signe de manger encore ! Si j’avais voulu, j’aurais surement pu repartir avec une cagette entière ! La bouteille arrive, bien fraîche, et je finis par prendre congé, même si j’étais à deux doigts de demander si je pouvais rester… Mais à 15 km près ça aurait été trop bête… Un joli lac plus tard, ma montre vibre : 250 ! ça y est ! J’hésite à m’arrêter sur place et à dormir par terre mais je roule encore 700 m avant de trouver un champ un peu caché, je mange et dodo !

Le soleil se couche, ça sent la fin
Le lac de San Giuliano

Le lendemain, je fais péniblement les 20 km (de montée) qui me séparent de Matera, je laisse mon vélo sous la surveillance de l’employé de l’office de tourisme et je pars me promener en ville. Enfin je me promène pendant 45 minutes, ensuite je prends un café pendant une heure et un déjeuner pendant une autre heure. Mais j’ai tout de même le temps d’admirer Matera, une ville très ancienne où les habitants vivaient dans des caves insalubres, caves qui ont depuis été rénovées, transformées en musées, hôtels et restaurants, et font maintenant partie du patrimoine mondial de l’Unesco.

En sortant de Matera, je me fais doubler par Pascuale, avec qui je noue la conversation. Il va à Castellaneta, et me propose d’aller y boire une bière. J’ai même le droit à un petit cours d’histoire : Castellaneta, la ville du Mythe. Rodolfo Valentino. (Si vous ne connaissez pas, ne vous inquiétez pas, je ne connaissais pas non plus, et je pense que peu de gens en dehors de Castellaneta, et encore moins en dehors de l’Italie savent qui est Rodolfo Valentino). Un acteur italien des années 20. Si jamais vous ne savez pas quoi regarder lors de votre prochaine soirée cinéma, « Le Cheikh » a l’air d’être un de ses classiques…

Pascuale et Rodolfo

Je traverse Taranto, fais 2-3 courses et me mets en quête d’une plage pour me rafraichir. Je fais un peu le difficile au départ, je voudrais une plage de sable avec peu de monde, un peu d’ombre et une douche si possible. Au final je dois me rendre à l’évidence : ces plages-là n’existent pas, il y a du monde partout, sauf sur les rochers. Je trouve tout de même un petit accès près de la route, saute dans l’eau et m’arrête pour la journée.

Taranto
Le soleil se couche…

Je me suis mis un peu près de la route : il y a beaucoup de passage jusque tard dans la nuit, et en plus je suis en plein sous la lumière des lampadaires. Mais bon, j’en suis quitte pour une nuit un peu agitée et je repars tôt le lendemain. Je longe la côte, c’est encore plus simple que de suivre le GPS ! Tout plat, des plages noires de monde dès 8h30, plus un centimètre carré de disponible à 11h00, la ballade est agréable. Petit coup de stress quand je vois une piste cyclable le long de la plage, j’ai un mauvais souvenir d’une arrivée à Almeria qui remonte. Je me dis que si je vois la moindre trace de sable je fais demi-tour. Au final la route est dégagée, tout va bien…

Les jolies villes viennent et passent, Nardo et son lagon turquoise, Gallipoli et ses courses de jet-ski, ou encore Santa Maria di Leuca et sa basilique. Je commence à me dire que je ne vais pas tarder à m’arrêter, dès que je trouve une plage sans trop de monde je me baigne et si possible je bivouaque. Comme la veille, je me fourre le doigt dans l’œil ! Je commence par monter, une superbe route qui serpente à flanc de falaise, mais du coup c’est plus compliqué pour les plages… Très joli en revanche…

Je trouve le coin parfait, dans une pinède, avec un chemin qui descend vers la mer, je me réjouis d’avance à l’idée de cette bonne soirée que je vais passer. Manque de pot, je suis sur une propriété privée et on se charge très rapidement de me le faire savoir. Et de me suivre jusqu’à ce que je sois à nouveau sur la route. Arrive ensuite le point le plus à l’Est d’Italie. Je me dis que ça aussi ça pourrait être sympa pour la nuit. Le parking est plein, la descente pleine de cailloux et j’ai pas envie de la remonter si jamais je ne peux pas me poser en bas. Tant pis, on continue… Au passage, ce point le plus à l’Est d’Italie est probablement aussi le point le plus à l’Est de mon voyage, à moins que je n’arrive à aller jusqu’en Albanie…

Le grand Est

Finalement je trouve une plage de rochers, sur un chemin de randonnée que j’espère n’être pas trop fréquenté (haha) et je m’écroule une fois le dîner avalé… Le lendemain, c’est jour de finale…

4 commentaires sur « Jour de finales »

  1. On s’y croirait !
    Encore merci Peter, pour ta prose et tes belles photos qui nous transportent à tes côtés et nous réchauffent.
    Surtout aujourd’hui, besoin de ciel bleu, de soleil, de mer… car pluie et grisaille en Sologne; t° actuelle extérieure = 17°C. Bonne finale… Bisous

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