Etna, Etna

Jour 355, Crotone, 23.071 km

Si vous voulez lire en musique, voilà la bande originale (pensez « Etna » pendant le refrain, vous verrez on s’y croirait).  

Ensuite, pour ceux qui s’inquièteraient de mon état hydraulique, sachez que depuis mon pamphlet acide, que dis-je, mon réquisitoire en règle envers les terroristes de l’eau dans ces mêmes colonnes la semaine dernière, tout est revenu à la normale : les cimetières sont ouverts, les fontaines fonctionnent, les « points d’ » sont redevenus des points d’eau, je peux boire tout mon saoul, et je ne m’en prive pas… Comme quoi certains messages semblent porter…

4 jours intenses. C’est le moins qu’on puisse dire… Avec en personnage principal, du moins pour les deux premiers jours, le susnommé volcan. Et dès que je sors de Syracuse, je le vois. Il ne va pas me quitter pendant 3 jours. Il écrase tout le reste du haut de ses 3.300 mètres. Il est présent, il est là : l’Etna. Petite étape de transition jusqu’à Catane, où je passe l’après-midi à me promener et à préparer l’étape du lendemain, notamment en mangeant la pizza la plus gigantesque qu’il m’ait été donné de voir en Italie ! (même avec ma faim de loup j’ai eu du mal à la finir…). Au départ je pensais monter tout en haut du volcan avec Jay, mais quelques recherches sur Internet me donnent assez rapidement une meilleure idée : plutôt que de galérer sur des pistes de VTT, il y a deux accès par la route, un au sud / un au nord, ça fait une journée un peu costaud mais ça semble faisable. Après la double ration de Ventoux, une double ration de l’Etna!

On ne peut pas le rater
Fontaine, éléphant, église, on trouve de tout à Catane

Départ au petit matin, après un petit déjeuner copieux, pour la première ascension, celle du versant sud. Après une transition « douce » (pas excessivement plate non plus) et étonnamment dénuée de voitures (ça doit être l’effet dimanche matin), on rentre dans le vif du sujet à la sortie de Nicolosi. Une pente régulière, et rapidement le paysage se transforme. J’ai des souvenirs de mon périple en Islande qui remontent : le sable noir sur le côté de la route, ces formes torturées des roches piquetées de buissons, pas de doute, on est près d’un volcan. Avec toujours en ligne de mire, qui nous domine depuis tout là-haut, le cratère principal de l’Etna et derrière moi la mer qui s’éloigne.

Catane et la mer dans le lointain

Arrivé au refuge de Sapienza, à la fin de ma première ascension de la journée, je suis un peu déçu : on ne voit pas le cratère principal, caché qu’il est par d’autres cratères. Et je n’ose pas laisser le vélo trop longtemps et trop hors de vue (chat échaudé craint l’eau chaude), donc une trop longue randonnée ou un tour en téléférique sont exclus. Après quelques tours des cratères accessibles à pied, je me dis qu’être « déçu » est peut-être un peu fort, les vues sont tout de même assez incroyables. Et j’ai même l’agréable surprise de croiser mes compagnons de petit déjeuner qui font un tour avec le gérant de l’auberge. Le monde (enfin l’Etna) est petit !

Vous pouvez peut-être le deviner sur les photos précédentes, mais j’ai une belle descente qui m’attend. Et le gérant de l’auberge me glisse avant de partir : « Fais attention, il y a beaucoup de sable sur la route – Oui, Oui ». Aussitôt dit, aussitôt oublié, je me lance à fond dans la descente ! Et après près de 40 km de montée, je n’ai pas envie d’appuyer sur les freins. Premier virage, 40 km/h, je prends un peu large, je vois au dernier moment un tas de sable dans le coude, je sens ma roue arrière qui commence à chasser, je n’ose ni freiner, ni tourner mon guidon, je me vois faire un tout droit dans la barrière de sécurité (tout ça se passe bien sûr en une fraction de seconde, le temps de le lire ça s’est déjà produit 4 fois). Mais ce n’était qu’un petit tas de sable, je retrouve rapidement de l’adhérence et une assiette stable. Mais j’ai compris le « Fais attention ». Je comprends aussi un peu ce que peuvent ressentir les gens qui m’ont dit avoir peur en descente. En plus le sable est souvent dans les virages, et je ne le vois qu’au dernier moment…  

En bas en un seul morceau, j’ai juste le temps de remplir les gourdes et je commence la seconde ascension de la journée. Beaucoup dans la forêt (donc à l’ombre, donc au frais) au départ, je profite de chaque opportunité où je vois le cratère principal pour le prendre en photo. Même à contre-jour. Même si c’est la même chose à chaque fois. Et à force de prendre des photos, je me dis « Tiens, c’est marrant ce nuage, on dirait que le volcan fume… »

En y regardant de plus près, je me dis que c’est quand même un gros nuage, et il y a des bruits bizarres aussi. Un orage ? Pourtant le ciel est bien bleu tout autour, je ne suis pas soudain devenu expert en météo mais ça ne ressemble pas à un orage. Je finis par me rendre à l’évidence : je suis en train d’assister à une éruption de l’Etna. J’aurais aimé vous dire que j’ai dû éviter des torrents de lave, esquiver une pluie de roche en fusion, que grâce à mon fidèle destrier j’ai pu porter secours à une famille en détresse et les sortir des flammes de l’enfer, mais j’ai surtout vu beaucoup de fumée. Et les gens autour de moi n’avaient pas l’air si inquiets que ça. Mais ça reste tout de même très impressionnant, à tel point que j’ai complètement oublié de prendre des photos de Piano Provenzana, qui conclut l’ascension de la partie nord de l’Etna. Vous n’aurez donc que des photos de l’éruption…

Ce que je ne manque pas de remarquer en revanche, c’est que la double ration d’Etna a réussi là où la double ration de Ventoux avait échoué : j’ai un nouveau record de dénivelé positif sur une journée : 3.263 m !! Dont la grande majorité dans les 80 premiers kilomètres, ce qui accessoirement veut dire 40 kilomètres de descente, sans sable en plus cette fois, régal ! J’arrive sur la côte, dans le magnifique village de Taormina. Petit tour dans l’eau pour se rafraichir, et je me mets en quête d’un bivouac. Comme la nuit tombe et que les deux chemins qui sont censés me mener un peu à l’écart dans la forêt sont en réalité des chemins privés, je finis par m’installer sur le bord de la route…

Naxos et Taormina
Isola Bella

Le lendemain, je refais la route vers Messine, passe faire un coucou à Poséidon et prends le ferry en direction de l’Italie. Et je reprends la route SS106 là où je l’avais laissée, à Villa San Giovanni, et je continue mon périple, vent dans le dos, vers le bout de la botte. Je remarque par ailleurs que l’Etna ne m’a toujours pas quitté, il veille toujours sur nous depuis l’autre côté du détroit…

L’Etna semble sortir de l’eau

Je compte suivre la côte jusqu’à Crotone, mais je vois un panneau qui indique vers le Nord la direction du parc national d’Aspromonte. Je me rappelle avoir noté quelque part qu’il valait le coup d’y jeter un œil. Je change donc mon itinéraire et me décide de me lancer à l’assaut de ses montagnes ! Lors d’un ravitaillement en eau, je croise un français qui fait aussi le tour de l’Italie à vélo, dans le même sens en plus, avec qui on passe un bon moment à discuter. Au moment de repartir, il se rend compte que sa roue arrière est à plat, et je l’abandonne lâchement à sa réparation… La discussion a été agréable et plus longue que prévue, et je commence les premiers kilomètres de montée vers 18h30. En plus le vent s’est levé, de face, et je commence à trouver le temps long. Je m’arrête dans un supermarché pour m’offrir de quoi améliorer mon quotidien (une bière, un morceau de fromage et une barquette de tomates) et en discutant avec un des employés dans un italien plus qu’approximatif, je finis par comprendre que la route que je comptais prendre est bloquée. Ça commence à faire un peu trop. En plus la route alternative qu’il m’a conseillée (et que je suis) monte très (trop ?) fort, et même si la vue sur la vallée dans la descente est plutôt sympa, j’en ai marre et je m’arrête dans le premier champ où une haie d’arbres me cache un peu de la route.

Le lendemain, après 450m de plat, je commence à monter. C’est dur et ça ne s’arrête pas. Quand je pense être arrivé en haut, quand je me dis : « il m’y a plus d’arbres au-dessus, on ne va pas pouvoir monter beaucoup plus haut », je me prends la prochaine pente à 1000%. Et j’ai l’impression que ça dure au moins 25 km (probablement plutôt autour de 10). Même si la vue sur la vallée est grandiose, j’ai hâte d’arriver au sommet…

S’ensuit une petite partie roulante, dans la forêt, qui me rappelle un peu la République Tchèque (et le souvenir ému de bivouacs dans les bois, sans voitures ni voisins) et j’arrive à une croisée des chemins : à droite, je redescends vers la côte et la mer. À gauche, je continue dans le parc, dans la montagne, avec la promesse d’autres montées. Et bien sûr, je prends à gauche ! Oubliés les derniers kilomètres, les jambes qui brûlent et les montées atroces. Il parait que la mémoire est sélective. Pour me convaincre du bien-fondé de ma décision, je fourbis tout de même de solides arguments : 1. Très peu de voitures. 2. Des sources d’eau fraîche à n’avoir plus soif. 3. Entre 800 et 1.100 m d’altitude, il fait plutôt 25° que 35°. 4. Plus c’est haut, plus c’est beau ! Et une petite voix en moi espère que les montées qui arrivent ne seront pas aussi horribles que celle du matin… Au final j’ai eu tout bon, le plus dur était derrière et le plus beau devant…

Il ne me reste plus qu’à parcourir la courte distance qui me sépare encore de Crotone, l’affaire d’une demi-journée. Qui ne commence d’ailleurs pas pour le mieux, vu que je décide de suivre la nationale, ses poids lourds et autres fous du volant alors qu’une petite route serpente tranquillement à flanc de falaise. Je croise ensuite un type qui me complimente sur mon italien, il est 9h30, je ne sais pas ce qu’il a bu mais ça a l’air efficace. Je parviens même en arrivant en ville à me commander un repas sans un mot d’anglais (je ne sais pas trop ce que je mange, mais en tout cas c’est très bon), et je n’ai pas le cœur de refuser un café quand je vois la réaction de la cheffe à première tentative !

Le Capo Colonna et ses vestiges romains
Un café – Non merci – Vous êtes sûr ? – Bon d’accord

Et pour ceux qui ont du mal à suivre avec tous ces noms, un petit point sur la carte :  

5 commentaires sur « Etna, Etna »

  1. Un café – Non merci – Vous êtes sûr ? – Bon d’accord

    La force de caractère! Ca m’a fait rire parce que je connais ces moments haha.

    J'aime

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