Le chercheur d’or (bleu)

Jour 350, Syracuse, 22.453 km

Si vous n’avez pas encore lu le livre de Le Clézio que j’ai eu la chance (le malheur ? je ne saurais dire, en tout cas je ne garde pas un souvenir impérissable de cette lecture) de devoir lire lors de ma première année de prépa, faites-le (sauf si vous n’en avez vraiment pas l’envie ni le temps), cet article n’a aucun rapport avec l’œuvre originale… Pour vous donner un peu de contexte, imaginez qu’en ce moment j’ai en permanence soif. Du matin au réveil, au soir quand je me couche. Tout le temps soif. Probablement lié aux températures assez élevées sur cette belle île sicilienne. Probablement. En tout cas je consomme énormément d’eau, entre 6 et 8 litres par jour je dirais, et donc je suis constamment en recherche d’une fontaine ou d’un cimetière pour remplir mes gourdes. Et bien sachez que depuis quelques jours, c’est devenu bien moins facile que ça n’en a l’air (et que ça ne l’était jusqu’à présent). Il semblerait que dans le sud de la Sicile, en plus des serres, des vignes et des plages, on soit aussi spécialiste des points d’eau… sans eau… des « points d’ » en somme : une belle fontaine sur le bord de la piste cyclable, pas de robinet. Un bac au détour d’un virage, pas d’eau qui sort du tuyau. Une fontaine dans un parc dans un petit village, rien qui ne sort quand on ouvre le robinet. Ils poussent même jusqu’à me narguer : deux fontaines dans un cimetière, avec la petite flaque d’eau qui implique une utilisation récente. FERMÉ LE CIMETIÈRE. Du coup je dois redoubler d’inventivité : escalader les grilles d’un stade pour aller boire à une douche. Demander aux gens (mais pas 8 litres d’un coup, j’ai quand même le sentiment que je dérange parfois). Acheter de l’eau (mais au vu de la quantité de bouteilles vides qui jonche les bords de la route j’hésite à apporter ma pierre à l’édifice – excellent jeu de mots au passage)… Bref, l’eau est un enjeu de notre avenir, et je peux mesurer à quel point un accès simple et direct à l’eau potable est primordial… A quand le vélo à assistance hydraulique ??

Vu que je n’avais pas ma montre pour ces derniers jours (vous vous souvenez sûrement de cette histoire de câbles volés), j’ai l’impression qu’il n’y a eu qu’un long jour entre Palerme et Syracuse, avec quelques évènements marquants qui sortent du lot. La chaleur d’abord. Il fait toujours plus de 35°, mais on finit par s’y habituer. Et puis la proximité avec la mer, le vent relatif que je crée en me déplaçant, le vent qui vient du large, tout ça fait que la chaleur reste supportable en général. Mais à plusieurs reprises, la route fait un crochet par l’intérieur des terres. Ça se remarque au paysage, tout de suite plus sec, même si des vignes bien vertes semblent se plaire dans ces conditions. Puis le vent se réchauffe. Tellement que j’ai l’impression d’avoir la tête devant la porte ouverte d’un four en marche. Comme lorsque vous vérifiez si votre gâteau ou votre quiche sont bien cuits. Pendant 30 minutes. Non-stop. La sensation que toute l’eau de mon corps s’évapore. Le thermomètre monte, monte. 45°. Je ne sais pas si j’avais déjà vécu des températures pareilles…  

La fournaise
Toujours plus chaud

J’ai aussi le droit à une piste cyclable ! Une vraie, pas sur la route, avec des petits abris pour faire de l’ombre de temps en temps, des « points d’ » (mais pas d’eau), et même si la route a probablement été en meilleur état, on roule plutôt bien ! Au départ je me méfie, je ne sais pas si elle va dans la bonne direction, ni si elle ne va pas brusquement se terminer en queue de poisson… Puis quand je vois qu’elle suit la même route que moi, un peu à l’écart, je me laisse tenter. Et c’est le coup de foudre : une pente douce, montée ou descente, une route agréable, dans les collines au départ puis au bord de la mer, sur une bonne dizaine de kilomètres, il ne manque que de l’eau pour que l’idylle soit parfaite… Je sens que je pourrais suivre cette piste jusqu’au bout de la Sicile. Mais malheureusement ce n’est pas réciproque, et je me fais lâchement abandonner juste après Maragani. C’est moche…

Les collines
La mer
La fin

La mer est là aussi, presque sans interruption. Parfois des kilomètres de plage où poussent des parasols, des chaises longues, des douches et des bars. Et les gens qui se baignent du matin au soir, le midi aussi (si je faisais une chose pareille, ce serait cancer de la peau instantané pour moi), il faut dire qu’on dépasse les 30° dès 9h le matin. Parfois du sable gris et des poubelles. Parfois aussi des falaises, notamment l’impressionnante Scala dei Turchi, une sorte d’escalier géant qui descend dans la mer… Et j’ose tout de même me baigner le soir, une petit pause fraîcheur qui fait souvent un bien fou !

La Scala dei Turchi
Pause baignade

Des cultures aussi, des vignes, qui aiment apparemment la chaleur, des oliviers, un mélange des deux (que j’ai décidé d’appeler des olivignes), et des serres. Des hectares couverts de plastique : il parait qu’il y a une région dans le sud de l’Espagne (que j’ai évitée en allant dans la Sierra Nevada) qui est surnommée la mer de plastique (les photos satellites sont d’ailleurs assez impressionnantes), et bien je dois passer par son équivalent sicilien. Au moins je reste au bord de la « mer »…

Les olivignes
Les deux mers

J’ai aussi le temps de me promener dans Syracuse, vu que j’arrive assez tôt après une courte étape, d’y croiser un paquebot Aida (basé à Hambourg, le monde est petit…), de me perdre dans les ruelles de l’île d’Ortigia en essayant de trouver un peu d’ombre et de fraîcheur, de manger bien sûr, et de profiter d’une après-midi sans vélo…

La cathédrale
La fontaine de Diane
Ortigia…
… et ses ruelles

Pour finir, un peu comme elles viennent, quelques photos de ces 4 jours…

2 commentaires sur « Le chercheur d’or (bleu) »

  1. Y’a plus qu’à boire … autre chose ! Mama Mia, c’est la cata ! Ne te dessèche pas trop quand même. Bisoux affectueux.

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  2.  » A boire, à boire, par pitié ! … Donnez-lui tout de même à boire , dit mon père !  »
    Extrait  » Après la bataille ( Victor Hugo )  »

    Prends soin de ton hydratation …

    Bizzzz

    J'aime

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