La roue qui tourne ne rouille pas

Jour 343, Messine, 21.567 km

En cherchant un titre à cet article, je tombe sur ce « proverbe grec antique » : « La roue qui tourne ne rouille pas ». Certes, mais en ce qui me concerne, elle a tendance (attention spoiler !!) à casser. Eh oui, après les rayons qui avaient émaillé la première partie de mon voyage, après un changement de roue qui, pensais-je, allait régler définitivement le problème, après un tour de la péninsule ibérique sans soucis, voilà que ma roue arrière, qui tourne beaucoup et ne rouille effectivement pas, me lâche à nouveau… Et comme me dit le premier réparateur à qui je la montre : « New, New ». En gros il faut changer… Foutu Vietnam… C’était pas sa guerre non plus…

Je me doute un peu de quelque chose à Naples, je me suis rendu compte depuis quelques jours que j’avais des fissures sur la jante de ma roue arrière. Je ne sais pas d’où elles viennent, je me demande si c’est pas le « réparateur » à Florence qui a fait ça en me la redressant, ou alors c’est le fait d’avoir roulé avec des rayons détendus… En tout cas je les observe attentivement et ça n’a pas l’air de bouger… Jusqu’ici tout va bien… Le départ de Naples est à l’image de l’arrivée dans la ville: atroce. 30 kilomètres au milieu d’un combat sans merci entre les voitures et les scooters pour la maîtrise de la route, difficile pour un vélo d’exister au milieu de tout ça (et de survivre par la même occasion…). Surtout que les 15 premiers kilomètres se font sur les pavés. Génial ! La prochaine fois je prendrai un vélo avec suspension… juste pour pouvoir sortir de Naples… Mais ensuite, moi qui avait été jusque-là un peu déçu (c’est peut-être un peu fort, pas convaincu plutôt) par la côte italienne, j’en ai cette fois pour mon argent avec une superbe route en bord de falaise qui m’amène vers Vico Equense et Sorrento. J’ai même, après une belle montée en plein cagnard, de jolies vues sur l’île de Capri au loin. Puis arrive un dernier virage, et Capri, c’est fini…

Vico Equense
Sorrento

On passe ensuite à ce que ma tante décrivait comme « sportive mais tellement belle » : la côte Amalfitaine. Effectivement, c’est sportif. Ça monte beaucoup, il fait très chaud, et en plus il y a plein de voitures, qui n’attendent pas toujours le meilleur moment pour me dépasser. Mais à côté de ça, le paysage est splendide : une route qui s’élève en lacets en bord de falaise, des petits villages colorés qui apparaissent au détour d’un virage, perchés sur des montagnes à pic, des petites plages de galets, et une eau turquoise, quasiment transparente par moments, c’est superbe !

Après Salerno, on retrouve un schéma plus classique : des kilomètres de plage, de parkings, des hôtels, des bars et des campings. Plus plat aussi, une bonne configuration pour finir la journée. En revanche, en vérifiant l’état de ma roue le soir, je me rends compte qu’une des fissures de la jante s’est agrandie et qu’un des rayons en est sorti. Pas bien… Je passe une bonne demi-heure à essayer de remettre, réparer, resserrer, mais je sens bien que ça dépasse mes capacités de mécano, il va falloir aller voir un réparateur demain…

J’en repère un qui me paraît prometteur sur ma route, mais qui a l’outrecuidance de fermer entre midi et deux. Je me dépêche donc, et profite tout de même des belles vues qui me sont offertes sur la mer, sur des jolis villages perchés dans les montagnes ou sur ces mêmes montagnes qui se jettent dans la mer, et je finis par arriver à temps à Marina di Camerota. L’endroit que je trouve ressemble plus à un garage, mais il y a l’air d’y avoir des pièces de vélo dans un coin. Je demande. On me répond dans un mélange d’italien et d’espagnol que « Non, on peut pas faire. Allez voir au village d’après ». Première tentative : échec.

S’ensuit une grosse montée, mais pas de panneau indiquant un col au sommet : il semblerait que pour nos amis transalpins, 8 km de montée à 6% de moyenne ne mérite pas une telle distinction… Puis une belle descente vers Sapri. Cette fois la boutique ressemble plus à un magasin de vélo comme on se les imagine, et le mécano vient me voir, regarde ma roue, et me dit « New, New ». Ok. « Vous avez les pièces ? – Non désolé – Vous savez où je peux… – Non désolé, au revoir ». Cool. On avance. Deuxième tentative : échec. Heureusement il y a un autre réparateur dans cette petite ville. Celui-là regarde, repart dans son magasin, revient avec une roue neuve. Me donne le prix. Me change la roue. 14 minutes 30, tout est réglé. Je suis tellement soulagé que 1. La roue ne se soit pas affaissée sous le poids du vélo dans une descente, causant une chute spectaculaire et dramatique et 2. Il n’ait pas fallu commander les pièces et attendre 2 semaines que celles-ci arrivent que je me sens pousser des ailes et m’exclame « Grazie due mille !! ». La blague porte, j’arrache un sourire au monsieur qui en plus m’offre deux tubes de gel pour la route !

Je repars avec ma roue toute neuve, et je passe par la côte maratéennne (pas certain que ce soit une appellation officielle, mais c’est pas loin de Maratea alors on va dire que ça marche aussi) : c’est presque aussi joli que la côte amalfitaine, ça monte autant, mais ça a l’avantage d’être beaucoup moins fréquenté (pour la première fois depuis longtemps, je monte au son des grillons, criquets et autres pédales qui grincent) et un peu plus sauvage. Superbe !

En plus je trouve le coin parfait pour mon bivouac : au bord de la plage, bien abrité du vent, et même avec une douche ! Ça permet de finir la journée par un tour dans l’eau et de commencer la suivante par une petite baignade. Un régal ! Je suis ensuite la « Strada dei Sapori del Medio Tirreno Cosentino », ce que Google me traduit par « Strada dei Sapori del Medio Tirreno Cosentino ». C’est plat. Des montagnes à gauche. La mer à droite. Tout droit. Pas un coin d’ombre. Pendant plus d’une centaine de kilomètres. Il fait très chaud aussi. Vers 11h, j’ai les jambes coupées, je me demande pourquoi je fais ça. Je transpire plus vite que je ne bois, je goutte de partout. Mais j’avance quand même. Et la température finit éventuellement par baisser. Je tombe un peu par hasard, en cherchant un supermarché pour améliorer mon dîner de fromage, d’une bière et de fruits, sur la petite ville de Tropea. Blindée de touristes. Et avec une très jolie plage en bord de falaise. Et quelques kilomètres plus loin, je me trouve un parking avec une superbe pelouse, le tout qui surplombe une plage : parfait ! En revanche se baigner sans pouvoir se rincer ensuite : mauvaise idée, ne faites pas ça chez vous la nuit est extrêmement désagréable ensuite…

Tropea
Ma petite plage privée

Le lendemain, objectif Sicile ! Malgré un départ assez tôt, il fait déjà très chaud (28° à 8h30) et en plus ça grimpe et je crève dans les 10 premiers kilomètres : une journée qui commence bien ! Mais après ça tout se passe bien, j’ai même quelques nuages dans les hauteurs qui donnent un peu de fraicheur, la route finit bien évidemment par redescendre, et la perspective d’une étape courte me donne des ailes ! En descendant vers Bagnara Calabra, j’ai mon premier aperçu de la Sicile dans le lointain. Et à Scilla, l’île est si proche qu’il semblerait possible d’y aller à la nage (ou du moins en pédalo). La tentation est grande mais je me résous à continuer jusqu’à Villa San Giovanni pour prendre un ferry.

Scilla et sa plage
La Sicile, si près
Jay et Bob sont sur un bateau, qui tombe à l’eau ?

Après une traversée sans histoires, je trouve mon auberge sans difficultés, et fais un petit tour de Messine avant de me trouver un petit restaurant pour me remettre de mes émotions. J’ai même le temps d’être ébloui par la statue de Poséidon. Littéralement…

6 commentaires sur « La roue qui tourne ne rouille pas »

  1. Cher « petit » Pierre.
    Je remercie Tatie Annie de me transmettre tes éphémérides. Tu as l´art, le verbe et la manière ! Quel plaisir de savoir que le monde d´après conserve des héritiers dignes et « sans faute(s) » !!!
    Tu es né d´une famille formidable et tu en es un héritier marquant.
    Poursuis. Inlassablement. Tu es une belle espérance pour chacune et chacun.
    Je remercie Le Ciel d´avoir rencontré les tiens.
    Je te redis mes fraternels sentiments. A toi et aux tiens.
    Dieu te bénisse.
    +Jean-Gab.

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  2. Oh merci de me faire voyager, assise sur mon canapé 👋Félicitations pour cette aventure Italienne et bon courage pour la suite.

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