Sur la route du Tour

Jour 294, Toulouse, 17.377 km

Il y avait eu l’étape alpestre, avec Sandrine et le B cet automne. Il y aura eu l’étape pyrénéenne au printemps, seul et sans pull (perdu à Séville) ni cravate (j’avais à l’époque emprunté celle du B) cette fois. Les puristes me feront remarquer que l’étape s’est déroulée un mardi, et que le pull-cravate n’est de rigueur que le vendredi, mais le clin d’œil eût été apprécié tout de même, j’imagine. Sans l’aide d’Eve pour transporter le plus lourd des bagages non plus. J’ai pu reconnaitre une partie du parcours du Tour de France de cet été : je peux confirmer que les routes sont praticables, parfois même neuves. En revanche, je ne suis pas certain d’être parvenu à finir dans les délais…

Je pars donc de Pau au petit matin, après un solide petit déjeuner. Il fait beau, pas trop chaud, il y a un petit vent de dos, les conditions sont idéales. Le programme de la journée est corsé : le col du Tourmalet puis le col d’Aspin avant un coin de forêt pour bivouaquer quelque part dans la vallée de la Neste. Je suis une voie cyclable après la sortie de Pau qui est censée m’amener à Lourdes, mais elle fait un peu trop de tours et détours à mon goût donc je me rabats sur la départementale : je ne suis pas trop d’humeur à flâner dans les champs au bord du Gave mais j’ai les jambes qui fourmillent à l’idée de grimper le Tourmalet. Tout droit jusqu’à Lourdes ! Je fais une petite pause dans une boulangerie du centre-ville et je me remets en route. La voie cyclable est toute droite cette fois, et je vois les sommets enneigés des Pyrénées au loin, l’excitation monte !! Je fais une nouvelle pause à Pierrefitte-Nestalas avant de me lancer dans l’ascension !  

Le Gave à Nay
Pierrefitte et les montagnes qui se rapprochent

Au rond-point à la sortie du village, je vois un panneau qui indique : « Col du Tourmalet : Fermé ». C’est écrit en majuscule, en rouge, impossible à manquer. Je regarde un peu sur internet, le col d’Aspin serait aussi fermé. Quel enfer. En cherchant un peu plus, il est écrit que le Tourmalet est fermé car une station de ski utilise l’espace (y compris les routes) pendant l’hiver. Quant à l’Aspin, c’est souvent à cause des conditions météo qu’il est bloqué. Je me dis qu’il fait beau depuis quelques jours, et que le soleil d’aujourd’hui aura fait fondre tout résidu de neige, et je n’ai surtout pas envie de faire demi-tour. Je décide donc de continuer à monter le col jusqu’à ce que la route soit bloquée et d’aviser ensuite…

Je passe d’abord dans de jolies gorges pour arriver à Luz-Saint-Sauveur. La route ne monte pas trop et j’ai même le vent dans le dos. Facile. Commence ensuite la véritable montée du col. Ça grimpe assez régulièrement, c’est tout droit, et j’ai les sommets enneigés dans mon dos et devant moi. Un régal. Des voitures me doublent, signe que la route n’est pas bloquée tout de suite, des gendarmes aussi, qui eux redescendent un peu après… Un monsieur en voiture s’arrête et me rappelle que le col est fermé. Je lui demande s’il n’y a pas un chemin ou une petite route qui permet de passer quand même. Il me répond « Vous savez surement mieux que moi… » Eh bien justement non, c’est pour ça que je demande… Je passe un grand parking et un téléférique, mais toujours pas de barrière qui bloque la route. La pente se durcit un peu mais reste régulière. Je monte…

Toujours ces montagnes qui me regardent…
On rentre dans le vif du sujet

A 5km du sommet, la barrière tant redoutée finit par arriver. Rouge et blanche, avec des panneaux interdiction de passer pour les voitures, les vélos et les piétons. Difficile de prétendre ne pas l’avoir vue… La route a l’air dégagé, propre. J’hésite à passer. Il y a monsieur dans son camion qui est en train d’en nettoyer les bords. J’engage la conversation : « Bonjour monsieur, je vois bien que la route est fermée, mais vous pensez que ce serait tout de même possible de passer ? Je viens de loin, et si je ne fais pas ce col aujourd’hui je ne sais pas si je le ferai un jour… – C’est à vos risques et périls. La route est propre, et en plus aujourd’hui il fait beau. En revanche si vous croisez les gendarmes, il va falloir assumer. Rouler sur une route fermée, l’amende risque d’être salée. Surtout qu’elle doit rouvrir demain… » Il est 16h30, je n’ai pas envie de planter ma tente et d’attendre le lendemain. En plus les paysages sont déjà magnifiques, et je sens que le reste de la route va être encore mieux. Et puis un interdit de plus à braver, ce ne sera ni la première, ni probablement la dernière fois que ça arrive. Et si je croise les gendarmes, au mieux j’arrive à les amadouer avec mon histoire, au pire je paye l’amende. Je fais bien, la fin de la montée est grandiose… Incroyable… Magique…

J’arrive au sommet du col, la vue est malheureusement un peu bouchée de l’autre côté. Et la station de ski de la Mongie n’est pas non plus la plus belle à voir : une énorme barre d’immeubles en plein milieu de la vallée. Bof. J’enfile mon manteau et me lance dans la descente. Un régal. Et un peu de repos pour les jambes avant d’entamer le col d’Aspin. Et surtout, pas un gendarme à l’horizon. Je bifurque à Sainte-Marie de Campan et je commence la montée. Je croise des cyclistes à qui je demande si on peut passer par le col. Apparemment oui. On dirait que la chance est de mon côté aujourd’hui !

Le col est un peu bizarre, ça monte, très fort, puis c’est plat, ça redescend, ça monte encore un peu puis encore du plat. J’ai un peu de mal à me mettre dans le rythme. Puis arrive une nouvelle barrière, cette fois sans panneau. On dira que je pensais que l’interdiction n’était valable que pour les voitures… J’entame aussi la partie plus dure de la montée : des lacets dans la forêt, encore et encore des lacets. Mais je me fais encourager par les animaux sauvages : biches, écureuils, oiseaux, qui passent tour à tour sur la route en me regardant suer sang et haut pour hisser Jay en haut du col…

La fin de la montée
Belle vue sur la vallée ennuagée

La raison de la fermeture du col devient claire quand j’atteins le sommet : des travaux. Apparemment le Tour de France passe cet été donc la route doit être remise à neuf. Et neuve elle est, dans les 8 premiers kilomètres de la descente. Du coup je lâche les freins et je profite. De grandes lignes droites sur le bitume encore tiède. Pas mal. J’arrive dans la vallée, trouve un point d’eau pour remplir mes gourdes. Je commence à chercher un endroit où dormir la nuit quand je croise Alex : « Tu sais où tu vas ? – Toulouse – Et ce soir ? Je vais me trouver un coin un peu plus loin dans la forêt je pense – Viens dormir à la maison si tu veux ! ». Alex, Charles et Germain habitent à Sarrancolin, aiment le vin rouge, les pâtes au pesto et les jeux de société, ils ont même l’eau chaude et un lit de libre, tous les ingrédients sont réunis pour passer une excellente soirée !

Le thème de la journée du lendemain : P.L.A.T. En regardant mon petit carnet, je me suis rendu compte que je venais d’enchainer 17 (!!) étapes avec plus de 1.000m de dénivelé par jour. Et l’étape du jour annonce 600m de montée pour 1.000m de descente. Je signe des deux mains. Je sors de la vallée de la Neste et retrouve la Garonne. J’ai l’impression d’avoir le vent dans le dos en permanence. Mais non, c’est l’effet que ça fait de rouler sur le plat. Je suis l’itinéraire cyclable de la Garonne, mais je ne vois quasiment jamais le fleuve. Sauf quand je le traverse.

Traversée de la Garonne à Couladère
Tout droit, et tout plat…

Un peu de vent sur la fin de l’étape, mais la perspective de retrouver les copains et la famille, et de passer un weekend de repos à Toulouse me donne des ailes et j’arrive chez Diana et Alex en moins de temps qu’il ne faut pour l’écrire. Weekend prolongé maintenant !

Pour finir je vous remets une petite dose de Tourmalet, je crois que je suis encore sous le choc…

7 commentaires sur « Sur la route du Tour »

  1. Je suis enchantée de pouvoir vous suivre à partir de maintenant ! C est Catherine votre Maman qui me l a suggéré. Je suis Annick Girard. Mareuse une ex banguissoise.
    Je ne me suis pas ennuyée une seconde à la lecture de votre message. Je n ai pas bien vu les photos car je suis dehors. Je vais les regarder en rentrant :elles m ont l air splendides ! Bonjour de la Baule.

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  2. Bonjour Pierre,
    Un cœur joyeux permet de créer autour de soi toujours plus de lumière et de renouveau.
    J’aime votre initiative et que la France est belle, il faut chercher à la découvrir et vous n’êtes pas déçu. Bravo Pierre.
    Bien à vous.
    Annie une amie de votre maman. (Adlg)

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