Pluie et Brouillard

Jour 286, Santander, 16.515 km

En discutant avec la gérante de l’auberge de jeunesse avant de partir d’Oviedo (en espagnol s’il vous plait !), je lui fais part de mon intention d’aller dans le parc des Picos de Europa. Elle a un petit rictus, l’air de dire, « Oulah, il n’a pas du bien regarder les prévisions météo celui-là » et me lance « J’espère que tu n’auras pas de neige ». Moi, confiant, de répondre, « Non, non, j’ai vérifié, les températures ne descendent pas au-dessous de 8° ». Au moment de me dire au revoir, elle me donne sa carte en me disant « Si jamais il y a quoi que ce soit, appelle-moi, je ferai de mon mieux pour t’aider ». Je commence à me demander si je ne suis pas un peu téméraire sur ce coup-là… Au final, j’ai échappé à la neige, mais pas au bouillard, ni à la pluie, ni au froid, et ce malgré mes chaussettes de compétition et mes gants de luxe. J’ai passé 3 cols au-dessus de 1.200m et à chaque fois c’était la même chose : brouillard avant, après et pendant, pluie qui trempe dans la montée et vent glacial dans la descente. Est-ce que ça en valait la peine ? Oui, mille fois oui. En revanche il faudra que je repasse pour revoir la portion au-dessus de 1.000m parce que tout ressemblait à ça :

Quant aux passages de col, si vous en avez vu un, vous les avez tous vus…

Les cols…
… se suivent…
… et se ressemblent.

Mais revenons à nos moutons, ou plutôt à Oviedo. Je prends donc congé de mon hôte qui semble se faire du souci pour moi. Mais le début de l’étape lui donne plutôt tort : la route descend, j’ai une légère brise qui me pousse gentiment, je croise et recroise le Rio Viao, tout va bien ! Seul petit hic, je trouve que mon thé a un goût bizarre. Peut-être un sachet un peu vieux que j’ai pris à l’auberge le matin. Je regoûte. Je comprends. Le type a salé son thé. Ça vaut bien un prix Nobel de cuisine ça ! Jay et Bob se marrent… Au moment où j’arrive à Cangas de Onìs, la pluie se met à tomber, et j’ai une sensation de déjà vu : une jolie petite ville entourée de montagnes, mais à cause du temps pourri ça donne une petite ville un peu triste… Ça me rappelle Interlaken, en Suisse. Le lendemain je m’étais retrouvé sous la neige… Espérons que le déjà vu s’arrête dans la vallée…

Cangas de Onìs
Il n’y a pas assez de la pluie il faut en plus allumer les fontaines…

Je me lance sur la route du parc Picos de Europa. Un des avantages du temps couvert c’est que je ne vois pas trop loin, et donc je ne cogite pas trop sur la taille des montagnes à escalader. Celles-ci sortent soudainement des nuages, puis repartent aussi vite à mesure que je les contourne. Je longe maintenant le Rio Sella, et la route commence tranquillement à monter.

Des escaliers sur le Rio
Les parois se font de plus en plus verticales

Je vois ensuite un panneau qui m’indique : « desfiladero de Los Beyos ». Et c’est à partir de ce moment-là que j’oublie qu’il pleut, que j’ai froid, faim, mal aux jambes ou quoi que ce soit d’autre que ce paysage qui se déroule devant mes yeux. Les parois se resserrent, montent à pic et de plus en plus haut. J’ai la nuque douloureuse à force d’avoir la tête levée au ciel. Chaque virage me révèle une nouvelle série de pics acérés qui me toisent de toute leur hauteur, alors que je passe, minuscule, quelques centaines de mètres plus bas. Et ça dure pendant des kilomètres. Des kilomètres, bouche bée, à m’arrêter tous les 100 m pour faire une photo, à répéter encore et encore : « c’est magnifique ». Le soir en regardant les photos, je suis un peu déçu. Je ne sais pas si c’est la pluie ou simplement moi qui suit mauvais photographe mais je ne retrouve pas l’écrasante majesté de ces gorges sur les images… Je vous sélectionne tout de même les meilleures, mais il faudra vous rendre sur place pour apprécier pleinement…

Puis je commence l’ascension du premier des trois cols, dernier gros morceau de ma journée. C’est toujours aussi magnifique, un peu plus « aéré » mais toujours aussi imposant. Et je vois la limite des nuages qui se rapproche petit à petit. Puis je suis en plein dedans. En plus mes lumières ne fonctionnent plus, je sors le gilet jaune et croise les doigts pour que les éventuelles voitures n’arrivent pas trop vite. La fin de la montée se passe bien, et c’est au moment de commencer à descendre que ça devient un peu inquiétant : route glissante, 3 m de visibilité, des lacets bien serrés, une bonne pente, heureusement que j’ai de bons freins. Et que je ressors rapidement des nuages. La route est en plus quasiment toute droite en arrivant à Posada de Valdeón.

On se rapproche des nuages
L’arrivée à Posada de Valdeón

Je me trouve à une croisée des chemins : Soit je prends à gauche, je continue à descendre vers le village de Cain, où je pense pouvoir trouver un petit coin pour dormir. Mais tout ce que je descends aujourd’hui doit être remonté le lendemain matin à la première heure. Soit je prends à droite, et je me dirige vers la sortie du parc. Pile ou Face. Etant donné que je suis passé par un village qui s’appelle Les Faces le matin, je prends à gauche (que ceux qui n’ont pas trouvé le rapport ne me posent pas de questions, je le cherche aussi…). Et quand je commence à descendre, que mes freins se mettent à siffler, à chauffer, que ça se met même à sentir le brûlé, je me demande si c’était vraiment une bonne idée… Mais les vues qui s’offrent à moi ont vite fait de me convaincre du contraire, et le village de Cain lui-même, avec ses 4 maisons dans sa vallée encaissée, au bout du monde, m’offre un parfait refuge pour une nuit de repos bien méritée.

Le lendemain, la montée est comme attendue : horrible. En plus cette fois je vois les panneaux : 20%. 13%. Puis 20% à nouveau. Les voitures qui me doublent sont en première et on entend au bruit que même avec un moteur la montée est dure. Et la pluie qui se met à tomber au bout de 10 minutes n’arrange pas les choses. Mais comme toujours, on finit par y arriver. Posada de Valdeón à nouveau et on continue à monter. Comme la veille, le sommet des montagnes est dans les nuages, et du coup rapidement moi aussi. Dans la pluie et le froid. Je passe quelques points de non-vue (j’imagine que sans le brouillard ça doit valoir le coup, mais là…). La descente est rapide cette fois, et je me retrouve dans une vallée bien verte, sans pluie, quasiment sec même !

Je traverse un joli village et me lance dans la dernière ascension : le col de San Glorio (la description de Google dit « Col de 1.609 m d’altitude entre Cantabrie et Castille-et-León offrant de larges vues sur les sommets des montagnes ». Cf photo en début de page pour les larges vues. On rigole…). Je vois du coin de l’œil un panneau sur ma droite et j’ai l’impression de lire « Zona de Baños ». Zone de bains ? Je regarde un peu au loin et je vois que les nuages semblent se déplacer bien vite. Mais sont-ce bien des nuages ? Ne serait-ce pas de la vapeur d’eau qui s’échappe d’une source chaude ? Je me mets à fantasmer, un bain chaud maintenant. Le rêve. J’appuie de plus en plus fort sur les pédales. Ça va être génial. Pas de soleil peut-être mais une source chaude. Au bout de 2 kilomètres je dois me rendre à l’évidence : c’était juste un nuage. Du coup en lieu et place d’un bain chaud j’ai une pluie glaciale couplée à une petite brise qui me colle mes habits trempés au corps. Pas tout à fait le même délire… Je monte, je monte. Et j’ai froid. Malgré mes super gants et mes chaussettes encore plus super. En effet, l’eau mouille, et même les chaussettes high-tech de Jean-Michel Merinos, quand elles sont mouillées, elles ne tiennent pas bien chaud… En haut du col, je prends bien le temps d’admirer la non-vue sur les sommets environnants et je repars dans la descente. Celle-ci est interminable. J’ai froid, donc je pédale pour me réchauffer. Mais la route est glissante et les virages serrés donc je freine. Mais j’ai froid donc je pédale. Mais je vais trop vite donc je freine. Et ça dure longtemps, longtemps. Quand je sors enfin des nuages, j’ai une belle vue sur la vallée et je me dis pour la millième fois qu’il me faudra revenir pour voir tout ça avec un beau soleil…

Enfin sortis des nuages !

Pour finir, j’ai encore le droit à un nouveau défilé, celui de La Hermida. Magique. Même si avec la pluie et le vent de face, je perds parfois le côté magique de vue. Mais une petite grotte sur la route me permet de faire une pause à l’abri de la pluie et du vent, de déguster la fin de mon thé (non-salé cette fois) encore chaud et de sortir entier et de bonne humeur du défilé.

Après une petite pause dans un café à Unquera, je rejoins San Vicente de la Barquera où je pense pouvoir trouver un petit bout de forêt pour la nuit. J’ai de jolies vues sur la ville, mais la forêt que j’ai repérée après celle-ci se révèle plus près des toilettes publiques que de l’endroit rêvé du campeur sauvage, donc je continue. J’aide un allemand à décharger une porte de son camion (il n’a pas voulu m’expliquer vraiment ce qu’il comptait en faire…) et il m’indique un petit chemin de graviers qui descend vers la plage. Bonne pioche ! Mais la pluie qui recommence à tomber m’empêche de profiter de la vue pendant le repas…

San Vicente de la Barquera
Jolie vue depuis la fenêtre de ma chambre…

Le lendemain, je n’ai pas de réponse de l’auberge de jeunesse à qui j’ai demandé s’il était possible d’arriver avant l’heure indiquée sur le site (à savoir 17h). Je fais donc des tours et détours, je prends mon temps comme rarement pour ne pas arriver trop vite. Mais sous la pluie, cette stratégie a des limites. Je finis donc par aller me réfugier dans un restaurant à Santander. En terrasse par contre, on n’a pas le droit de manger à l’intérieur. Mais la pluie s’est calmée et une bonne soupe chaude me remettent d’aplomb ! De quoi profiter du temps de jour qui me reste après la douche pour aller me promener en ville et profiter même d’une des nombreuses terrasses ouvertes pour me rafraîchir le gosier !

Vue sur le palais de la Magdalena
La Plaza Porticada

2 commentaires sur « Pluie et Brouillard »

  1. Du thé salé … avec un peu de beurre de yak et tu te préparais une journée himalayenne, entre brumes et dénivelées dantesques !
    Quant à l’Espagne nord, tu auras vu que c’est « frais » comme la Bretagne mais avec des vraies montagnes 😉
    Beau périple en tous cas.

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