Le chemin de Compostelle

Jour 280, Saint Jacques de Compostelle, 15.819 km

Comme beaucoup de choses depuis le début de ce voyage, on m’en avait parlé, mais apparemment, entendre et ressentir, ce n’est pas la même chose. « Compostelle, tu verras, ça grimpe ». « Le nord de l’Espagne, c’est des plateaux, t’arrêtes pas de monter et de descendre ». Alors je dois reconnaitre, encore une fois, que je n’ai pas choisi la voie la plus facile (en même temps je ne serais pas parti d’Hambourg si j’avais suivi la solution de facilité), mais tout de même : en moyenne sur les 3 derniers jours : 138 km / 2.534 m de dénivelé par jour (il est loin le temps ou le fait de dépasser les 2.500 m de dénivelé sur une journée passait pour un exploit… et à l’époque je ne faisais « que » 100 km sur la journée… on dira que l’entrainement porte ses fruits !). Donc je confirme, il faut avoir les jambes pour monter à Compostelle…

Retrouvons-nous là où je vous ai laissés la dernière fois : je suis en train de siroter un verre de Porto, à Porto, pour digérer le brunch gargantuesque que je viens d’avaler. Le temps est un peu couvert, et je me dépêche de faire les 2-3 courses qui me manquent avant que l’averse n’éclate. Fin prêt pour le départ, il ne me reste qu’à profiter d’une bonne nuit de sommeil avant le lendemain. Le temps est au gris. Je croise les doigts pour que ça tienne le plus longtemps possible. Le début de l’étape est assez monotone : je passe de village en village, sans même une forêt pour briser la continuité des concessionnaires auto, supermarchés et autres zones industrielles. Je suis un peu en surplomb de la vallée du Douro, mais à part des maisons et quelques rangs de vignes de ci de là, il n’y a pas grand-chose à admirer… J’arrive à Amarante, et la route commence à s’enfoncer (ou plutôt à s’élever) un peu plus dans la nature, dans la forêt. Chouette. En revanche c’est le moment que choisit la pluie pour se mettre à tomber… Moins chouette…

La vallée du Douro
Heureusement qu’il y a des abribus pour s’abriter pendant les pauses…

L’avantage avec la pluie, c’est que ça rafraichit un peu pendant les montées. Et puis on ne parle pas d’une pluie battante à l’horizontale qui donne l’impression de devoir soulever des montagnes à chaque coup de pédale, mais d’une petite pluie fine, pas trop violente… mais qui mouille quand même… Donc je suis encore de bonne humeur, du moins d’assez bonne humeur pour admirer la vue pendant la montée. Les couleurs ressortent différemment, le sommet de la montagne est souvent dans les nuages, il est difficile d’évaluer les distances, mais le fond de la vallée envahi de volutes de nuages vaut le coup d’œil…

Je finis par arriver à Vila Real. Le Lonely Planet m’a vendu la région viticole la plus haute du Portugal. J’ai peut-être la pluie la plus haute du Portugal, mais en tout cas pas l’envie d’aller me promener dans les vignes… Je fais un petit tour du centre-ville, mais j’en ai vite marre des pavés (une coutume au Portugal apparemment, pour toute ville de taille moyenne, le centre-ville doit être intégralement pavé…) et je me mets en quête d’un café pour une petite pause. Après 2 cafés, 2 sandwich et 4 Pasteis de Nata, je suis toujours mouillé et l’idée de m’arrêter dans une auberge pour la nuit me traverse l’esprit. Mais ça ne dure pas, et j’ai très vite une bien meilleure idée : pour se réchauffer, rien de tel qu’une petite montée. Et ça tombe bien, pour sortir de Vila Real, je dois passer un col à 1.000 m. Andale !

Vila Real vue d’en haut

La pluie se calme sur les derniers kilomètres de montée, j’ai même l’impression de sécher et je me trouve un petit coin de forêt sympa pour passer la nuit. Juste avant l’averse suivante… Le lendemain, tout est trempé, notamment les chaussures qu’il est très désagréable de remettre au pieds, mais il ne pleut pas. Un brouillard couvre tout et masque la route au bout de quelques mètres. Pas idéal pour la descente. Au détour d’un virage un peu serré, je vois un peu tard la voiture qui arrive en face. Ni elle ni moi n’allons très vite, les probabilités de collision sont proches du néant, mais je donne un gros coup de frein quand même. Mauvaise idée. La route est trempée, glissante, ma roue arrière dérape et je me retrouve par terre. Malin. Heureusement plus de peur que de mal, je peux repartir avec une bonne fracture de l’amour propre mais rien de plus grave. Je trouve ensuite une voie verte (ça doit être la deuxième que je trouve au Portugal…) qui m’emmène dans les vignes, qui monte un peu et descend beaucoup, en bref je me régale.  

La route dans le brouillard
Les vignes sans la pluie cette fois

Contre l’avis de mon GPS, je décide de suivre la départementale. Bonne idée ! Un joli lac artificiel m’attend au détour d’un virage avec une longue descente vers Viera do Minho. Avec quelques degrés de plus je serais allé me baigner. Viera do Minho, ma dernière halte en terre portugaise. Pour faire bonne mesure, je commande directement 4 Pasteis de Nata à la pâtisserie du coin, puis 2 de rab (on me dit dans l’oreillette que celles du Lidl en Espagne ne sont pas mauvaises, il va me falloir aller tester…). Puis je coinche le GPS à nouveau (on n’aura pas été très d’accord pendant cette journée), et c’est encore une très bonne idée. Les vues sur la vallée du Cávado sont tout simplement grandioses. Avec le soleil qui se lève en prime. Féerique…

Lac de montagne…
La vallée du Cávado

Puis commence la montée vers la frontière espagnole. La route serpente dans la forêt, à l’ombre des arbres, avec de temps en temps un point de vue sur la vallée. Les arbres sont gigantesques, les formations rocheuses aussi, et je me sens tout petit au milieu de tous ces géants. Le soleil tape, mais il y a de quoi boire quasiment tous les kilomètres, et même des cascades assez impressionnantes.

Je me demande ce qui m’attend à la frontière, comme d’habitude je commence à me faire des films, à répéter dans ma tête l’histoire que je vais pouvoir raconter aux douaniers. Je croise des voitures qui m’ont doublé un peu auparavant qui redescendent. Je commence à me poser des questions. Et quand j’arrive au sommet, la frontière est effectivement fermée…

Ha Ha Ha

Décidément, il est écrit que je n’aurai pas de problèmes aux frontières. Je perds une heure et je me lance dans une superbe descente. L’Espagne sait accueillir !! Je croise un cycliste allemand qui fait la route dans l’autre sens, on discute un peu et je me remets en route. Il y a un peu de vent, ça grimpe toujours autant (pas trop mais suffisamment pour le sentir) et la journée commence à être un peu longue. Je me trouve un petit coin plat juste après une dernière grosse montée, parfait pour bivouaquer.

Le soleil se lève

Je commence par descendre le lendemain, mais comme je vais assez vite m’en rendre compte, « Toute descente vers Compostelle se remonte un jour ». En plus le ciel a décidé de jouer avec mes nerfs. Il pleut. Je mets pantalon, sur-chaussures et ferme la veste. Je commence à avoir chaud. Tellement chaud que je me demande si je suis mouillé à cause de la pluie ou de la transpiration. Il s’arrête de pleuvoir. Je me force à attendre un peu avant d’enlever le tout, on ne sait jamais. Finalement j’ai trop chaud, je retire la tenue de pluie. Comme par hasard il se remet à pleuvoir. Tant pis, tout ça sèchera ce soir… Dernière grosse montée avant l’arrivée, je me prépare à pousser sur les pédales pendant 20 km. Au bout de 10, ça redescend. « Sympa ces montées qui descendent, me dis-je ». Sauf que toute descente se remonte… Ha Ha. La fin de l’étape me fait penser au départ de Porto. Ville puis ville puis ville. Station-service, concessionnaire, supermarché. Bref, j’arrive à Compostelle…

Je trouve des cyclistes dans ma chambre en arrivant, ils vont vers le Portugal, du coup on en profite pour passer la soirée ensemble, boire quelques coups et manger un énorme burger. Je discute même avec un allemand qui se déplace à pieds lui, et croise une fille que j’avais déjà croisé à Séville il y a 3 semaines… Vive les voyages !!

La cathédrale de Compostelle en travaux… coïncidence, je ne crois pas…

3 commentaires sur « Le chemin de Compostelle »

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