Quinta da Roda da Quintã: vivre ailleurs, vivre autrement…

Jour 276, Porto, 15.405 km

Je sors de la piste cyclable et rentre dans le village de Farminhão. Je remonte la rue principale. Je cherche des yeux un panneau en céramique, comme j’en ai vu tant sur mon passage. Le voilà ! Quinta da Roda da Quintã. On y est. Deux mamies discutent devant la porte. Elles me regardent passer. Ne disent rien. Pas de sonnette, je pousse la porte, je rentre. Personne. Des chevaux, des poules, une camionnette (la fameuse « Berlingue », on me fera les présentations plus tard), un van pour chevaux, mais sinon personne en vue. Je fais le tour de la maison pour finalement tomber sur des gens : « Bonjour, je suis Pierre Lunet – Ah, le cycliste ! Je vais chercher Charlotte et Paul, ils doivent être en train de mettre en bouteille ». C’est ainsi que je fais la rencontre de la petite communauté. Il y a Charlotte, Elena, Chamo, Edouard, Johnny H et Paul (quelques protagonistes ayant préféré garder l’anonymat, certains noms ont été modifiés…). Ils sont châtelains, WWOOFers devenus associés ou visiteurs. Ils sont vignerons, brasseurs, éleveurs de chevaux, d’oies, de canards ou de poules, maraîchers, bricoleurs et cuisiniers. Grands spécialistes de puzzle et de palet aussi. Ils sont souriants et accueillants, pleins de projets et d’idées. On se sent bien à Farminhão. Tellement bien que je décide de rester une nuit de plus (il faut avouer que la perspective de déguster une carbonnade flamande le second soir a fortement pesé dans la balance). Je repars avec deux livres, une gourde de Kombucha, mais surtout plein d’idées à digérer. Merci, mille fois merci !

Les oies, le potager
Le château

Mais avant d’arriver à Farminhão, il faut d’abord partir de Coimbra. Grosse étape de montagne prévue avec une arrivée au sommet. Au Sommet même : Torre, le point le plus haut du Portugal continental, au milieu du Parc Naturel Da Serra Da Estrela. 1.993m. Ça va grimper. Et sans transition, ça chauffe dès le départ. Il faut monter sur les hauteurs de Coimbra pour sortir de la ville. Au moins je peux graver une belle image de celle-ci dans ma mémoire avant de lui tourner le dos. Je redescends dans la vallée pour suivre le fleuve Mondego, la route est magnifique : à flanc de montagne, avec la rivière qui scintille en contrebas. De longues courbes paresseuses qui suivent le relief. Le bruit du vent dans les arbres. Un village perché sur la colline qui apparaît de temps en temps. Le soleil qui brille. Il y a même des fontaines au bord de la route pour remplir mes gourdes. Je plane…

Puis je quitte le fleuve et me dirige vers le parc. Je commence à voir des montagnes dans le lointain. Je me demande au sommet de laquelle je vais dormir ce soir. Difficile à dire à cette distance. Je suis seul sur la route qui commence doucement à s’élever. J’entends le vent et les oiseaux. Mais rien d’autre. Le paysage change. Des taches de jaune viennent troubler le vert. L’ocre de la terre aussi. Et des rochers semblent sortir de terre un peu partout. Comme semés par un petit Poucet géant. Je m’approche et la montagne grandit, grandit, grandit. J’ai une petite boule à l’estomac : ça a l’air haut tout ça…

Après le village de São Romão, les choses sérieuses commencent : je n’ai plus qu’à suivre les panneaux « Torre ». Il est 16h. Le soleil tape fort. Rien que d’écrire ces mots me donne soif (heureusement, j’ai une bière bien fraîche cette fois). Et ça grimpe. La montée est plutôt roulante, et j’ai dû encore trouver la seule route que personne n’emprunte. Les bruits de la ville, du vent, des oiseux s’estompent. Il ne reste que mon souffle et le grincement occasionnel d’une pédale. Et mon cœur qui s’emballe quand la pente se durcit. Le paysage change encore. Plus sec. Plus de rochers. Et ces lacets interminables qui montent, montent encore et montent toujours.

Petite pause avant d’entamer les 20 derniers kilomètres. Il fait frais. Plus frais encore que la dernière fois que je suis monté aussi haut, en Espagne. Il y a un peu plus de voitures, et j’ai le droit à des pouces levés, des coups de klaxon d’encouragement, ou parfois juste des regards étonnés… Je passe une petite retenue d’eau, un grand barrage, et une grosse montée et je l’aperçois enfin : Torre. Le sommet. L’arrivée.

Vale Da Nave Traversa
Torre, encore dans le lointain

C’est plus facile d’avancer quand on voit le bout de la montée. Et le paysage est superbe. Le soleil qui commence à décliner fait scintiller des petites mares, change la couleur des rochers. Et dans les coins d’ombre, de la neige (!!). Une station de ski aussi, qui laisse imaginer le tracé de ses pistes sur les pentes pierreuses. Un dernier virage à droite, 500 mètres de montée, et on y est, après 115 km, 3.137 m de dénivelé, presque 9 heures de vélo, sur le toit du Portugal. Juste à temps pour le coucher du soleil. En plus, il n’y a quasiment personne, et une maison abandonnée un peu en contrebas, qui offre un abri aux regards et au vent, lieu idéal pour planter la tente pour la nuit. Et du bois un peu partout : il faut absolument que je fasse un feu !!

Ça sent la fin
Tout en haut !

Je plante la tente et je me lance dans l’opération pyromane. Je fantasme même sur le fait que je pourrai faire la cuisine au feu de bois. Les tickets de caisse et la carte touristique de Lisbonne que je gardais spécifiquement pour cette occasion sont déchirés et roulés en boules, je cherche du petit bois, me frotte les mains par avance. J’essaye d’allumer le papier. Trop de vent. Je construis un foyer avec des pierres qui traînent, c’est pas beaucoup mieux. Je fais monter mes « murs », et je parviens à faire prendre le papier. Ça fume, ça fume, mais ça ne prend pas. Je souffle, je change la disposition de mes bouts de bois, souffle encore. Ça fume toujours mais ça ne brule toujours pas. Comme quoi on peut aussi faire de la fumée sans feu. Au bout d’une heure d’efforts, je me résous à me réfugier dans la tente, sans feu. Raté pour cette fois. Il ne me reste que la solution sac de couchage pour échapper au froid…

Le lendemain matin me rappelle les plus beaux matins d’hiver : aucune envie de sortir du sac de couchage, le sentiment de geler sur place quand je replie la tente, je dois m’y reprendre à deux fois pour replier mon matelas tellement j’ai les doigts gourds. Je sors bonnet, gants et pantalon et me lance dans la descente, sous le soleil. Et elle est magnifique. D’abord le gris de la roche et le bleu de l’eau, puis le vert de la vallée glaciaire de Zêzere pour descendre jusqu’à Manteigas.

Une fois à Manteigas, il faut ressortir de la vallée. Donc remonter. Un « petit » col à un peu plus de 1.200 m d’altitude. Mais là aussi, la pente est plutôt douce, la route vide, la montée agréable sous le soleil. Pas un nuage en vue. Pas un bruit non plus. Et une fois le sommet passé une belle descente dans la vallée. Le reste de l’étape est assez tranquille jusqu’à l’arrivée à Farminhão

On finit de monter…
… pour commencer à descendre

Depuis Farminhão, direction Porto. Un col à passer encore, et je me dis que comme les deux précédents, j’aurais une belle route bien roulante. Ça va passer comme une lettre à la poste. Marrant. Cette fois ça monte dur. Très dur. Au kilomètre 36 notamment, probablement autour des 1.000% de moyenne (selon les syndicats, selon la police on serait plutôt autour des 15%). Ça fait longtemps que j’avais autant souffert dans une montée. Ni aussi longtemps. Je me fais aussi quasiment agresser par un chien alors que je m’arrête pour faire une photo. Super. Mais la vue est belle d’en haut et je passe même à côté du São Pedro Velho (Le Vieux Saint Pierre, si Google Translate ne ment pas). Et la descente ensuite un régal.

Ce bon vieux São Pedro
Et on redescend

Le reste de l’étape est plutôt urbain, plein de pots d’échappements et de feux tricolores. La vue sur Porto depuis le pont Luis I vaut le détour, le petit resto du soir aussi. Suite du programme : repos et visite de la ville avant de se lancer vers Compostelle ! Adeus !

Porto depuis le pont Luis I

Le point sur les scores : on se rapproche de la fin du Portugal…

2 commentaires sur « Quinta da Roda da Quintã: vivre ailleurs, vivre autrement… »

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