Portugal, nous voilà…

Jour 264, Faro, 14.137 km

Dernier virage et ça y est, j’y suis, la frontière entre l’Espagne et le Portugal. A priori le dernier obstacle administratif sur mon chemin. Un poste de frontière sur cette petite route de campagne. 3 voitures font la queue, les occupants de la première sont en train de discuter avec les douaniers. Je me mets dans la file, le cœur battant. J’espère qu’ils vont bien vouloir croire à mon histoire. La première voiture fait demi-tour. On dirait que leur histoire à eux n’a pas plu. La pression monte. La deuxième voiture passe. La troisième, plaques portugaises, aussi. C’est mon tour. « Olá – Olá – Ingles, Español ? – Ingles, gracias » (Je vous traduis la suite pour des raisons de convenance) « Où allez-vous monsieur ? – A Compostelle – Vraiment ? Vous pouvez rester en Espagne dans ce cas. Pourquoi vouloir traverser la frontière ? – C’était le vœu le plus cher de mon grand-père : aller à Compostelle en suivant la côte. Il est malheureusement décédé avant de pouvoir réaliser son rêve. J’essaie de le faire pour lui – Désolé mais ça ne va pas être possible, on ne peut pas vous laisser passer pour ça – Mais, mon grand-père… – N’insistez pas Monsieur. L’amende est très élevée ici pour ceux qui essayent d’entrer dans le pays sans raisons valables. » Foutu COVID…

Certains l’auront déjà deviné, mais cette scène ne s’est produite que dans mon cerveau dérangé. Il n’y a plus de frontières en Europe, en tout cas pas pour les vélos, et les deux derniers jours en ont encore apporté la preuve. Je fais un peu de travail préparatoire avant de partir de Séville, et il s’avère que le ferry que je comptais prendre à Ayamonte pour traverser la rivière Guadiana, qui marque la frontière entre le Portugal et l’Espagne ne fonctionne pas, et que la frontière entre les deux pays est fermée… Ça s’annonce bien. J’étudie un peu la carte et trouve un petit chemin de montagne qui semble traverser la rivière un peu plus au Nord. Ça me fait faire un petit détour d’une centaine de kilomètres, mais si ça me donne une chance de passer tranquillement autant le tenter.

Je pars de Séville, j’ai des jambes de feu et un petit vent de dos qui me donne une dose d’élan supplémentaire, j’avance assez fort sur le début de l’étape. D’autant que la route monte un peu mais donne l’impression de descendre encore plus. Facile. Il fait chaud, ma tablette de chocolat est toute fondue, mais le petit vent mentionné ci-dessus rend la température ressentie assez agréable. Le paysage change. Plus coloré d’abord : les fleurs, jaunes, blanches ou violettes. Les arbres et les buissons, de toutes les nuances de vert. Le gris et l’ocre de la pierre. Et puis il y a de l’eau dans les rivières, même si parfois les couleurs sont un peu surprenantes…

Le Rio Odiel
La route qui mène à Puebla de Guzmán

Au moment où je commence à me dire qu’à l’allure où je vais, j’aurai passé la frontière avant la nuit, je perds une vis qui tient mon porte-bagages… Qui fait le malin tombe dans le ravin… Une demi-heure plus tard je repars, en priant pour que mon porte bouteille (à qui j’ai enlevé une vis pour faire tenir le porte-bagages) ne me lâche pas en route. Paymogo. Puis mon petit chemin de terre. A chaque virage, j’ai le cœur qui s’emballe : Y-aura-t-il un poste frontière. Un passage même ? Une barrière bloquant le tout ? Un panneau ? Le virage tant espéré arrive enfin et je ne peux me retenir de rire… Je vous laisse juger par vous-mêmes.

La frontière

Un gué donc. La chance me sourit ! Je joue la prudence, j’enlève les sacoches pour passer. Ça me permet de me rafraichir un coup en passant. Une fois de l’autre côté, bim je gagne une heure… Pratique cette frontière. Je viens de passer le kilomètre 14.000. Je viens d’entrer au Portugal. Je me trouve une ruine qui surplombe la rivière pour me protéger du vent et je m’apprête à y passer cette première nuit portugaise.

Tranquille, à l’abri…

J’entends des cloches pendant toute la nuit, ça doit être les vaches qui jouent au lapin de Pâques, mais aucune ne vient me déranger. Au petit matin, j’entends une voiture qui s’approche. Un petit vieux en sort, me fait coucou, et repart. Pourquoi pas. Les routes sont vides. Je croise 3 voitures pendant les 2 premières heures. C’est un peu plus vallonné que la veille (je crois surtout que le vent ne me pousse pas cette fois, en témoignent les éoliennes qui me regardent passer, immobiles). Il commence à faire chaud. 30°. Et pas un coin d’ombre où se cacher. Je bois mes gourdes en moins de temps qu’il ne faut pour l’écrire mais je trouve toujours une fontaine au bon endroit. Rien à redire. Je rentre dans l’Algarve. De la forêt à perte de vue. Des collines. Et seul le bruit des oiseaux pour accompagner le soleil qui tape.

Saurez-vous compter les cigognes ?
La forêt de l’Algarve

Au final, heureusement que le ferry ne traversait pas la rivière, j’aurais manqué tout ça… L’arrivée à Faro est anecdotique : une longue ligne droite, des camions qui me frôlent, des usines et des entrepôts… Après une douche rapide je fais un petit tour en ville. C’est vide. Covid oblige j’imagine. Ça ne m’empêche pas de trouver un petit resto pour me remettre de ma journée et de me réjouir d’avance d’une nouvelle nuit dans un vrai lit…

Jay et Bob au Portugal !

4 commentaires sur « Portugal, nous voilà… »

  1. Alors, bonne nuit 🙂
    Et tu ne nous as pas dit si les lapins de Pâques avaient laissé des … crottes en chocolat 🙂

    J'aime

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