Poisson(s) d’Avril!!!!

Jour 262, Sevilla, 13.830 km

Je ne sais pas si la tradition du poisson d’Avril est très suivie en Espagne, mais j’ai décidé de me faire des blagues à moi-même pendant quelques jours pour marquer le coup. Des chemins plus que douteux, de l’autoroute, des zones militaires, du sable, des ponts interdits, des moustiques, on a bien rigolé avec Jay et Bob, enfin surtout moi, jaune souvent, mais toujours sous le soleil alors ça a rendu la pilule un peu moins dure à avaler…

Au départ de Malaga, le chemin proposé par le GPS me fait faire des tas de détours jusqu’à Tarifa (la pointe Sud de l’Espagne), mais une étude un peu plus poussée de la carte me montre deux choses : 1) une nationale qui fait le trajet de manière plus directe. 2) une petite ligne verte qui longe cette nationale quasiment tout le long du chemin, qui représente la Transandalus (Pour mémoire, j’avais déjà suivi cette Transandalus sur le chemin d’Almeria, et plutôt avec succès : route caillouteuse mais roulante tout de même, avec vues magnifiques). Je me dis qu’il serait stupide de ne pas profiter d’une telle aubaine, qui me permettrait de réduire mon trajet jusqu’à Séville de plusieurs dizaines de kilomètres. Et c’est parti ! Le début de l’étape me donne raison : petit chemin de terre pour quitter Malaga, puis on longe des plages pendant un bon moment : palmiers, bars, campings, bars, campings, palmiers. Puis je rejoins la fameuse nationale : il y a en effet un petit chemin sur le côté de la route, avec la barrière de sécurité qui me protège des voitures. Nickel, me dis-je, et c’est le signal pour le début des blagues… D’abord le passage commence à se rétrécir sérieusement, au point que je n’ai parfois pas plus d’un mètre entre la barrière de sécurité et le fossé pour passer. Galère. Au bout de quelques kilomètres, je n’en peux plus, j’essaie de rejoindre la plage. Il y a un chemin qui la longe. Super ! Ah Ah Ah, il est interdit aux vélos. Je passe outre les regards chargés de reproches des promeneurs éventuels, prie pour ne pas tomber sur une patrouille de flics et j’y vais quand même. Au bout de deux kilomètres, un chantier, impossible de passer. Qu’est-ce qu’on rigole !! Demi-tour, je rejoins la route et ma micro piste cyclable. Je dois enlever les sacoches à plusieurs reprises pour passer tellement c’est étroit. Je me marre !! Je rejoins un parc, avec une piste en planches de bois. Au moins je peux avancer ! Je quitte la piste, un petit chemin qui doit m’amener à traverser une rivière. Au détour d’un virage, un arbre me barre le chemin et il n’y a pas de pont après. J’en ai mal aux côtes à force de rire…

Hmmm, bloqué…

Je me résous à rejoindre la nationale. En arrivant à Marbella, je trouve une piste cyclable qui longe la plage, autorisée aux cycles celle-là, petit moment de répit. Puis vient le moment où il faut à nouveau longer la nationale. J’en ai vraiment ma claque de ce chemin tout étroit (j’étais à deux doigts de poser le vélo et de m’asseoir sur le bas-côté pour pleurer), et je me décide de carrément prendre la route, j’ai vu des cyclistes le faire, même si je ne suis pas rassuré à l’idée de me faire frôler par des camions qui roulent à 90… Entre la peste et le choléra… J’avance bien, je commence à me sentir en confiance, et je me dis que je n’ai qu’à suivre cette route jusqu’à la prochaine ville. Je commence À faire le malin, je me sens de mieux en mieux et je rate une bifurcation. Je me retrouve sur l’autoroute (la vraie) en direction de Malaga. Les gens aussi se marrent !! Je suis très très loin d’être serein, je commence à me demander combien de kilomètres il va me falloir faire avant de trouver une sortie. Le GPS m’indique un petit chemin sur ma gauche. Je traverse l’autoroute (qui heureusement est vide). Je vois effectivement un petit chemin de terre, de l’autre côté d’un grillage. J’en peux plus, c’est vraiment trop drôle. Je passe par-dessus, heureusement que je suis grand et que Jay n’est pas trop lourd…

La « sortie » de l’autoroute

Rien à signaler ensuite sur quelques dizaines de kilomètres, je passe à Algeciras, me ravitaille en eau, et entame une dernière montée pour la journée. Je décide assez rapidement de m’arrêter, je commence à être épuisé. J’essaie 2-3 chemins qui partent de la route : propriétés privées. Tant pis, on continue. J’ai une jolie vue sur le rocher de Gibraltar au détour d’un lacet, mais la nuit n’est pas loin alors je ne m’attarde pas. Je repère une forêt un peu après sur la route, mais quand j’arrive à la bifurcation, je me rends compte que c’est un terrain militaire. Trop d’humour commence à tuer l’humour. J’en ai un peu marre de tout et en mépris de tous mes principes, je plante ma tente juste à côté de la route, en pente, à 50m du panneau « Terrain Militaire ». On verra bien ce que ça donnera…

Le rocher de Gibraltar

Le lendemain matin, au moment de replier ma tente, un militaire en voiture s’arrête : « Vous savez que c’est un terrain militaire ? – Ça ne commence pas un peu plus loin ? – Non, vous êtes en plein dedans. – Ah – Vous partez – Oui (Non, je m’installe monsieur, il est 8h37, et c’est l’endroit parfait pour planter sa tente vous ne trouvez pas ?) – Très bien, ça ira pour cette fois ». On recommence à se marrer de bon matin ! Je descends jusqu’à Tarifa, et vais sur une digue qui sépare la Méditerranée de l’Atlantique. Je me dis qu’il doit bien y avoir un joli point de vue avec un panneau : « Vous avez atteint le point le plus au Sud de l’Europe continentale ». Il y a un panneau, oui, mais pas celui que j’imaginais. On rigole encore et toujours !!

La digue entre deux mers
Le Panneau

Je me dis, aujourd’hui, on suit le GPS, il va nous épargner toutes les emmerdes de la veille. Les premiers kilomètres confirment cette impression. La route est un peu ensablée en passant près d’une dune, mais jusqu’ici tout va bien. Un joli chemin entre les arbres, le soleil, je commence à croire que je vais passer une journée tranquille. Puis sans signe annonciateur cette fois, je me retrouve dans le sable. Et pas moyen de couper pour rejoindre la route, il faut pousser le vélo. Sur près de 3 kilomètres. Hi Hi Hi. On a beau être déjà le 2 Avril, on continue les auto-blagues. Et dès que le sable n’est plus là, une grosse côte ! Ho Ho Ho. Toujours plus beau. Mais j’ai une belle vue sur l’océan. Et puis je ne le sais pas encore mais je suis presque au bout des blagues…

L’océan Atlantique
Le phare de Camarinal

La route jusqu’à Cadiz se fait sans histoire, je traverse plusieurs villes et villages, mais pas trace d’une procession de Vendredi Saint (Covid oblige, apparemment). En revanche des terrasses pleines à craquer. A Cadiz surtout, il y a du monde partout : sur la plage, dans les rues, aux bars et aux restos. Si le gens ne portaient pas le masque on se croirait presque revenu au monde d’avant… Je fais un tour de la ville, très jolie d’ailleurs. Une plage magnifique, une cathédrale impressionnante, et de jolis points de vue tous les 200m. Pour repartir, Google me dit que je peux passer par le « Pepa Bridge ». Mon GPS me dit que non. Je fais confiance à Google. Il y a effectivement une voie de bus sur le côté du pont. Fermée par une barrière. La bonne blague !! Mais comme on le sait tous, une barrière n’arrête pas un vélo, je traverse aussi furtivement que je peux et je me retrouve sur le pont. 30 kilomètres de détour évités. J’ai repéré un grand parc juste après le pont, je m’écarte un peu du chemin et me fait aussitôt agresser par une horde de moustiques. Rire ou pleurer, je ne sais plus trop. Au final je me déplace un peu, trouve un endroit un peu plus dégagé et un peu plus éloigné de la rivière avec moins de moustiques. Je vais peut-être pouvoir dormir ce soir !!

Cadiz : La plage
Cadiz : La ville
Cadiz : La promenade
Cadiz : Le pont

Le lendemain, journée sans histoire, et je n’ai pas à m’en plaindre ! Il fait beau, pas trop chaud, quelques nuages qui font des jolis jeux de lumière sur les collines, et qui donnent de temps en temps un peu de fraicheur. Je suis sur une route goudronnée, quasiment seul toute la journée. Il y a un peu de vent, mais à peine de quoi remuer les poils de barbe. Ça monte un peu, mais jamais longtemps, et ça redescend vite après. Il y a même une piste cyclable pour rentrer dans Séville. Tranquille. Je me repose et fais le touriste en ville pendant deux jours. Je retrouve même des amis d’un de mes frères pour une petite visite guidée de la ville.

La Plaza de España
La cathédrale
Setas de Sevilla
Le Guadalquivir avec vue sur le quartier de Triana

La suite de l’histoire s’écrira au Portugal, je ne sais pas encore comment je vais passer la frontière, mais probablement par une voie détournée… vous en saurez plus dans le prochain épisode !!

2 commentaires sur « Poisson(s) d’Avril!!!! »

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :