Une victoire à la Pyrrhus

Jour 240, Barcelone, 11.833 km

Et pourtant le plus dur était fait, les Pyrénées effacées, la frontière passée, un moral au beau fixe et une bonne nuit de repos en ligne de mire. Mais un moment d’inattention, un virage un peu serré et un talus ont malheureusement chamboulé tous ces beaux projets et mis fin au glorieux parcours de Marion et Athénée. Moche

Mais avant tout ça, nous sommes partis de Saint Thibéry sous le soleil, encore insouciants du terrible destin qui attendait l’une de nous. Un peu de vent, de face bien sûr, et des chemins parfois à la limite, mais la mer qui nous attend au bout de la route est une motivation suffisante pour ne pas baisser les bras. Et on profite des longues lignes droites vides de voitures pour mettre au point une technique de tractage assez puissante : sac à dos sur mon dos, Marion qui s’accroche à une bretelle et le convoi ainsi formé peut affronter n’importe quelle montée ou bourrasque. Ce sont plutôt ces dernières qui nous mènent la vie dure, mais au moins on profite de la vue : l’Aude, la mer, l’étang de Gruissan, une petite bande de terre entourée de mer pour arriver à Port La Nouvelle, on se régale ! Et on trouve même un petit coin à l’abri d’un rocher pour dresser la tente le soir, le rêve !

L’étang de Gruissan
L’arrivée à Port La Nouvelle

La journée du lendemain, dernière passée en France, commence plutôt bien : le vent est tombé ! En revanche on se retrouve assez vite dans les cailloux puis dans la boue, curieux chemins que le GPS nous fait parfois prendre…  En tout cas, on a la route rien que pour nous ! Et avec les sommets enneigés des Pyrénées qui apparaissent au loin, un peu comme sortis de nulle part, c’est très impressionnant ! La route nous fait longer la mer, puis passer dans des bois, puis près de la mer à nouveau, très agréable ! En revanche, côté villes et villages, on est plutôt sur de la station balnéaire totalement vide en dehors des mois d’été, pour le petit village de pêcheurs un peu bucolique on repassera…

Les Pyrénées qui nous font de l’œil
Pause déjeuner sur la plage

Le lendemain, c’est le grand jour ! Passage des Pyrénées et de la frontière au programme ! Conditions idéales en plus, pas de vent, un grand soleil (je suis en short au bout de 20 minutes) et pas trop de monde sur la route. On attaque assez vite les montées, et même la technique du tractage ne suffit pas à nous faire passer les plus gros pourcentages. Alors on pousse le vélo. On pédale un peu. Et on pousse le vélo encore. Pour ajouter un peu de difficulté (et de dénivelé, c’est bon pour les stats), je me trompe de direction, on prend une belle descente pendant presque 1 kilomètre avant que je ne me rende compte que ce n’est pas le bon chemin… on est partis pour remonter ce qu’on vient de descendre : on pédale, on pousse… on pousse, on pousse… on pousse encore et on pédale très peu. A nouveau sur la bonne route, celle-ci se transforme en un chemin de terre, puis de cailloux. Et pour en rajouter, le chemin que nous indique le GPS est en fait une voie privée. Super. On fait un détour, toujours dans les cailloux et le tout avec un dénivelé bien atroce. On pousse encore, mais heureusement il fait beau et la vue vaut le détour.

Cette fois on est en plein dedans!

 Au virage suivant, on se retrouve devant un nouveau dilemme : chemin privé (encore) ou la montée qui continue. On se met assez rapidement d’accord et on passe par le chemin privé (toutes nos excuses aux propriétaires, mais c’est pour la bonne cause, et on a pris soin de refermer les barrières derrière nous !). On finit enfin par descendre, dans un premier temps toujours sur les cailloux puis enfin sur une route digne de ce nom ! Ça a été compliqué mais on est de l’autre côté des Pyrénées !! Une petite pause au Perthus pour remplir les gourdes et on passe à l’épreuve suivante : le passage de la frontière. Pour une fois, le GPS est de notre côté et nous fait arriver à la douane par une petite route sur le côté. On voit de loin des flics qui contrôlent la frontière. Mais devant nous, un peu caché par le bâtiment des douanes, seulement une barrière avec des chaines pour bloquer le passage. On passe par-dessous, en priant très fort pour que personne ne nous voie, on prend à peine le temps de faire une photo et on file le plus vite possible sur la route. Je me retourne pendant quelques kilomètres en craignant de voir une voiture de police à nos trousses, mais non. On est bien passés sans le moindre contrôle !

Le Passage

On traverse la Jonquera, bars et restaurants sont ouverts, ça nous change des derniers mois en France : même la terrasse la plus miteuse fait envie ! Mais il nous reste encore quelques kilomètres à faire avant d’arriver à Figueres où un bon lit nous attend et la perspective enchanteresse (si si, je pèse mes mots) de nous faire un petit resto nous appelle ! Le moral est au beau fixe, et après une petite montée la route ne fait que descendre. On prend la confiance. On se congratule. On se dit à quel point c’est cool une descente après les montées qu’on vient de faire. On se tracte à plein régime. Tout va bien. Et là, c’est le drame : virage serré à gauche, on arrive un peu vite, pas le réflexe de freiner ni de lâcher le tractage, on file tout droit dans le talus. Bilan : un beau soleil, quelques bleus et éraflures, une roue légèrement voilée pour Jay et surtout une fourche avant tordue pour Athénée. On galère un peu pour trouver un taxi qui puisse amener Marion à Figueres mais grâce à Google Trad on s’en sort et je finis les 15 derniers kilomètres à vélo pour la retrouver à la chambre d’hôtes…

Je croise tout de même mon premier château en Espagne…

Le lendemain, le verdict des réparateurs que nous allons voir est sans appel : ils n’ont pas le matériel et ne veulent pas prendre la responsabilité de réparer la fourche… Le voyage s’arrête malheureusement là pour Athénée et Marion, alors que nous avions fait le plus dur… C’est moche. Athénée finit à la poubelle et Marion au train… Comme pour marquer le coup, il pleut… Je repars donc en direction de Barcelone, tout seul…

Adieu à la brave !

Petite pluie donc, et large route. Le début de l’étape est peu engageant mais au moins la bande d’arrêt d’urgence est assez large pour que les camions ne me frôlent pas de trop près. Je traverse aussi de jolis petits villages aux maisons de pierre puis me lance dans la montée du col de Calonga : une belle route, aucune voiture, deux randonneurs, sympathique montée ! Et très belle descente vers la mer.

Traversée de Verges
La plage à Sant Feliu de Guíxols

Je me lance ensuite à l’assaut de la Costa Brava. Grosse côte pour commencer, puis superbe route en lacets dans la montagne, pour moi tout seul, des jolies petites criques et la mer sur ma gauche. Si on oublie l’occasionnel complexe hôtelier ou la grosse villa au détour d’un virage, on est sur une route de type assez sympa. Après une nuit à l’abri d’un sapin dans la montagne, je continue mon petit bonhomme de chemin sur la côte. Je croise de plus en plus de cyclistes (ça doit être la proximité avec Barcelone, ou alors le fait qu’on est samedi) et je rentre dans la partie un peu moins sympa du trajet : des hôtels, des campings, des gros centres commerciaux, encore des hôtels… Pas de quoi s’arrêter pour faire une photo. En plus le vent s’est levé, de face pour changer, et je suis la N-II entre Callela et Barcelone, donc en majorité dans les pots d’échappement. Pas ouf. Mais je finis par arriver à Barcelone, sous un grand soleil, où je retrouve Thibault et Liz pour un bon déjeuner avec une jolie vue sur la ville en prime ! On est bien !!

Sympathique route de montagne
La Costa Brava

Petite semaine de repos et de tourisme prévue, avec en prime l’objectif de découvrir un peu les environs de Barcelone pour faire les 167 km qui me manquent pour arriver à 12.000 avant de repartir le long de la côte en direction de Valence… À la prochaine !

5 commentaires sur « Une victoire à la Pyrrhus »

  1. Bonjour à toutes et tous, merci de vos petits mots chaleureux 🙂
    Je suis effectivement rentrée à pied (en boitant un peu) mais très heureuse de cette belle aventure et avec des souvenirs plein la tête. Incroyable d’avoir pu faire ces plus de 400 km avec presque 2000 mètres de dénivelé tout ça sans vitesse 😀
    Annie, tu pourras dire à Jean-Claude que j’ai beaucoup pensé à sa tête quand je lui ai dit que je partais avec un btwin de ville, en particulier pour la journée « ascension Pyrénées » !
    Merci encore à Chantal et Olivier pour leur accueil.
    Et bonne route à Pierre, Jay et Bob !

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