Le cycliste et le soleil

Jour 142, Bordeaux, 9.835 km

Un cycliste ayant pédalé tout l’été,
Se trouva fort dépourvu
Quand la bise fut venue.
Impossible de la journée
Un seul instant de se réchauffer.
Il alla crier scandale
Chez le Soleil, ce vandale,
Le priant de lui prêter
Quelque rayon pour subsister
Jusqu’à Mars ou Avril.
Je vous paierai, lui dit-il,
Avant l’Août, si je cavale,
Intérêt et principal.
Le Soleil n’est pas prêteur;
C’est là son moindre défaut.
« Que faisiez-vous au temps chaud ?
Dit-il à cet emprunteur.
— Nuit et jour à tout venant
Je flânais, ne vous déplaise.
— Vous flâniez ? j’en suis fort aise.
Eh bien pédalez maintenant. »

Jean du Bidon, Fables, Livre I

Nouan-Bordeaux en passant par l’île de Ré. Une belle étape avec en plus le plaisir d’être à nouveau sur le vélo. Le départ se fait sous le soleil, les températures sont agréables, pas de vent : conditions idéales. Je quitte la forêt pour retrouver les champs. Et le vent. Qui a la bienséance d’être dans mon dos en ce début d’étape. Pas de raisons de me plaindre pour le moment. Je traverse la Creuse. Moi qui ne connaissait cette région qu’à travers les blagues sur le fait que ce soit un des endroits les plus dépeuplés de France. Je pourrai maintenant dire que j’y suis passé. Et confirmer qu’on n’y croise pas grand monde… Mais de temps en temps un dolmen ou un château au détour d’une petite route…

Le dolmen de la pierre chaude
Le château de Dissay

Le lendemain, je me rends compte que j’ai encore cassé un rayon. Je trouve un réparateur sur la route près de Niort à qui je demande quelques conseils pour éviter de changer une roue par semaine. Il me resserre les autres rayons et me recommande aussi de moins gonfler mes pneus… on verra ce que ça va donner. Je regarde la route qu’il me reste à faire pour la journée et je décide d’aller dormir à l’île de Ré. Ça me fait quasiment une étape sur l’après-midi mais comme mon père s’en est rendu compte pendant le confinement, je suis quelqu’un de têtu. Donc je dormirai à l’île de Ré ce soir. Même si cela implique de pédaler contre le vent pendant quatre heures. Ou de rouler de nuit pendant plus d’une heure. Mais ça valait le coup. Même si je devine à peine la mer dans la pénombre, je l’entends, je la sens, et je m’installe sur la plage pour passer la nuit. Même si je me fais réveiller une ou deux fois par une averse, je dors bien mieux qu’habituellement dans ma forêt.

Une nuit sur l’île de Ré
La plage au petit matin

Le lendemain je commence par faire un tour de l’île : c’est très joli, ça alterne entre les petits villages de pierres blanches, les forêts, les champs, les marais salants, les vignes ou encore la plage. Le temps est couvert mais il ne pleut pas. Je me régale. J’arrive au phare des baleines. COVID l’a fermé. Super, je n’aurais même pas la photo souvenir pour immortaliser mon passage. Tant pis. Et il se met à pleuvoir. Je repasse le pont de l’île de Ré dans l’autre sens. Le vent me pousse. Pour le moment. J’arrive à La Rochelle, joli petit port, mais vu que la pluie se met à tomber de plus en plus fort je ne m’attarde pas, même pas pour une photo… Je baisse la tête et je pédale.

Sur la route de Rochefort, j’ai enfin ma piste cyclable sur le front de mer. Sous la pluie. Et avec le vent de face. Pas exactement la manière dont j’imaginais mon arrivée à la mer. Moins agréable du coup. Après Rochefort, je passe sur un aqueduc au-dessus de la Charente. Il doit y avoir une belle vue de là-haut, mais aussi un vent à décorner les dinos et des voitures qui me frôlent à 90 km/h. Je ne fais pas de pause photo du coup. Les conditions continuent d’empirer jusqu’à la fin de l’étape : toujours plus de vent. Toujours plus de pluie. Toujours plus de froid. L’avantage de la pluie c’est que je peux boire directement l’eau qui dégouline de ma moustache. Et je n’ai donc quasiment pas besoin de remplir mes gourdes… Je finis par trouver un petit coin de forêt pour la nuit. Mais il y a tellement de vent et de pluie que je me réfugie sous la tente dès que je peux. Repas froid et coucher tôt en croisant les doigts pour pas qu’un arbre ne me tombe sur la tête pendant la nuit.

J’ai la chance d’avoir une accalmie le lendemain matin pour me faire mon petit dèj, mais ça ne dure pas. Pluie et vent, je retrouve mes amis de la veille. Sur des lignes droites interminables. Et même la grêle s’en mêle. Et je crève pour la première fois en cours d’étape. Pas facile de changer une chambre à air avec les doigts gelés. Coup de chance, le gros de l’orage passe pendant que je répare. Je suis tellement content de ne plus avoir à lutter contre un vent de face à 130 km/h que je tente de négocier avec le ciel : « un peu de pluie si tu veux mais pas de vent. Ou même beaucoup de pluie mais pas de vent. Et je serais même prêt à aller jusqu’à un gros orage contre le vent dans le dos ». Il faut croire que ma proposition n’est pas si alléchante parce que je récolte pluie ET vent de face. Super. Et le tout avec une température maximum de 6°. Encore mieux. Bref. Tout ça pour dire que je suis bien content d’arriver à Bordeaux chez Vanessa et Louis. Même si mon arrivée dans le « Sud » ne tient pour le moment pas toutes ses promesses, j’espère bien que le climat toulousain sera à la hauteur !!

Pour finir une mise à jour de la carte :

6 commentaires sur « Le cycliste et le soleil »

  1. Tu voulais le Sud
    Tu roulais longtemps
    Pédalant durement
    Des milliers d’kilomètres
    Et toujours en été.

    Un jour ou l’autre il faudra qu’il y ait l’hiver
    On le sait bien
    On n’aime pas ça, mais on ne sait pas quoi faire
    On dit c’est le destin

    Tant pis pour le Sud
    C’était pourtant bien
    Il faut chaud duvet
    Ou des potes accueillants

    Bon courage

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  2. Pauvre Pierrot…tu n’es pas encore transformé en glaçon ou en voile de bateau ?
    Et vogue la galère ! Vivement le Sud et l’ été….
    Bon vent…
    Grosses bises virtuelles de ta Mère – Grand préférée.

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