Le retour du fils prodigue

Jour 95, Nouan Le Fuzelier, 7.920 km

Il m’aura fallu 3 mois, braver presque 8.000 km de routes et de chemins à travers 10 pays, surmonter les chaleurs torrides, le froid glacial, la pluie, la neige et le vent, échapper aux moustiques, aux oies et aux hérissons, manger des kilos de riz, de chocolat et de fruits secs, pour finalement arriver à la maison… Certains d’entre vous me diraient que le chemin le plus court pour aller de Hambourg à Nouan Le Fuzelier ne passe pas nécessairement par Bratislava, Zurich, Valence et Bruxelles. Ce n’est pas complètement faux. En revanche j’ai parfaitement calculé mon coup pour arriver juste avant la pluie. Et je dois dire que je préfère être confortablement assis dans un fauteuil au coin du feu plutôt qu’à pédaler sur mon vélo à cet instant précis…

Mais avant d’arriver à la maison, il faut déjà finir le Roubaix-Paris. Dernière étape ce dimanche. Avec une arrivée sur les champs qui promet ! En plus le plateau est très relevé avec la présence dans le peloton de Sophie, l’étoile montante du cyclisme français, et Casca, quadruple vainqueur de la classique du Sud-Ouest, la fameuse course Montauban-Toulouse-Montauban. En sus, les conditions météo dantesques promettent de faire de ce dernier opus de la classique du Nord un véritable chef d’œuvre. Et le départ tient déjà toutes ses promesses : un brouillard à couper au couteau et une côte aux pourcentages terribles (au moins 1000% selon les syndicats, 10% selon la police) dans les 5 premiers kilomètres : pas de mise en jambes préliminaire, les coureurs sont déjà chauds !

La Seine se perd dans le brouillard
Les sourires sont encore de mise juste avant le départ réel

Assez rapidement, on quitte la ville pour prendre des petites routes de campagne. Le brouillard n’est pas complétement levé mais on sent que le soleil n’est pas loin. Il n’y a pas un souffle de vent, la route est plate, quasiment sans une seule voiture, idéal pour faire du vélo le dimanche ! De petites attaques secouent le peloton, notamment dans la côte de Radepont, mais c’est groupés que les favoris atteignent le premier point de ravitaillement…

On sent que le soleil arrive…
Casca et Sophie à l’attaque dans la côte de Radepont
Il faut bien que les vélos aussi se reposent

Malgré un petit indicent mécanique juste avant la pause déjeuner (une portion de piste qui aura été fatale au pneu arrière de Sophie), on arrive à la fameuse T’Avernes du village d’Avernes (cet excellent jeu de mots n’est pas du fait de l’auteur mais bien du propriétaire de l’établissement en question) où le ravitaillement de mi étape a été prévu. La patronne ne semble pas ravie de voir un peloton cycliste envahir son restaurant (« Vous voulez manger ? On n’a plus le droit avec la nouvelle loi… ») mais la gouaille bienveillante de Casca a raison de sa résistance et elle a vite fait de nous servir un tournedos accompagné de sa sauce au poivre qui redonne du baume au cœur et des forces dans les jambes… Sous le soleil, la campagne est belle. On passe près de châteaux, dans la forêt, on enjambe des rivières, les oiseaux nous accompagnent dans la plaine, un vrai régal. La fin de l’étape est un peu plus compliquée : les jambes sont lourdes, les genoux grincent, les paysages sont remplacés par des barres d’immeubles et l’air frais par les gaz d’échappement. La traversée de Paris se fait tout de même sans encombres en suivant les nouvelles pistes cyclables de madame la maire : La Défense, les Champs-Elysées et la rue de Rivoli. Je me sépare de mes partenaires et file vers Maison-Alfort pour une raclette retrouvailles chez Cannelle et Thomas avec en invités surprise Adrien et Alexandra (un trou de presque 10 ans avant de se revoir c’est bien trop long…).

Un château sur la route
Traversée de l’Oise
Arrivée à Paris…
… et c’est Sophie qui lève les bras sur les Champs

Le lendemain, le soleil est toujours au rendez-vous et les températures ne sont pas trop fraiches. Direction la maison ! Le début de l’étape n’est pas très excitant : beaucoup de ville, un peu de Seine mais surtout des usines et des zones industrielles. Je me réjouis d’atteindre enfin la campagne. Je déchante assez rapidement quand je réalise qu’il y a du vent. Beaucoup de vent. De face. Et pas un arbre ou une colline pour m’en abriter. C’est dur. Je n’avance tellement pas que je me dis qu’à cette allure je ne serai pas à Nouan avant 22:30. Je commence à me dire que si c’est vraiment trop tard je m’arrêterai pour la nuit. Tant pis. Les éoliennes deviennent pour moi l’objet d’une haine farouche. Si j’avais eu une lance je me serais pris pour un Don Quichotte des temps modernes… Au final ça ne dure qu’une soixantaine de kilomètres avant que je ne rejoigne la forêt d’Orléans. J’ai rarement autant apprécié les arbres. En plus la route est plate, il fait beau, ça redevient agréable de faire du vélo !

Mes pires ennemis qui me narguent au loin
La forêt salvatrice

Je traverse la Loire, qui depuis le temps a atteint sa taille adulte, et je continue à rouler dans la forêt de Sologne. Après mes cyclistes du dimanche je vais retrouver le cycliste du lundi, mon frère Thibaut, qui vient me rejoindre pour que nous faisions les vingt derniers kilomètres ensemble. La nuit commence à tomber, Thibaut espère tomber sur des sangliers, moi je préférerais éviter. Finalement tout se passe bien et on arrive sans encombres à la maison ! Enfin !

La Loire
La nuit tombe
Retrouvailles sur le chemin
La nuit

Maintenant une semaine de repos, pour profiter de la famille et des amis avant de repartir vers l’ouest en milieu de semaine prochaine ! Et cette fois je ne vous bassine pas avec les itinéraires quotidiens mais j’ai mis à jour la carte qui représente le trajet depuis mon départ d’Hambourg…

Un trajet pas très direct

3 commentaires sur « Le retour du fils prodigue »

  1. Super parcours ! Profite bien du feu de cheminée et de la grisaille de Sologne !
    Bon je sais que tu ne peux pas mettre tous les petits villages dans lesquels tu t’es arrêté, mais je m’allie à tous les oubliés de la carte… Comment ça il n’y a pas tous tes arrêts !!! 😢
    Être renié par son frère /cousin/ami…
    😂
    Hatte de connaître tes prochaines aventures !

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