Retour aux sources

Jour 83, Francfort, 6.597 km

8 jours. Une éternité. 8 jours de pause (je ne compte pas l’aller-retour à Strasbourg, je n’avais pas de bagages et pas de dénivelé atroce pour le justifier), 8 jours sans vélo. En une seule fois, quasiment autant de jours de repos que sur le mois et demi précédent, et j’exagère à peine… C’est pour ça que quand je descends les sacoches le lundi matin j’ai le sentiment de retrouver enfin les bonnes choses (les alsaciens, ne m’en voulez pas, il paraît que c’est une histoire d’endorphines). Jay et Bob ne me reconnaissent plus, je n’arrive plus à fixer mes sacs sur le vélo, c’est comme si j’avais oublié le mot de passe de mon PC après 3 semaines de vacances. Luc me met dans les mains la bouteille de vin habituelle (belle tradition s’il en est, j’espère qu’elle va perdurer) et je repars sur les routes. Retour aux sources donc, double retour même puisque je me dirige vers l’Allemagne, là où tout a commencé…

Je vise le Rhin, en me demandant si une armée de médecins en combinaison va m’arrêter pour s’assurer que je n’ai pas quelques molécules de COVID dans mes bagages. La traversée est (comme à chaque fois que je passe une frontière) sans histoires, comme si personne ne s’intéressait à un cycliste isolé voyageant en Europe. Tant mieux me direz-vous… Je me dirige ensuite vers Oldenburg où je vais retrouver mon cousin Géraud avec qui on va faire la route pour les deux prochains jours. C’est la première fois que je vais retrouver quelqu’un sur la route, légère appréhension à l’idée de le manquer. Heureusement, il a prévu une veste de pluie fluo qui se voit à 12 kilomètres (et il a aussi pris un téléphone) et les retrouvailles se font sans souci.

Ciel gris sur le Rhin
Avouez qu’on le voit de loin !

Géraud nous a préparé un itinéraire aux petits oignons : 100 km de descente (un faux-plat descendant en vérité, mais qui a au moins le mérite de ne pas monter du tout), le long du Rhin jusqu’à Karlsruhe. Et il a même eu la bonne idée de commander le vent dans le dos. Par contre il n’a probablement pas été au bout des conditions de vente, parce qu’on se prend une belle averse en début d’après-midi (après avoir longtemps cru qu’on serait plus rapides que la pluie). Et pour que ce soit un peu rigolo quand même, il a aussi demandé à la voirie de faire des travaux sur la piste cyclable pour faire semblant de se perdre en essayant de les contourner. Un planificateur d’itinéraire que je recommande à tous !! À l’arrivée à Karlsruhe, on a même le temps de manger un bout, admirer le château, faire une promenade dans les souvenirs étudiants de Géraud, boire des coups, retrouver un de ses potes et reboire des coups… Une journée bien remplie pour la reprise des hostilités !

Il pleut sur le Rhin
Le château de Karlsruhe

Le lendemain, on attaque la moyenne montagne. On se prend une belle côte à la sortie de Karlsruhe, puis on descend dans la cuvette de Pforzheim, puis on remonte. Ça casse un peu les jambes mais la troupe est en forme et on est encore au sec. Et notre planificateur a en plus pris soin de nous faire passer par la forêt, loin des voitures, que du bonheur ! Et de jolis points de vue depuis le sommet des collines nous permettent d’admirer la forêt qui se pare lentement de ses couleurs d’automne. Avant d’entamer la dernière montée, on fait un petit détour par Mönsheim pour une petite pause (au fond, je suis convaincu qu’il l’avait prévu, il voulait absolument voir la célèbre boulangerie du coin…). Et comme on finit par entrer en terrain connu, Géraud me guide les yeux fermés (ou plutôt le GPS éteint) et on arrive à Stuttgart sans autres aventures, 10 minutes avant la grosse averse de la journée… Je vous l’ai déjà dit, au petits oignons cette préparation !

Le lendemain, je prends mon temps avant de partir. Je ne veux pas être tenté de faire les 200 km qui me séparent de Francfort d’un coup, la dernière fois ça a fini à 228… En plus il pleut et ça me donne l’occasion de profiter encore un peu des cousins… Finalement, je me lance après le déjeuner. Je mets un peu de temps à sortir de Stuttgart et finis par tomber sur le Neckar (sur les suggestions de Géraud et Miri, j’ai décidé de faire un petit détour…) et sur un cycliste, Michael (à prononcer à l’américaine). On accroche bien, on discute, et on fait une trentaine de kilomètres ensemble. On cherche un endroit sympa pour faire une petite pause à Heilbronn (petite ville qui a l’air assez jolie d’ailleurs, ça mériterait d’y refaire un tour), et au moment même où on s’arrête on se fait alpaguer par un vieux retraité, anarchiste, incompréhensible (même pour les autochtones apparemment), probablement un peu défoncé aussi qui nous raconte sa vie et à quel point celle-ci est injuste… super pause… on décide assez vite de partir en courant…

Michael veut suivre le Neckar, et moi je veux couper pour être à Heidelberg avant la nuit, du coup on se sépare. Je ne suis pas sûr d’avoir pris la meilleure décision de la journée parce que ça monte, il pleut et j’ai le vent de face… Mais je fais probablement 20 km de moins que si j’avais suivi le Neckar et j’ai même la chance d’avoir un super coucher de soleil : toute la campagne est baignée d’une lumière orange, ça doit être la fameuse heure des roux. Par contre mon plan d’arriver avant la nuit ne se réalise pas vraiment. Mais je me dis que rouler de nuit est une expérience que je dois faire. Du coup je continue, mais je dois avouer que c’est pas top top : je ne vois rien, je suis ébloui par les voitures, je profite pas trop du paysage, je pense que je ne le referai pas de sitôt. Et en arrivant à Heidelberg je me rends compte que mon plan de camper dans les bois au bord du Neckar ne va pas se réaliser non plus : il n’y a que la route et des maisons. Heureusement, Google Maps m’indique une forêt sur une colline qui domine la ville et je parviens à trouver un endroit plat pour y planter ma tente. Seul hic, ma lampe frontale est restée allumée toute la journée dans mon sac et n’éclaire rien du tout… Heureusement que je peux monter la tente les yeux fermés…

Rencontre sur la route
Le soleil se couche…
… et la nuit tombe sur le Neckar

Heidelberg de jour, c’est quand même mieux que de nuit, même si la pluie qui tombe ne m’incite pas à rester… Faudra revenir une prochaine fois… Le reste du chemin vers Francfort est assez monotone : des petits villages, Darmstadt (pour le coup, pas la peine d’y revenir…), une autoroute de vélo, la forêt, la Skyline à l’arrivée et un petit tour de la ville by night avec ma cousine Ombeline pour couronner le tout. A partir de demain je me dirige vers le Luxembourg, puis la Belgique avant de revenir en France pour passer le reste de l’automne au chaud (ou pas…)

Heidelberg
Arrivée à Francfort

Ci-dessous, le trajet effectué sur les routes allemandes :

Barr – Karlsruhe
Karlsruhe – Stuttgart
Stuttgart – Heidelberg
Heidelberg – Francfort

2 commentaires sur « Retour aux sources »

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