Les jolies colonies de vacances, …

Jour 54, Clermont, 4.947 km

Juillet 1997, un petit village perdu au cœur de l’Ardèche. Le petit Pierre est tiraillé entre des sentiments contradictoires : d’un côté, il va devoir vivre sans sa Maman pendant 15 jours. De l’autre, il va passer ces 15 jours avec plein d’autres enfants de son âge, et même certains de ses cousins, en plein air, faire des merveilles de ses mains, camper, randonner, jouer au foot et participer à de nombreuses autres activités… Le petit Pierre se sent perdu sans sa Maman et les larmes coulent. Cette scène s’est déjà produite plusieurs étés de suite et se reproduira pendant encore quelques années : le premier jour de la « Colo » à Lanarce. Bond en avant de quelques années : Septembre 2020. Le petit Pierre a bien grandi et il est maintenant affublé (infecté diraient certains) d’une superbe barbe rousse. Flanqué de ses fidèles compagnons Jay et Bob, il voit à nouveau cette scène se produire devant lui. Il cligne des yeux et tout disparaît : il ne reste plus que les bâtiments vides et les souvenirs qui les habitent…

Je pars donc de Valence, après ce weekend de repos chez les cousins et fais une première halte au supermarché : les sacoches sont vides et il s’agirait de se ravitailler. Probablement influencé par les bruits de reconfinement qui courent, je me laisse aller à une folie dépensière irraisonnée : 1 kilo (1 KILO !!!) de pruneaux, 500 grammes d’abricots secs, 8 tablettes de chocolat, 6 plats de riz, des sardines, de la sauce, des soupes, … en bref, de quoi tenir pendant au moins 3 semaines alors que je vais rejoindre Clermont en 3 jours. Malin. Deux questions se posent à moi une fois que je sors du supermarché : 1. Comment faire rentrer tout ça dans les sacoches ? 2. Pourquoi ? Je me rappelle que j’ai prévu 2.000m de dénivelé pour l’étape du jour. POURQUOI ??? Je parviens à tout faire rentrer et je me mets en route. J’ai le vent dans le dos, je longe le Rhône sur la Via Rhôna (piste cyclable qui, comme son nom l’indique, suit le Rhône). Jusqu’ici, tout va bien. Je bifurque ensuite vers l’ouest et rejoins la Dolce Via, une autre voie verte qui longe l’Eyrieux. C’est un peu viellot (les panneaux et piquets sont tout rouillés) mais très beau.

L’Eyrieux…
… vu depuis la Dolce Via

Je quitte la Dolce Via et me lance dans l’ascension des monts d’Ardèche. Je suis sur une route départementale, seul. Pas une voiture, pas une vache, pas un mouton, pas un bruit. Seulement celui du vent qui discute avec les châtaigniers… Les vues sur les montagnes sont superbes. Le soleil compense la baisse de température liée à l’augmentation de l’altitude. Je passe par Saint Pierreville (il fallait l’inventer celui-là) et non loin du tunnel du Roux (idem). Ça monte fort et je sens les 6 kilos superflus que je traîne, ça m’apprendra… En plus ça descend et remonte et redescend sans arrêt, difficile de prendre un rythme. L’avantage c’est que je passe au moins 8 cols en 30 minutes, je me sens tel un grimpeur du Tour de France !

Pendant la montée…
… vue sur les monts d’Ardèche

Je croise aussi la Loire : moi qui la connais plutôt en Sologne, je dois avouer que j’ai du mal à en croire mes yeux : une mini-Loire (à prononcer avec une voix aiguë), toute mimi, toute petite, qui fait à peine quelques mètres de large. Il faut croire que même la Loire a commencé petit… J’arrive finalement à Lanarce, où le fromager du coin est encore ouvert. Luxe! Je retrouve les bâtiments de mon enfance, plante ma tente près de ceux-ci et déguste mon fromage, mon saucisson accompagné d’une bouteille de rouge (tiens, celle-là aussi a contribué à rendre la montée plus agréable…).

Mini-Loire
Souvenirs, souvenirs

Le lendemain, il fait froid. Et le soleil peine à réchauffer l’air. Pour ne pas améliorer les choses, je me rends compte que ma bouteille de gaz est vide. Le type fait 6 kilos de courses inutiles et ne pense même pas à s’acheter une bouteille de gaz. Vous avez dit stupide ? Une seule solution, la manifestation… Puisque personne ne semble vouloir céder devant mes revendications, il ne me reste plus qu’à pédaler. Je me dirige vers le Puy en Velay. Je trouve une petite cascade sur le chemin, puis une voie verte qui passe dans des tunnels (Z dirait que c’est de la triche, je sais) dont un qui fait plus d’un kilomètre de long. Heureusement c’est éclairé donc Jay et Bob n’ont pas trop peur… J’arrive au Puy, où la vieille ville est dominée par une statue de la Vierge et le rocher Saint Michel. On se perd facilement dans ses rues pavées. Surtout qu’un restaurant sur deux s’appelle « Le relais du pèlerin », difficile de se repérer…

Cascade sur le chemin
Jay rassemble ses forces avant de se lancer à l’assaut du tunnel
La Vierge du Puy en Velay
Le rocher Saint Michel qui domine la ville

La suite de l’étape est plutôt quelconque, je suis des petites routes de campagne, passe par des villages avec des maisons en pierre et des fontaines d’eau non-potable, des chemins forestiers où j’ai peur de perdre une roue et finis par trouver une clairière où m’arrêter pour la nuit. Le lendemain, rebelote : forêts, petits villages, et la vallée qui s’ouvre devant moi. Après le passage de la « difficulté » du jour (Col de la Croix des Gardes :  654m… Ha. Ha. Ha.), j’aperçois Clermont au loin. L’entrée de la ville n’est pas très cyclable, je passe par un petit chemin de terre. Je dois rejoindre la route à un moment, la pente me parait raide. Je me dis que ça va passer. Ça ne passe pas. Je suis obligé de sauter de vélo pour éviter de me faire rouler dessus (par mon propre vélo, en effet…). Quelques égratignures mais rien de cassé. Le GPS me recommande ensuite de passer par un échangeur d’autoroute. Bof. Détour. Heureusement il est tôt et j’ai le temps de manger et de boire un coup pour me remettre de mes émotions avant de retrouver mon cher oncle…

Pour les géographes (et les dessinateurs qui soigneusement reportent mon trajet sur une carte), voici le trajet des trois derniers jours :

Valence – Lanarce
Lanarce – Fayet-Ronaye
Fayet-Ronaye – Clermont-Ferrand

7 commentaires sur « Les jolies colonies de vacances, … »

  1. Du fromage, du saucisson et du rouge! Enfin de l’aventure, de l’épique, que dis-je? Du biblique, j’ose le dire! Du lyrique! Et dire qu’il a fallut attendre 5000km avant de saliver un bon coup. Voilà qui aurait fait plaisir à Pavlov l’ancien.

    J'aime

Répondre à "Tante" Chantal Annuler la réponse.

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :