Douce France

Jour 51, Valence, 4.641 km

N’en déplaise à mes amis (et hôtes) berlinois, viennois et rollois, la France a un petit quelque chose que les pays que je viens de traverser n’ont pas : elle est (très) densément peuplée de membres de la famille, d’amis, d’amis de membres de la famille, d’amis d’amis, etc… ce qui rend sa traversée bien moins solitaire ! Une tablette de chocolat et un paquet de pruneaux se transforment soudainement en côte de mouton, haricots verts et reblochon… Une soirée à chercher un bar sympa et des gens pour faire la conversation se transforme en une tournée des popotes et une discussion animée sur l’écologie, la montagne, la littérature, le dessin, la cuisine, et bien d’autres sujets… Un dimanche à errer de café en café et de parc en parc se transforme en descente de la Drôme en canoë et passage par une petite brasserie dans les montagnes… Ça promet pour la suite du trajet !!

Je pars donc de Rolle après avoir passé la matinée à rédiger le dernier article que vous avez lu. J’ai le ventre plein, il fait beau, il y a un peu de vent mais pas trop. Je ne longe pas le lac Léman malheureusement mais je passe par des petits villages et dans les champs… Dommage. J’arrive à Genève. C’est un peu la cohue, il y a des gens et des voitures partout. Je fais rapidement des photos histoire de pouvoir prouver que je suis passé par là (je suis persuadé que certaines mauvaises langues invoqueraient un manque criant de preuves pour mettre en doute les chiffres que j’avance…) et me dirige vers la France.

Genève, sa fontaine, et il n’y a toujours pas le feu au lac…
Genève toujours

La sortie de la ville est horrible, les gens roulent sur la piste cyclable, je suis censé traverser des 4-voies toutes les 5 minutes, je suis dans les pots d’échappement pendant plusieurs kilomètres, bref… vivement la fin. Je passe la frontière et entre à nouveau dans l’Union européenne. Grosse déception : même pas un poste frontière, un panneau ou un drapeau… Moi qui m’attendais à un accueil triomphal, des feux d’artifices, des danseuses, du champagne… Jay et Bob sont très déçus et il me faut user de toutes mes capacités de persuasion pour les empêcher de faire demi-tour… En plus la route est un peu pourrie, il n’y a pas vraiment de piste cyclable ni de panneaux clairs qui m’indiquent la direction d’Annecy… J’espère que ça ne représente pas l’état des pistes cyclables en France, sinon autant prendre le train… Après quelques kilomètres sur la bande d’arrêt d’urgence d’une départementale, à surveiller que les conducteurs coincés dans les bouchons ne fassent pas un écart en regardant leur téléphone portable, je trouve un joli pont qui surplombe la vallée et croise un cycliste qui me recommande un léger détour par une route (je cite) « bucolique pour éviter toute cette m***e ». C’est plus calme, en effet, et j’arrive en un seul morceau à Annecy, au bord du lac. Je n’ai pas faim (curieusement, ça doit être le muffin de Valentin le midi qui m’a calé pour la journée), du coup je passe une petite heure à regarder les gens passer et à réfléchir à quoi faire ensuite. Je me décide finalement à faire le tour du lac jusqu’à ce que je trouve un endroit pour bivouaquer. Bon plan. Exécution encore meilleure. Ma tente plantée dans un petit bois, je peux m’endormir du sommeil du juste.

Le lac d’Annecy…
… et les montagnes qui le surplombent

Je réalise en analysant le parcours de l’étape le lendemain matin que je passe à quelques kilomètres seulement de Villaroux (petit village dans les montagnes où ma famille possède une maison). Je me décide donc à y faire un petit tour, histoire de revivre quelques souvenirs d’enfance (je n’ai pas été dans cette maison depuis au moins 10 ans…). Départ ! La piste cyclable est superbe (je suis rassuré, pas besoin de prendre le train). Passage par Albertville pour un petit-dèj puis je continue un petit moment le long de l’Isère. Je monte. Les montagnes me regardent pédaler. Les vaches aussi. Je passe dans les vignes, on dirait que les vendanges approchent… J’arrive dans le village, sur la place de l’église, où dans mes souvenirs se situe la maison, et j’y trouve une auberge… Ça doit être plus loin alors. J’avance un peu, me creuse la tête, cette maison était définitivement sur la place de l’église… Je reviens sur mes pas, regarde l’auberge de plus près : c’est bien la maison familiale ! Il y a du bruit à l’intérieur donc je toque. Ma Tante Martine ouvre. « Oui, bonjour, vous désirez ? – C’est moi, Pierre ! – Pierre !! entre entre !! » (Ça doit être la barbe, à ce rythme-là même ma propre mère ne me reconnaitra pas dans quelques mois…). Et voilà que ma pause déjeuner se transforme en un accueil de roi dans une des maisons de mon enfance…

Jay et Bob découvrent la maison de Villaroux

Après cette belle surprise et le ventre bien rempli, je me remets en route vers Grenoble. Je longe l’Isère, dans la forêt, c’est un régal. A mon arrivée, je suis accueilli par un copain de Géraud (un de mes cousins) qui m’emmène boire une bière en terrasse, manger libanais et m’offre même un verre d’excellent whisky, tout en ayant l’air intéressé par mes élucubrations sur l’écologie, les bienfaits du vélo et de la vie au grand air… Que demander de plus !! Le lendemain, départ de bon matin direction Valence, pour y retrouver des cousins. Il fait beau, la route est plate, le long de l’Isère, très agréable. Une route qui parfois s’écarte un peu de la rivière pour m’emmener dans des vignes ou dans des vergers de noyers (Sandrine tu peux être fière de moi je les ai reconnus tout seul cette fois !!). Puis qui redescend et serpente au bord de l’eau à nouveau.  Au niveau de Romans-sur-Isère, au lieu de suivre mon instinct qui me conseille de longer le fleuve jusqu’à Valence, je suis le panneau qui m’indique la piste cyclable qui y va. Résultat : je longe l’autoroute, puis je traverse une zone industrielle, avec le vent de face. Super. Seul point positif, je fais 8 kilomètres de moins et suis donc un peu plus tôt chez les cousins !! Weekend de repos, on profite du soleil, on mange et on boit bien, et on pousse même le vice à changer de moyen de locomotion et à descendre une partie de la Drôme en canoë ! Et pour se remettre de nos émotions (notamment une chute collective dans un « rapide », les pros parleront probablement de petites vaguelettes), on va déguster une petite bière dans une brasserie au village de Saou (la providence fait décidément parfois bien les choses…).

La route le long de l’Isère
Descente de la Drôme

Demain direction Clermont et le prochain membre de la famille sur la liste ! En attendant je continue les leçons de géographie, et pour ceux qui trouvent que tout ça manque un peu de hauteur, ne vous inquiétez pas, je vous prépare un petit résumé en images du parcours dans les prochaines semaines !

Rolle – Annecy – Glières
Glières – Grenoble
Grenoble – Valence

3 commentaires sur « Douce France »

Répondre à Bou Annuler la réponse.

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :