Winter is coming…

Jour 48, Rolle, 4.302 km

Il parait que l’hiver arrive (les scientifiques s’accordent pour dire qu’il commence vers le 21 décembre, voyons si ça se passe comme ça cette année encore…) et les derniers jours m’ont démontré que je n’étais clairement pas équipé pour… Le vélo sous la pluie, ça passe encore, mais sous la neige, ça passe moins… La nuit sous la tente, ça va, quand il fait moins de 5 degrés, ça va moins… Heureusement, je quitte les hautes altitudes pour un petit moment donc je vais avoir le temps d’étoffer mon matériel pour les rudes journées d’hiver qui s’annoncent…

Je pars donc d’Interlaken, la tournée des lacs est finie et je me lance dans les Alpes. La météo est exécrable, ils ont prévu de la pluie toute la journée et même de la neige en altitude (eh oui, je le savais déjà, mais je me suis dit que ça ne durerait pas trop, que ça passerait… si j’avais su…). Je discute avant de partir avec deux Suissesses qui vont faire le chemin que j’ai fait la veille en sens inverse, on sera au moins 3 sur la route aujourd’hui !! Je fais durer un peu les préparatifs en espérant que la pluie va se calmer un peu (ça ne marche jamais cette technique…) et je finis par me dire, « Mouillé pour mouillé, autant y aller ! ». Le début de l’étape est agréable, je suis trempé, certes, mais je m’y suis préparé et ça rend la chose quasiment acceptable. Il ne fait pas trop froid. Je longe le lac de Brienze par la côte Nord (pour changer) puis la vallée de l’Aare, c’est très joli et la pluie donne un côté un peu brouillé à tous ces paysages c’est assez sympa… J’ai une petite pensée pour les Suissesses en voyant la route qui monte et en pensant avec émotion á la descente de la veille, j’espère qu’elles sont arrivées à bon port… La route est vide (c’est probablement lié à la pluie) et je pense qu’il y avait en tout et pour tout 11 cyclistes sur la route aujourd’hui (si si, je les ai comptés !!). J’avance bien et finis par me retrouver au pied de la grosse difficulté de la journée : le col de Grimsel.

Cascade dans la vallée de l’Aare
Un bûcheron qui m’encourage au pied du col de Grimsel

C’est parti pour 30 kilomètres d’ascension, 7,5% de moyenne, des pics à 12-15% : on est bien sur du hors catégorie là, mais placé un peu trop loin de l’arrivée pour créer de véritables écarts… et surtout de la pluie. Le début de la montée se passe bien, les paysages sont superbes, la montagne déborde de cascades, les couleurs ressortent sous la pluie, les sommets sortent brusquement des nuages, je suis bouche bée devant ce qui s’offre à mes yeux. La route est agréable même si un peu trop fréquentée (surtout dans les tunnels, où j’ai l’impression qu’un train est en approche à chaque fois qu’une voiture me croise). Jusqu’ici, tout va bien…

Ces couleurs!
la route dans la montagne
La montagne qui déborde

Je commence un peu à avoir froid aux pieds. Je me sers pour la première fois de la fonction thermomètre de mon compteur de vitesse. On est à 8 degrés. Ça va encore. Je continue à monter, tranquillement. Certaines voitures que je croise sont couvertes de neige. J’espère que c’est parce qu’on les a laissées garées en haut et non pas juste en passant qu’elles se sont couvertes comme ça, sinon ça va être compliqué. La température descend toujours. 5 degrés. J’essaie de bouger les pieds pour faire circuler un peu le sang. 3 degrés. Au début de l’étape je m’étais dit que si ça devenait trop dur je ferais demi-tour. Le problème c’est que je ne suis plus qu’à 5 kilomètres du sommet. Je ne vais pas lâcher maintenant… 2 degrés. Il commence à neiger. Le brouillard se lève. J’arrête de regarder le thermomètre et j’avance. Je passe à côté de lacs de rétention, ces fameux barrages Suisses. C’est superbe même si je suis un peu inquiet pour mes pieds donc je ne m’attarde pas. 3 kilomètres. Je me demande si je ne vais pas y laisser mes doigts de pieds. Il y a du vent aussi. De la neige. Je ne vois pas à 20 mètres. Super. Les lacets me paraissent interminables. Ça monte toujours. Il neige de plus en plus fort. Et ce froid… J’aperçois enfin le panneau de passage du col, j’en hurle de soulagement. Les gens me regardent bizarrement quand je passe. J’essaie de me sécher et réchauffer les pieds pendant 20 minutes au sommet, je change de chaussettes et on est partis pour la descente !

Le lac de Räterischsboden
Au sommet!

Je me dis, c’est bon, je suis sauvé, on descend maintenant ! Mais quelle erreur ! Il aurait dû penser au vent et à la vitesse. Au bout de 400 m de descente je ne sens plus mes mains et je suis à peine capable de freiner. Problème. Je cherche les gants que j’avais prévu à cet effet. Ah ! Mais je n’avais justement pas prévu de gants. Une paire de chaussettes fera l’affaire. La descente est magnifique même si je dois avouer que je ne l’apprécie pas autant que je ne le devrais (j’ai le sentiment que je souffre plus que dans la montée, étonnant). Heureusement la pluie s’arrête, je sors du brouillard, et le soleil pointe même le bout de son nez quand j’arrive dans la vallée. J’ai quand même toujours froid et je pédale comme un dératé en pensant à la douche chaude qui m’attend à l’arrivée. Je croise des chasseurs (les Suisses appellent ça du sport apparemment), des randonneurs (quand il ne pleut plus c’est plus facile), un pont suspendu sur le Rhône (et oui, déjà le Rhône) et je finis par arriver à Fiesch. J’écris à peine mieux que Nina quand je remplis le formulaire de contact du camping et je me précipite sous la douche. Un quart d’heure plus tard je me sens un peu mieux. Une heure, une bière et une part de raclette plus tard, beaucoup mieux ! Quelle journée !

Pont suspendu
Le Rhône dans la vallée

Les 102 kilomètres cette étape folle m’ont donc amené au total de 4.000 km depuis le départ de Hambourg, et pour fêter ça je vais voir le lendemain le glacier d’Aletsch. Beau monument pour les futurs pèlerins. Le temps est un peu couvert mais je prends tout de même le funiculaire pour monter au point de vue d’Eggishorn, à 2.869 m. Quand j’arrive au sommet, le ciel se dégage. La vue est magnifique. Le glacier est superbe. Quand je redescends 20 minutes plus tard, le ciel se couvre à nouveau. Beau timing !

Le glacier d’Aletsch

En bas le soleil brille. Toutes mes affaires sont sèches. La journée s’annonce bien ! Je descends la vallée du Rhône jusqu’à Visp et me lance dans l’ascension vers Zermatt, d’où on peut admirer le plus haut sommet de la Suisse, le Matterhorn. La montée est un régal : pas trop violente, avec des petites descentes de temps en temps pour récupérer, et surtout je suis tout le temps au soleil ! C’est presque trop facile ! Pour me rajouter un peu de difficulté, je me trompe de chemin et me retrouve sur une piste de VTT pour les 4 derniers kilomètres. Je ne sais pas qui monte cette piste mais pour ma part j’ai fait une bonne partie à pied. Et Jay est un peu lourd pour être poussé… Zermatt finalement. Station de ski. Des hôtels partout. Et tout est tellement cher… Mais la vue sur le Matterhorn vaut le détour. Et il fait froid (1.600 m d’altitude tout de même). Surtout dans les dernières heures de la nuit. Ça me réveille. Et j’ai eu la bonne idée de m’installer au pied d’un lampadaire qui s’allume à 4h30. Super. Impossible de me rendormir du coup je vais un peu marcher en espérant avoir de belles vues sur le Matterhorn à l’aube. Manque de bol, c’est couvert. La promenade était quand même sympa. Et les vues sur Zermatt aussi…

Le Matterhorn
Il est cinq heures, Zermatt s’éveille

Descente vers le Rhône à nouveau puis je suis la vallée en direction du lac Léman. C’est très industriel. Un peu moche malheureusement. Mais la piste cyclable est belle. Puis, aux environs de Sion, j’arrive dans les vignobles. C’est beaucoup plus agréable. Jolie vue sur les deux châteaux de la ville (Tourbillon, en ruine, et Valère, en travaux) dont je fais aussi le tour. Les vues depuis le sommet de la colline sont superbes. Le reste du chemin vers Martigny est assez quelconque. Je me plante de route et fais un petit tour sur un échangeur d’autoroute. J’en suis quitte pour une petite frayeur mais pas de casse. Il y a beaucoup de vent. La fin d’étape est longue. Martigny finalement. Pour résumer, la vue depuis le camping est plus intéressante que le centre-ville. C’est dire… Discussion avec mes voisins de tente jusque tard dans la nuit. Ils vont de Sierre à Genève en vélo. Très sympa. Jay a aussi un petit problème de freins, heureusement il y a un vélociste juste à côté, j’irai demain à la première heure…

Le Rhône, Valère et Sion

Bilan des courses, des plaquettes neuves et un disque à changer. Le type me regarde avec de grands yeux quand je lui dis que j’ai fait 4.000 bornes. « Normalement il faut changer les plaquettes tous les 1.500 km monsieur » Oui. Merci. C’est combien ? J’en avale mon portefeuille. A deux jours près j’aurais pu faire ça en France et ça m’aurait couté 30% moins cher… Ah la Suisse. Départ ensuite vers le lac Léman. Il fait beau et chaud (les amateurs apprécieront la contrepèterie). J’arrive sur le lac : Villeneuve, le château de Chillon, Montreux, Vevey, Lausanne et finalement Rolle. Les vues sont superbes, je trouve un coin sympa pour se baigner recommandé par une des cyclistes d’Interlaken mais je n’ose pas y aller : pas un coin d’ombre et je me dis que laisser Jay et tout le matos en plein soleil pendant 20 minutes, mauvaise idée. Je demande à un type sur la route où est le prochain accès au lac et il me dirige vers une petite perle. Au top ! Seul bémol, la sortie de Lausanne : je mange du pot d’échappement pendant 20 kilomètres avant de finalement arriver à Rolle (qui comme Thibaut me le fait justement remarquer n’est pas loin de Gland). L’accueil y est royal. Merci Valentin et Sara !!

Le lac et le château de Chillon
Montreux
Ma petite plage privée

Pour que vous ne soyez pas complètement perdus, les cartes habituelles :

Interlaken – Fiesch
Fiesch – Zermatt
Zermatt – Martigny
Martigny – Rolle

Maintenant fini la Suisse, direction la France, la famille et encore plus d’amis !

6 commentaires sur « Winter is coming… »

  1. Viens vite par ici, c’est l’été indien… et Tontontoncycliste s’est même baigné hier ! des bises et bonne suite.
    Ch.

    J'aime

Répondre à tonton34 Annuler la réponse.

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