Traité sur la neutralité des Suisses…

Jour 43, Interlaken, 3.898 km

Voilà donc 4 jours que je suis en Suisse et que, par la force des choses, je côtoie ses habitants. On m’a toujours dit que les Suisses étaient neutres (petit rappel historique : depuis le traité de Paris du 20 novembre 1815, les grandes puissances européennes reconnaissent la neutralité perpétuelle de la Suisse). Neutralité, neutralité, je trouve qu’il y en a un paquet qui sortent du lot tout de même… Un vieux monsieur qui cherche à me bloquer le chemin à Schaffhausen parce que je suis sur mon vélo dans une zone piétonne. J’ai cru qu’il allait se jeter sous les roues de Jay en signe de protestation… Une dame qui me hurle (littéralement) quelque chose de très agressif alors que je traverse un passage piéton dans une petite ville… Après moult réflexions je crois qu’elle voulait que je descende de vélo pour traverser… Un cycliste que je croise en pleine montée (et je ne fais pas le malin à ce moment-là) et qui me dit « Hop Hop !! », du genre « Remue toi feignasse » … Un bonjour aurait suffi… Un gamin qui en passant, au lieu de me dire bonjour, me dit « Salaam » … Je dois avoir l’air d’un ayatollah avec ma barbe… Roger, que je croise au camping, et qui vit six mois de l’année dans son camping-car parce que ça vaut moins cher que de se payer un appart… pourquoi pas… On est loin de la neutralité à mon sens…

Sinon j’ai vu beaucoup de lacs (9 au total) ces derniers jours, les premiers sous un soleil éclatant mais avec un peu de vent, les derniers sous la pluie… On ne voit pas la météo sur les cartes mais il faut imaginer que plus vous allez vers la droite, plus il pleut…

Hohenems – Schaffhausen – Jestetten
Jestetten – Zurich
Zurich – Lucerne – Horw
Horw – Interlaken

Je pars donc du lac de Constance, seul, sous le soleil, mais face au vent. Heureusement, les vues sur le lac, puis sur le Rhin compensent largement. J’hésite à m’arrêter pour faire trempette, mais je me dis que la journée risque d’être un peu longue, surtout que si je me fie aux panneaux, les chutes du Rhin seraient à plus de 140 km… alors que mon GPS m’indique un total de 110 km… j’ai un peu peur du coup… (au final, le GPS avait raison, 120 km au total avec 10 km de rab jusqu’au bivouac). Du coup je lutte contre le vent et j’admire la vue. Et ma haine viscérale des cyclistes motorisés s’intensifie avec chaque personne qui me double sans effort alors que je dois tout donner pour chaque mètre parcouru. Par contre je croise beaucoup de gens qui sont chargés comme moi, peut-être que les Suisses sont plus adeptes des longs voyages à vélo…

Le lac de Constance
Le Rhin

J’arrive à Schaffhausen, où hormis l’activiste piétonnier, le seul événement marquant est le suivant : je mange une pomme. Mais pas n’importe quelle pomme… une pomme que j’ai ramassée au pied d’un arbre sur le chemin. Du coup elle a un goût totalement différent de toutes les pommes que j’ai pu manger dans ma vie ! Un petit tour dans la vieille ville plus tard, je me dirige vers les chutes du Rhin. Et je dois avouer que c’est assez impressionnant. Je prends une dizaine de photos, surtout que vu que je les longe pendant un petit moment j’ai l’impression d’avoir un meilleur angle tous les dix mètres… Je repasse ensuite en Allemagne où j’ai repéré un terrain propice pour mon bivouac du soir. En effet, une petite clairière qui surplombe une rivière n’attend que moi et ma tente pour la nuit…

Schaffhausen
Les chutes du Rhin

Le lendemain, je suis confronté à un problème terrible : je n’ai pas de connexion internet. Enfer et damnation. J’en suis réduit à tenter de suivre les panneaux (sachant qu’une route sur deux est en travaux, et qu’une déviation sur trois ne mène nulle part, la tâche est ardue !). Après de nombreux tours et détours, je finis par arriver à Winterthur (centre-ville très mignon d’ailleurs) où je trouve un Wifi auquel me connecter pour calculer mon itinéraire. Sauvé ! Je veux profiter un peu du lac de Zurich, du coup je fais un petit détour pour longer la côte pendant plus longtemps. Et le détour en valait la peine. D’abord la descente vers le lac avec les Alpes en arrière-plan est superbe, ensuite longer le lac, ses marinas, ses plages, ses villas, … très agréable. Je finis par me poser un petit moment et me jeter à l’eau avant d’arriver à Zurich. Froid mais agréable !

Le lac et les Alpes
Vue depuis Zurich

Le lendemain, je fais un petit tour de la ville (très court, soyons honnêtes), avant de me remettre en route. Comme dans toutes les villes où je passe depuis mon départ, il y a des travaux partout. Je longe le lac pendant un petit moment puis me dirige vers Zug. Montée atroce (Baptiste, heureusement qu’on n’a pas fait ça avec les filles, il y aurait eu des victimes), je dois pousser Jay sur au moins 200m. Mais la vue sur le lac au sommet est une belle récompense. J’arrive ensuite à Zug. Très joli. Par contre le temps commence à se couvrir. Moins joli. La route au bord du lac est superbe, peu fréquentée, très agréable (malgré les quelques gouttes, qui se font d’heure en heure plus nombreuses…). Après un mini-lac (à prononcer avec une voix aigüe), j’attaque à Brunnen le dernier « vrai » lac de la journée, au bord duquel je trouverai Lucerne. De même, la route est un régal, les vues magnifiques malgré les nuages, que du bonheur !

Le lac depuis les hauteurs
Zug
La vue depuis le « port » de Brunnen

Lucerne. Sous la pluie. Ça doit surement être très joli, mais je dois avouer que je n’ai pas trop envie de trainer dehors. Je fais tout de même le touriste pendant une vingtaine de minutes, puis je me trouve un café en espérant que la pluie va passer. J’espère pendant un petit moment, mais elle ne passe pas. Je me résous à repartir vers le camping sous la pluie (camping sauvage interdit dans le canton de Lucerne). J’espère que ça sera mieux demain. J’espère toute la nuit. Il pleut toujours le matin. Je fais durer le petit-déj et les préparatifs du départ mais il pleut toujours. Tant pis. Mouillé pour mouillé, autant y aller. En plus le soir j’ai une auberge avec un lit et une douche chaude qui m’attend !

Lucerne sous la pluie
On espère…

On est partis pour trois nouveaux lacs, direction Interlaken. Il pleut. Pas trop fort mais ça mouille quand même. Les paysages sont très beaux même si ça doit être mieux avec un peu de soleil. Je me serais bien baigné aussi mais il fait 13°. La prochaine fois… ça monte un peu, je me trouve un donjon pour faire une petite pause à l’abri avant de passer un col, et je me rends compte que mon appareil photo est en train de prendre l’eau (cf. photos ci-après)

La route au bord du lac
Inondation de l’appareil photo
Petite pause donjon (Jay est déjà dedans…)

Après une belle montée jusqu’au col de Brünig (dont une bonne partie dans les graviers, on dirait plus un chemin de randonnée qu’une piste cyclable…), je me lance dans une superbe descente sous une pluie battante. Parfait. J’ai même l’impression que ça grêle à un moment (à moins que ce ne soit la vitesse supersonique que j’atteins qui me fasse cet effet…) mais je finis par arriver entier au bord du lac de Brienze, que je longe jusqu’à Interlaken. C’est très vallonné et je commence à en avoir un peu marre. En plus je suis plus que mouillé. Ça doit se voir sur mon visage que je ne suis pas au top parce que les gens que je croise me sourient tous (ce que je prends pour un signe d’encouragement). Je tiens le coup en pensant à la douche chaude qui m’attend. Manque de pot, j’arrive à 14h et la réception de l’auberge n’ouvre qu’à 17h. Je me rabats sur un restaurant libanais. Fermé. Coréen. Ouvert, mais je me fais jeter dehors au bout d’une heure parce qu’ils ferment aussi. Je finis par trouver un café qui m’accueille en attendant ma douche… Ouf !

Le lac de Brienze
Interlaken, probablement plus joli sous le soleil

Et maintenant, direction les Alpes, on va reprendre un peu de hauteur ! D’ailleurs, coïncidence ou pas, j’ai prévu 102 km demain… Une belle surprise qui se prépare pour les 4.000 ! Merci encore pour tous vos messages et commentaires, et à très bientôt !!

5 commentaires sur « Traité sur la neutralité des Suisses… »

  1. Bravo ! Ça continue fort.
    Pensées positives pour tes prochains 4000 …
    Et visiblement tu n’as pas osé tenter la discussion avec la maréchaussée helvète pour vérifier si elle faisait le distingo entre camping sauvage (interdit presque partout) et bivouac (assez souvent autorisé) …

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  2. Un festival de bons mots cet article… mention spéciale pour l’hommage à Jacques Chirac et ses 🍎

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