Alpes-inistes !

Jour 37, Innsbruck, 3.241 km

Quelle journée ! Ce 34ème jour de voyage restera dans les annales, et ceci pour plusieurs raisons : premier départ dans le froid avec utilisation de la tenue cycliste Automne-Hiver 2020, un col à 2.500 m, le cap des 3.000 km passé dans la descente et finalement un col « surprise » à 1.200 m dans la même étape. Le tout en 95 « petits » kilomètres…

Mais revenons un peu en arrière, au départ de Salzbourg. J’ai la chance de discuter avec un successeur de Kant et Hegel : un étudiant allemand en philosophie qui a décidé de voyager pour mettre la théorie à l’épreuve de la pratique… Discussion très intéressante avant de prendre la route. Le temps est un peu couvert mais pas de pluie. Je fais un passage rapide par l’Allemagne : je ne me rends même pas compte que j’ai passé la frontière lorsque je rentre en Allemagne, et je fais vraiment attention quand je retourne en Autriche. Il y a en effet une barrière très dissuasive, je ne sais pas si j’aurais osé la franchir si elle avait été fermée… À part ça, la route suit une rivière, passe par des petits villages mignons, longe un lac, les montagnes commencent à se dresser à l’horizon, chemin finalement assez agréable sous le soleil !!

La « frontière » autrichienne

Un petit lac au bord de la route
Les Alpes au loin

On se rapproche tout doucement de notre destination du jour, la ville de Zell am See, qui comme son nom l’indique se situe au bord d’un lac, lorsque je me rends compte que Jay essaye de me dire quelque chose : il fait de drôles de bruits à chaque fois que je passe une vitesse… Je m’arrête pour analyser la situation et réalise que mon fidèle destrier souffre d’une fracture d’un rayon de la roue arrière. Comme il me reste à peine une dizaine de kilomètres à couvrir, je choisis de continuer avant de décider de la marche à suivre. Arrivée à Zell am See donc, très joli lac entouré de montagnes, même si ses bords sont infestés de vacanciers… Une rapide recherche sur Internet m’informe qu’un changement de rayon s’impose, sous peine de séquelles graves pour la roue arrière de ce pauvre Jay. Coup de chance, je trouve un réparateur de vélo (ouvert !!) dans les parages. Le type qui m’accueille commence à m’engueuler en me disant que mon vélo est bien trop chargé, que c’est pas possible d’être aussi stupide, que vraiment, ces gens… Tout penaud, j’essaie de lui demander conseil sur la marche à suivre, sur un poids maximal… mais trop tard, il est déjà parti s’occuper de quelqu’un d’autre. Le réparateur qui me prend en charge me dit lui que c’est plutôt la faute à pas de chance, que le vélo est robuste et que normalement il peut supporter un poids important, et il ajoute, « surtout que vous n’êtes pas si gros ». Merci ! Après avoir fait réparer le rayon et par la même occasion regonfler les pneus, me voilà rassuré et prêt à m’offrir une petite baignade dans le lac avant de me coucher tôt en prévision de la grosse journée qui m’attend le lendemain.

Baignade dans le lac

Et c’est donc le grand jour qui arrive. Pour les fans de mots allemands à rallonge, je m’attaque à la Großglockner Hochalpenstrasse, ou littéralement route haute-alpine du Großglockner (le Großglockner étant le sommet le plus haut d’Autriche). Et pour la première fois depuis mon départ de Hambourg, il fait froid le matin : je sors donc la tenue chaude : maillot de corps à manches longues, tee-shirt et manteau par-dessus le tout. Au bout de 10 kilomètres, quand la pente commence à s’élever, je range tout cet équipement et retrouve la tenue d’été. C’est que ça monte fort et que je chauffe ! Un panneau m’indique 33 kilomètres de montée. Je ne sais pas exactement jusqu’à où je monte mais j’y vais. Je croise des centaines de cyclistes (ou plutôt je me fais doubler par des centaines de cyclistes, il semblerait que je sois le seul qui veuille monter avec autant de bagages et sans vélo électrique). La plupart du temps j’ai le droit à un sourire qui dit : « il est taré celui-là » en même temps qu’un « bon courage ». Au gré des pauses et des arrêts photo, je croise et recroise les mêmes personnes, on se soutient les uns les autres, c’est encourageant. Le soleil tape. La route monte, monte et monte. Et tourne. Une vingtaine de virages en épingle jusqu’au sommet. Et des vues. Magnifiques. En plus, étant donné que je ne monte pas vite j’ai le temps de les apprécier ! Beaucoup de trafic aussi, mais les gens ont la décence de pas passer trop près ni trop vite. Et toujours d’autres cyclistes qui me doublent… J’arrive à ce que je crois être le sommet, avec de superbes vues sur le Grossglockner. J’ai envie de pleurer, à moitié parce que je suis épuisé à un point que je n’imaginais pas, à moitié parce que c’est vraiment trop beau pour être vrai… Je repars, et après une petite descente la route remonte… On m’aurait menti ?? j’arrive à un tunnel et me dit que cette fois c’est la bonne, on est au sommet… Que nenni ! La route monte toujours après ça ! Troisième (et dernier) sommet, enfin ! 2.504 m… Je laisse les photos parler d’elles-mêmes, ce sera de toute façon plus efficace que tous les mots que je pourrais trouver…

Sommet #1
Sommet #2
Sommet Final

Je me lance dans la descente, « debout » sur les freins pour éviter de sortir de la route dans un virage, mais je fais tout de même un petit 50 km/h de moyenne sans donner un coup de pédale pendant 10 kilomètres. Puis arrive le kilomètre 3000 ! Je m’arrête sur le bord de la route et m’offre un petit somme pour fêter ça ! Pendant ce temps, Jay et Bob en font (littéralement) une montagne et décident de construire un monument des 3000. Ils parviennent à faire un tas de cailloux qui atteint l’altitude de 3.800 mètres exactement, soit 2 mètres de plus que le Großglockner. Pour éviter tout scandale diplomatique, je les convaincs de mettre à bas ce monument et d’adresser à la place une lettre au gouvernement autrichien demandant de changer le nom du Großglockner en Dreitausender (Dreitausend = 3000 en allemand). Je vous tiendrai au courant des évolutions de la démarche…

Mais l’étape n’est pas finie, il me reste encore une cinquantaine de kilomètres à parcourir pour atteindre ma destination du jour. La descente se passe bien, j’ai de superbes vues sur la vallée qui s’ouvre devant moi, le soleil est toujours là, que du bonheur ! Emporté par la fougue de Jay, je ne vérifie pas la carte et me retrouve à faire un petit détour. Rien de grave me dis-je. Sauf que pour rattraper la route il faut monter. Et j’ai le sentiment d’avoir assez grimpé pour la journée. Et même quand je suis à nouveau sur le « droit chemin » la route monte encore… C’est alors que je me rappelle qu’il y avait une « petite » bosse en fin d’étape quand j’ai regardé le GPS le matin. Petite bosse comparée au 2.500 m du premier col. Petite bosse qui est en fait un autre col à 1.200 m… Pour ma peine, j’ai le droit à une belle descente, quasiment toute droite cette fois, qui me mène directement à l’arrivée.

Il ne me reste plus qu’à rejoindre Innsbruck, pour y prendre deux jours de pause bien mérités. Je passe par l’Italie, ce qui m’évite de repasser par les Alpes. Je longe les Dolomites. C’est très beau, très calme, au bord d’une rivière, à l’ombre, une étape parfaite pour récupérer. Soudain, alors que je m’approche de la frontière avec l’Italie, je vois arriver vers moi une horde de cyclistes. C’est en continu pendant des kilomètres. Des familles entières qui occupent toute la largeur de la route. Des gens pendus à leur téléphone qui ne regardent même pas où ils vont. Des gamins qui font des écarts juste au moment où j’arrive. Je manque de me faire tuer (ou de tuer) plusieurs fois. Je n’ai même pas l’occasion d’admirer le paysage… Ça finit par se calmer et je fais une pause dans un petit village, en me disant qu’une pizza dans le nord de l’Italie serait forcément une bonne idée. Bof. Pas convaincu… Probablement trop touristique ce petit village… Je reviendrai pour vérifier… La journée se finit au camping après une recherche infructueuse de bivouac pendant 10 kilomètres, on m’offre une bière contre une rustine et les moustiques me laissent tranquille… Parfait…

Le futur « Dreitausender »
Impressions de l’Italie du Nord
Impressions de l’Italie du Nord

Pour finir, courte étape pour arriver à Innsbruck juste avant la pluie, avec un nouveau passage de col (mais vu ce que j’avais déjà monté la veille on dira que c’était une colline) et une belle descente vers la ville. La vue est belle mais les nuages menacent donc je ne préfère pas m’arrêter trop pour des séances photo… Bien m’en a pris au vu de ce qui est tombé après…

La colonne Saint Anne
Innsbruck
Innsbruck
Innsbruck

Et pour les plus assidus, le cours de géographie habituel :

Salzburg – Zell am See
Zell am See – Lienz
Lienz – Casateia
Casateia – Innsbruck

Dans le prochain numéro, un invité surprise qui se joindra à nous pour faire un bout de route ! Et en attendant n’oubliez pas le « Concours des Un Mois », le meilleur dessin remporte (je le répète) un sandwich !!

8 commentaires sur « Alpes-inistes ! »

  1. Je me régale !
    Merci Pierre.
    J’espère que tu as trouvé un bar pour regarder la finale de la Ligue des champions

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  2. Merci de nous faire voyager et rêver avec toi… On se réjouit de tes belles rencontres, beaux paysages et tout et tout !
    Pensons fort à toi en reprenant le chemin de l’école (ou de l’usine, ou du bureau …)
    Bises affectueuses
    Tte Chant. 😉

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  3. L’étape du tour part de Gap le 2 septembre, si tu veux raccrocher les wagons tu es large.
    Par contre les mecs sont fainéants et mettent les vélos dans le train tous les 3 jours, pas ton style j’imagine !

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