Ces petits détails qui font toute la différence…

Jour 29, Graz, 2.541 km

Il suffit parfois d’un petit rien, ce petit quelque chose qui vous fait passer du bon moment au mauvais moment, de la bonne idée à la mauvaise idée, du succès à l’échec, du paradis à l’enfer… (bon d’accord, je m’enflamme un petit peu). Et à mon plus grand bonheur, ces petits riens ont (presque) toujours fait évoluer la situation à mon avantage depuis mon départ de Vienne : un petit déjeuner qui se prolonge, un camping pas tout à fait fermé, un virage mal négocié, un feu qui passe au rouge, une arrivée à point nommé au camping, une montagne bien placée, 9 minutes, une « Rain Jay-cket », une fermeture éclair récalcitrante, ou encore une prévision météo fausse de quelques heures… Je vois les mains qui se lèvent au fond de la salle en demandant plus de précisions. Ne vous inquiétez pas. Je vais y venir…

Départ de Vienne mardi matin donc, après un petit-déjeuner copieux et une nouvelle séance de questions-réponses avec les petits de Marion et Sinan. Comme je dois aussi finir mon dernier post, je ne prends la route que vers 11h15. Le long du Danube, direction Melk. Comme annoncé, le début de la route est assez monotone. C’est large, c’est plat, on croise des gens toutes les 2 minutes, mais à part ça il ne se passe pas grand-chose. Il fait beau et il n’y a pas de vent donc la route est agréable. Quelques gouttes menacent mais finalement le soleil sort vainqueur de son duel avec les nuages. Et comme j’avance, la route devient de plus en plus mouillée, comme quoi si j’étais parti une heure plus tôt (comme je pensais le faire), ça me serait tombé dessus… Double merci à Marion et Sinan !!

Je continue donc, tout réjoui de ne pas être sous la pluie, et je rentre dans le vif du sujet : la vallée de la Wachau (ou du Wachau, les puristes me pardonneront j’espère). Marion avait raison : la route est magnifique. Le Danube qui s’écoule entre les montagnes, avec un château (ou parfois seulement ce qu’il en reste) sur les hauteurs, des petits villages au bord de l’eau, des vignes sur les collines, c’est superbe, un véritable régal. J’arrive à Melk, accueilli par le majestueux monastère qui surplombe la ville (et dont le clocher est en travaux, mais à ce niveau là ça ne compte plus), et après une petite visite je me pose pour manger un bout et faire mon planning. Je réalise que mon idée d’origine (Melk-Graz-Admont-Linz) me faire faire deux fois les mêmes 200km de route, pas génial. Je change donc d’avis et décide d’aller d’abord à Linz, puis Admont, puis Graz. Je me remets en route vers le camping que je vise pour la nuit, manque de pot, il est fermé. Mais le point d’eau à l’extérieur fonctionne. Ça me fait donc un bivouac amélioré. Que demande le peuple !!

Le Danube et la vallée du Wachau
Idem
Arrivée à Melk

Nuit sans histoires, à part une invasion de limaces, et je repars de bonne heure le lendemain. La route continue d’être superbe, et avec le vent dans le dos je n’ai jamais été aussi vite. J’arrive aux environs de Linz, les bâtiments et exploitations industrielles se multiplient le long du Danube, c’est assez laid. Puis je me plante à un croisement et monte sur une digue au lieu de suivre la piste cyclable. Etant donné que les deux routes se rejoignent après une dizaine de kilomètres, je continue. Et une bonne surprise m’attend au détour d’un virage : une occasion parfaite d’utiliser mon maillot de bain pour la première fois du voyage, un lac aux eaux turquoises qui me fait de l’œil ! Un petit bain rafraichissant plus tard, je me remets en route vers la ville. Les abords du Danube sont de plus en plus jolis, avec des parcs, des musées, des beaux ponts… et je finis par arriver à la place principale. Je dégaine mon appareil photo pour immortaliser le moment, et je me dis que je vais continuer un peu à me promener dans la vieille ville, appareil à la main, pour faire mes devoirs de touriste envers Linz. Le feu en face de moi passe au rouge (j’ai toujours mon appareil à la main), je n’arrive pas à déchausser ma pédale, essaie de me rattraper au poteau à ma droite, ne veut pas lâcher l’appareil photo, bref… « CHUTE A L’ARRIERE DU PELOTON !!!! » Heureusement rien de grave, juste une fracture de l’amour propre qui sera oubliée dès que j’aurais quitté cette ville…

Mon cadeau de bienvenue de la ville de Linz
La photo à l’origine de « La Chute » (tout à fait de circonstance à Linz)

Je tourne donc un peu en ville, vais même visiter un musée d’art contemporain (le Lentos, bien mais pas top) et me remets en route pour aller vers un camping à une quarantaine de kilomètres. Au moment où j’arrive et commence à planter ma tante, une cycliste allemande engage la conversation : elle vient de finir avec son mari un périple de 5 semaines à travers tout le pays, me recommande chaudement les Alpes (notamment Innsbruck – Bregenz) et m’offre une bière (« je sais ce que c’est quand on arrive, c’est toujours agréable d’avoir une bière bien fraîche »). Par contre elle me dit que la météo s’annonce plutôt mauvaise pour les jours à venir, notamment vendredi (le jour où j’ai prévu ma plus grosse étape…). Je discute également avec une néerlandaise qui va exactement dans la même direction que moi ! Malheureusement, elle est déjà partie le lendemain quand je sors de ma tente à 7h…

On repart donc, cette fois dans la vallée de l’Enns. C’est vallonné, très vallonné, et en plus il fait vraiment très chaud (je dois même acheter une bouteille d’eau en milieu de journée car toutes les gourdes sont vides et je n’ai pas trouvé de point où me ravitailler à temps), mais qu’est-ce que c’est beau ! Une rivière bleu-vert qui serpente entre les montagnes, coupée de temps à autre par un pont ou un barrage, et des villages qui apparaissent avec leurs maisons ocres, rouges, bleues, violettes ou roses, magnifique. Je croise aussi un élan, pas très sauvage apparemment mais tout de même…

La rivière Enns
Un élan, ça boise énormément?

La journée avance, la route monte et descend, je rentre dans le parc national de Gesäuse et là, je reste bouche bée. Les montagnes à pic qui bordent la rivière. C’est superbe. En plus le temps qui commence à se couvrir donne un côté éthéré (j’ai longtemps cherché le bon mot, on dira qu’éthéré fera l’affaire) au paysage qui est tout simplement magnifique. J’entends l’orage qui gronde, le tonnerre tonne tout près, mais de l’autre côté de la montagne (celui qui a decidé de mettre l’orage et la montagne à leurs positions respectives est un génie !!). J’avance donc encore au sec, la bouche ouverte devant le paysage, et finit tout de même par recevoir mes premières gouttes de pluie. Et c’est là que le « Rain Jay-cket » fait toute la différence : dérivé de l’anglais « rain jacket » (imperméable), il décrit le harnachement dont j’équipe Jay lorsque la pluie menace. On notera que la couleur a été choisie avec soin par Bob ! Bilan des courses, malgré une pluie de quelques heures, les affaires sont au sec le soir et la pluie n’est plus qu’une vue de l’esprit ! (Loub’s, Sam (et le B j’imagine…), mark my words…)

L’éther
La « Rain Jay-cket »

Un peu mouillé mais en pleine forme, j’arrive à Admont, célèbre pour son monastère qui recèle une des plus belles bibliothèques monacales du monde. J’arrive à l’entrée du musée et l’employée au guichet me regarde d’un air désolé en me disant qu’ils sont fermés depuis 15h30, Corona oblige. Je regarde ma montre : 15h39. Je viens de faire plus de 6h30 de vélo pour arriver 9 minutes trop tard… Foutu virus. J’en suis quitte pour un chocolat chaud et un sandwich au bistro du coin avant de faire demi-tour pour revenir vers le camping. La pluie s’arrête juste assez longtemps pour me permettre de monter ma tente (encore une arrivée bien négociée !!). En revanche, réveillé en pleine nuit par une envie pressante, je ne parviens pas à refermer la tente. Je force. La fermeture éclair lâche. Réparation à 2h du matin avec les insectes attirés par la lampe frontale : mauvaise idée. Je parviens quand même à faire une réparation de fortune et à me rendormir du sommeil du juste.

Etant donné que j’avance beaucoup plus vite que prévu, je me décide à faire une petite randonnée avant de partir le lendemain (le vendredi, jour où la météo annonce des orages). Je trouve une « petite » randonnée juste à côté du camping : 5 km aller-retour, 600m de dénivelé positif. C’est très joli, je suis quasiment tout seul à cette heure matinale, mais ça fait déjà chauffer les jambes… Et en plus j’ai prévu de passer un col cet après-midi… Malin… Au moins j’ai de belles vues sur les montagnes malgré les nuages et il ne pleut pas. Et je peux en plus étrenner mon pantalon de rando (qui se transforme d’ailleurs en short, je ne sais plus si je l’avais précisé, très pratique d’ailleurs…). Je me mets ensuite en route, non sans avoir discuté avec un cycliste tchèque qui se dirige vers la Croatie avec femme et enfants et qui me dépasse en klaxonnant après quelques kilomètres. Ça me donne un petit boost en plus pour le départ !

La tête dans les nuages

On s’attaque ensuite à la haute montagne : col de Präbichl. Je fais une pause avant le début de la montée. Me gave de chocolat et de noix. Je vois un pont à flanc de montagne mais je ne suis pas sûr que c’est par là que je vais passer. C’est haut tout de même. Je me lance. Ça monte dur. Je me fais doubler en plus par plein de voitures et de camions qui passent à fond la caisse. Heureusement c’est une deux voies et ils font (presque) tous l’effort de prendre leurs distances. Ça monte toujours. Je mouline mais j’avance. J’arrive au niveau du pont. Ça continue de monter. Je passe le pont. Ca monte encore. Je me dis qu’Olivier avait raison, il faut que ça monte pour que ça se descende un jour. Et vu ce que ça monte la descente va être intéressante. Je finis par arriver en haut du col : 1225m ! Et la descente après, un régal. C’est large, la vue est dégagée, il ne pleut toujours pas, je fais même des excès de vitesse (une pointe à 77 km/h dans une zone à 70, si mon gendarme de père savait ça…), je fais 10 kilomètres à plus de 30 de moyenne, le top !

Photo du pont
Photo depuis le pont
Premier passage de col!!

Il ne pleut toujours pas (malgré les orages annoncés) et j’avale les derniers kilomètres jusqu’au camping. Je finis de monter ma tente et crac ! voilà l’orage. Je suis bien à l’abri en train de siroter une bière dans l’auberge. Que du bonheur ! Il me reste 27 kilomètres à faire avant d’atteindre Graz, mon plus petit total sur une journée (et de loin) mais vu les 4 jours que je viens de faire une petite pause est la bienvenue. J’en profite pour faire un tour en ville, monter sur la colline qui surplombe (encore) la vieille ville et faire un tour du château. Et pour manger. Et dormir. Et encore manger. Et boire un peu… Je me fais même contrôler par les flics en sortant du bar parce que je n’ai pas de lumière. Test d’alcoolémie en prime. Tout va bien, j’ai le droit de rentrer à l’hôtel…

Des châteaux de sable sur la place principale
Graz depuis les hauteurs

Prêt à reprendre la route en direction de Salzburg demain ! (Je retourne sur mes pas malheureusement, mais c’est le prix à payer pour voir Melk, Linz et Graz…). Et pour ceux qui n’ont aucune idée de où se situent tous les lieux que je viens de mentionner, voilà les cartes !

Vienne – Melk
Melk – Linz – Steyr
Steyr – Admont – Gstatterboden
Gstatterboden – Frohnleiten
Frohnleiten – Graz

6 commentaires sur « Ces petits détails qui font toute la différence… »

  1. Bravo pour ce premier col à plus de 1000 !

    Attention aussi au rain Jay-ket dont la partie inférieure parfois … se remplit d’eau . Un bout de sac plastique en guise de bavette peut éviter le désagrément .

    Bon courage pour l’automne qui semble arriver.

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  2. Nous te retrouvons après 2 semaines d’absence ( nous crapahutions dans les Alpes savoyardes … )
    Nous sommes heureux de voir que tout va bien. Tu approches d’un région dans laquelle nous avons séjourné.
    On t’embrasse et … sois prudent !

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  3. Peu de chances tout de même que ton orignal soit bien un élan, étant donné la répartition géographique du bougre. Parions plutôt sur un daim de type demerd.

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  4. Avec ton article, on va pouvoir créer de nouveaux couplets à Bonne Idée (JJ Goldman) & Mauvaise Idée (Orelsan)

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  5. En recherchant bien, je n’ai pas retrouvé la référence sur le virage mal négocié !!! Tiens, tiens, bizarre… quelque chose à cacher ?!?!
    Sinon la chute a l’arrêt est déjà arrivée au moins une fois à tout bon cycliste roulant avec des pédales automatiques… 😉

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