La deuxième plaie du cycliste

Jour 25, Vienne, 2.000 km

J’espère que dans quelques mois je n’écrirai pas un post intitulé « les douze plaies du cycliste », mais il s’avère que j’ai dû faire face à un second défi de la nature. La pluie c’était déjà quelque chose, mais ceux-là je ne les attendais pas du tout : les moustiques (!!). Mais procédons de manière méthodique pour ne pas perdre le fil.

Je pars donc d’Olomouc, après une bonne nuit dans un bon lit. Le soleil est au rendez-vous, ça fait plaisir après les deux jours que je viens de passer. Je suis tellement content que je compose une petite chanson : « Sous le soleil », sur l’air de « Sous l’océan » de la petite Sirène. Je pourrai vous la chanter à l’occasion. Et je demanderai à Etienne de me faire un remix Dubstep. La route est sympa, petit détour à cause de travaux sur la piste cyclable mais globalement une journée assez calme. Je traverse un lac (ou un fleuve je ne sais pas trop), un kilomètre sur une digue c’est assez sympa. Je passe aussi par hasard à côté d’un « musée » où sont entreposés des avions, des hélicos et des chars de l’armée tchèque. Vestige de l’époque communiste probablement. Simplement un champ sur le bord de la route avec les machines disposées un peu n’importe comment. Ça aurait plu à Papa ou à Gogo.

La digue qui traverse le fleuve-lac
Une armée de Mig
Gogo tu crois que tu pourrais nous faire voler celui-là?

J’arrive ensuite à Brno. Deuxième ville de République Tchèque. J’ai le temps de me promener un peu. Le schéma est classique : une vieille ville piétonne, des rues pavées et un château sur une colline qui surplombe le tout. Je croise deux types qui font un combat avec des sabres en plastique. Assiste à un concert de punk dans la cour du château. Prend un des meilleurs chocolats chauds de ma vie dans un petit café dans un parc. Passe à côté d’un groupe qui joue du jazz en face de l’université. Les gens dansent. Je n’ose malheureusement pas inviter quelqu’un et me joindre à la ronde. La prochaine fois peut-être.  

Brno: La place du marché
Intéressante manière de décorer une cathédrale
Un évêque caché dans sa bible

Direction Bratislava ensuite (certaines mauvaises langues diront que je vais là-bas seulement pour ajouter un pays à ma liste – je les laisse penser ce qu’ils veulent). À la réception de l’auberge de jeunesse où j’ai passé la nuit, on m’a donné des recommandations pour l’itinéraire : châteaux et un musée sur le rideau de fer. Direction Lednice d’abord. Château et jardins magnifiques. En plus ça tombe juste sur ma pause de midi. Parfait. Ensuite Valtice, quasiment sur la frontière autrichienne. Moins impressionnant mais avec de belles vues sur les vignobles aux environs. Je visite aussi ce fameux musée. 90% en tchèque (ce qui ne favorise pas la compréhension des choses) mais intéressant tout de même.

Le château de Lednice…
… et celui de Valtice
Vue sur les vignobles aux environs de Valtice

Je dépense mes dernières couronnes pour m’acheter une glace (grand luxe !!) et me dirige ensuite vers la Slovaquie. Je longe la frontière avec l’Autriche pendant un petit moment (je ne veux pas y entrer avant dimanche) et je finis par changer de pays : le troisième depuis le début du voyage !

La frontière slovaque

Je suis tout seul sur la route. Pas beaucoup de différence avec la République Tchèque. Je croise des bunkers de temps en temps. Probablement des vestiges du rideau de fer. Je suis tout près de la frontière et à un moment mon GPS me dit que je suis en Slovaquie, j’ai l’Autriche en face de moi à gauche et la République Tchèque à droite. Je ne résiste pas à la tentation de faire une photo. On ne voit que des arbres…

Les bunkers sur la route
3 pays d’un coup!

La journée touche à sa fin et je commence à chercher un endroit pour camper. Je trouve une petite forêt juste à côté de la piste cyclable. Ça me semble parfait. C’est à ce moment-là que les enfers se déchainent. Je me fais attaquer par une horde de moustiques. Je me dis que ça va passer. Je monte la tente. Les moustiques sont toujours plus nombreux. Loubs, tu vas me dire que c’est dans la tête. C’est vrai. Et aussi dans les yeux, dans les oreilles, sur les bras, les jambes… Ils sont tellement nombreux que j’arrive à en tuer 5 ou 6 d’un seul coup sur mon pied. Je me dis que je vais faire un feu pour essayer de les éloigner. Ça devient intenable. Je remballe le tout et je fuis. Moustiques 1 – Pierre 0. Si j’avais pu prendre ma tente sur le dos et partir en courant je l’aurais fait. Je vise un camping à une dizaine de kilomètres un peu plus loin sur la route. Je suis sous le choc. Je ne pensais pas que les moustiques pourraient être une telle nuisance. Ça va un peu mieux au camping, je sirote une bière pour me calmer. Mais dès que la nuit commence à tomber ils sont de retour. Je me dis que ça ira mieux après la douche. Faux. C’est pire. J’abandonne l’idée de me faire à manger. Moustiques 2 – Pierre 0. Je m’enferme dans la tente le plus vite possible et commence à faire la chasse aux moustiques qui s’y sont engouffrés. Après 45 minutes d’une bataille intense, je les ai tous exterminés. Il ne me reste plus qu’à manger (froid) et dormir, en espérant que l’ennemi ne trouvera pas une ouverture dans la tente pour venir troubler ma nuit. Score final 2 – 1 pour les moustiques. Foutu Vietnam. C’était pas ma guerre…

La nuit se passe bien finalement, j’avais bien réussi à me débarrasser complètement de l’ennemi. Le soleil est de sortie, la journée s’annonce belle. Surtout que j’ai une étape courte avant d’arriver à Bratislava en fin de matinée et je vais pouvoir profiter un peu de la ville. Je longe le Danube sur les derniers kilomètres, c’est assez joli, la piste cyclable est bien aménagée, c’est agréable. Après un bon repas pour fêter mon arrivée, je dépose mes affaires à l’auberge de jeunesse et je pars faire un tour en ville. Encore une fois la structure est connue : la vieille ville, le château, un cimetière de soldats soviétiques de la seconde guerre mondiale en haut d’une colline (le monument principal est en travaux, ça me rappelle le Cavalier Doré de Dresde… je vous laisse utiliser Google comme des grands cette fois), des églises (dont une bleue), des parcs, c’est assez sympa. Retour à l’auberge où l’équipe a prévu un repas slovaque typique (salade de pommes de terre et une sorte de schnitzel végétarien, très bon), très bonne ambiance, ça me permet de discuter un peu avec des gens : des français (dont un marcheur), un chauffeur de poids lourds polonais qui parle 6 langues, des cyclistes allemands (qui partent malheureusement trop tôt pour moi le lendemain), des anglais, d’autres allemands, des italiens, des américains, bref, un bon petit mélange. La soirée se poursuit au bar de l’auberge puis en ville. La bière n’est pas chère et coule à flots, ça fait du bien de retrouver une sorte de vie sociale.

L’église bleue
Le Danube-Philarmonie (pas très marin comme style, mais tout le monde ne peut pas avoir le talent des architectes à Hambourg…)
Hommage à un DJ inconnu?
Le monument (en travaux) du cimetière de Slavin
Bratislava depuis les hauteurs

La nuit est courte et le réveil compliqué. Mais j’enfourche à nouveau Jay vers 9h, direction Vienne. Encore un soleil radieux. Passage de la frontière autrichienne non spectaculaire (il n’y a même pas le panneau idoine où prendre la photo habituelle… quelle tristesse) et ensuite piste cyclable toute droite et toute propre jusqu’à Vienne. Ça en serait presque ennuyeux mais au moins j’avance vite et je suis arrivé en début d’après-midi. Je fais une petite boucle qui rajoute 400m à mon parcours de la journée pour arriver pile à 2000 kilomètres. Pour le pèlerinage des 2000, il suffira d’aller à Vienne (rebaptisée Mille-Ville dans un futur proche ?). Je retrouve Michael, premier visage connu depuis Berlin, ça fait du bien ! Repos le lendemain, petit tour de vélo en ville, c’est propre, plein de châteaux et de beaux bâtiments à tous les coins de rue, très agréable pour les cyclistes aussi, et surtout encore sous un beau soleil.

Le château de Schönbrunn…
La cathédrale
Promenade le long du canal du Danube…
… et celui du Hofburg
La maison Hundertwasser
… et dans le Stadtpark

Pour finir je suis accueilli chez Marion et Sinan, assailli de questions métaphysiques par leurs deux enfants pendant le dîner (Pourquoi t’es grand toi? Pourquoi les gens ont une maison?) et abreuvé de bons conseils pour la route à suivre en Autriche. La suite : le Danube jusqu’à Melk, puis Graz et Linz, avec un col à 1.200m au milieu, on va commencer à se préparer comme il faut pour les Alpes !!

Et comme de coutume, les cartes :

Olomouc – Brno
Brno – Malé Lévaré
Malé Lévaré – Bratislava
Bratislava – Vienne

7 commentaires sur « La deuxième plaie du cycliste »

  1. Quel homme vaillant, 2000 km au compteur pas une défaillance !! Bravo champion !!!
    Je note également l’architecture très intéressante du Danube-Philarmonie (Slovenský Rozhlas) car il s’adapterait très bien aux pays chauds. Sa forme évite aux rayons du soleil de pénétrer directement dans les pièces pendant les heures les plus chaudes…!!! Bref, je m’éloingne du récit…
    A te lire, on dirait que même en période COVID, il y a encore pas mal de bourlingueurs en Europe !!
    Bonne route… La bise à Bob et Jay (et déçu que la tente n’est pas encore été nommée !!!! hiihiii)

    J'aime

  2. Tu es au TOP cousin… Je te suis et te tire mon chapeau même si ce n’est que le début… LOL
    Je t’embrasse bien fort.

    J'aime

  3. Bravo Pierre pour tes 2000 premiers kilomètres.
    Suis juste un peu déçu que tu n’ais pas approfondi la question du moustique en précisant quelle(s) espèce(s) avais-tu vaincue(s) … il y a 3 546 possibilités !
    Bon courage pour la suite 🙂

    J'aime

  4. Pitié… on connaît déjà le remix dubstep de « sous l’océan », rien n’oblige à récidiver…
    Félicitations pour les 2 000 !

    J'aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :