Une journée en enfer

Jour 19, Olomouc, 1.636 km

Et dire que ça aurait dû être une partie de plaisir, que ça devait passer comme une lettre à la poste, rentrer comme dans du beurre … (et la liste est longue, on pourrait continuer pendant un petit moment) et bien on peut dire que je me suis fourré le doigt dans l’œil (jusqu’au coude comme diraient certains) ! Moi qui allais presque jusqu’à penser que ça avait été trop facile jusque-là…

Mais commençons par le commencement : Lundi matin, il fait gris, un peu froid, je pars de Prague. Je me dis (un peu simplet) qu’au moins je n’aurais pas trop chaud. Je galère un peu à sortir de la ville parce que le GPS me fait passer par des petits chemins dans un parc, c’est tout boueux, je glisse et je manque de tomber une ou deux fois. Je suis content de retrouver la route et de sortir de la ville. Première destination : Kutna Hora. Je roule bien, j’ai les jambes en feu et un peu de vent dans le dos, la pluie ne me dérange pas trop donc j’arrive à destination en début d’après-midi (un petit 20 km/h de moyenne sur les 4 premières heures, on se croirait de retour au bord de l’Elbe). La ville est jolie, mais il pleut toujours donc je ne m’attarde pas trop. On peut aussi visiter une église décorée avec les os de près de 40.000 personnes. C’est un peu macabre mais assez impressionnant. Malheureusement pas de photos. Seule preuve de mon passage : une vue lointaine de l’Eglise Sainte Barbe.

Sainte Barbe sous un ciel gris

Comme j’ai un peu froid je fais une petite pause soupe dans un troquet sur la route (la dame n’a manifestement pas compris un mot de ce que je lui ai dit, quand j’ai essayé de lui redemander un bol elle m’a apporté l’addition…) et je repars. J’ai dans l’idée de passer à Zďár nad Sázavou, parce que des clients de Luc y tiennent une pension et je me dis que ça serait sympa de déguster un petit verre de Riesling au milieu de la campagne tchèque. En revanche ça porterait mon total pour la journée à plus de 150 km. Avec la pluie je ne suis pas certain d’y arriver. Mais comme la route est agréable (la pluie s’arrête) et que j’ai toujours un petit vent dans le dos je continue. Et plus je m’approche plus je me dis que je ne peux pas m’arrêter en si bon chemin, que je ferais une grasse matinée le lendemain, etc. etc. et à force d’y penser je finis par arriver. 158 km au total, 8h30 de vélo sur la journée, plus de 10h après mon départ de Prague, je frappe à la porte de la pension pour m’entendre dire qu’ils n’ont plus aucune chambre de libre et que les patrons ne seront pas là avant demain. Qu’à cela ne tienne, je me rabats sur le camping voisin en me disant que je passerai le lendemain matin. Je note au passage en montant ma tente que mes sacoches ne sont pas 100% étanches. Heureusement, vu que la pluie n’a pas été trop forte les dégâts sont minimes.

Le lendemain, je fais comme prévu une grasse mat’, et retourne à la pension sur les coups de 10h. Manque de pot, les patrons sont sortis faire du shopping… Le destin ne veut pas que je les croise apparemment. Je fais quand même une photo de la belle collection de bouteilles et sors visiter un peu la ville. Il bruine et il fait froid. Pas un super temps pour jouer les touristes. Je me pose dans un café pour manger un bout et passer un peu le temps. J’ai prévu une petite journée de toute façon.

L’Eglise Saint Jean de Nepomuk, classée au patrimoine mondial par l’Unesco

Une belle collection de vin d’Alsace! Ça doit rappeler des souvenirs à la plupart d’entre vous !

Je finis par me mettre en route en début d’après-midi. La pluie ne s’est toujours pas arrêtée mais je veux quand même avancer un peu (J’ai 130 km à faire en deux jours, et je veux avoir un peu le temps de flâner en arrivant à Olomouc). Et je dois dire que j’ai beau ne pas être en sucre, j’ai un peu de mal. Je pense que je paye en plus la grosse étape de la veille. Bref, je suis trempé, j’ai froid, et malgré les noix et autres carrés de chocolats que j’ingurgite à une vitesse effrayante, j’ai faim. Pour joindre l’utile à l’agréable, le GPS me conseille d’éviter la route et de passer par un petit chemin de forêt bien raide et bien caillouteux. Je me régale ! Je glisse, je dérape, je manque de tomber plusieurs fois et quand le chemin s’aplanit un peu je tombe sur non pas 1 mais 2 gués (!!). Je passe le premier en fonçant tout droit avant de me rappeler le manque d’étanchéité des sacoches… Malin. On verra ce soir. Même quand ça descend j’ai peur de me gaufrer, j’ai l’impression que mes freins vont lâcher, j’aurais besoin d’essuie-glaces pour y voir clair. Un enfer. C’est dans ces conditions que se produit le premier accident de la route du voyage. Rassurez-vous, Jay, Bob et moi allons bien. En revanche, en face c’est pas beau à voir. Il pleut donc, une belle descente. Virage serré à droite. Je freine mais j’arrive surement un peu vite. Quand je le vois, c’est déjà trop tard. Collision frontale. Bilan : un escargot mort. Les médecins m’assurent qu’il n’a pas souffert.

Gué n°1
Gué n°2, 3 kilomètres plus loin

Petit détail dont ceux d’entre vous qui suivent leurs performances sportives à l’aide d’une montre connectée saisiront l’importance : vers 16h, après plus de 60km, ma montre décide d’effacer toute les données de la journée. Pour résumer : j’ai faim, j’ai froid, je suis trempé, lâché par la technologie, j’ai un meurtre sur la conscience et j’ai de plus en plus de mal à faire tourner les jambes. J’en ai ras le bol. Je me décide à chercher un endroit pour la nuit et pour me réconforter je me dis que je vais essayer de faire un feu (il pleut depuis deux jours, rappelons-le). Je trouve un coin dans un bois de sapins, pas du tout abrité, et je monte ma tente en vitesse. Je m’escrime ensuite pendant une dizaine de minutes sur une tentative de feu (j’enlève l’écorce du bois pour avoir la partie sèche, je fais un joli tas, bref je prépare ça comme il faut) avant de me rendre compte que le papier dont je voulais me servir pour allumer le tout est tellement humide (sacoches non-imperméables rappelez-vous) qu’il ne prend pas feu. Et la pluie qui tombe directement sur mon foyer improvisé n’aide pas non plus. Echec sur toute la ligne. Mon sac de couchage est aussi mouillé, ainsi qu’une partie de mes affaires de rechange. J’avale une soupe et me roule en boule en espérant parvenir à me réchauffer. Il est 19h. J’ai pas envie de lire ou d’écrire. J’ai juste froid.

La nuit est agitée. Je suis réveillé toutes les deux heures par les gouttes d’eau qui tombent sur la tente. Dire que la météo annonçait un arrêt de la pluie vers 18h. Je me retourne et essaie de me rendormir. Au petit matin il ne pleut plus mais il fait froid. Et remettre manteau et chaussures est très loin d’être agréable. Heureusement j’ai du thé bien chaud. Et quand je sors de la forêt j’aperçois le soleil au loin. Le moral remonte. J’ai une petite journée aujourd’hui en plus, Olomouc n’est qu’à une quarantaine de kilomètres. Le temps d’y arriver le manteau et les chaussures sont secs et le moral est à nouveau au beau fixe ! Comme quoi il ne m’en faut pas beaucoup ! Je profite un peu de l’après-midi et de la ville d’Olomouc, très jolie et pas trop envahie par les touristes.

La colonne de la Sainte Trinité
La cathédrale St Wenceslas
Inspiré de Banksy?
Petite galerie cachée

Dans tout ça, je me plains un peu mais dès que je m’arrête quelque part j’ai des fourmis dans les jambes et envie de repartir. Dès que le soleil arrive la pluie est oubliée. Et la journée de la veille n’est qu’un mauvais souvenir le lendemain. Alors vivement demain ! Direction Brno, puis Bratislava et Vienne. Arrivée à Vienne prévue dimanche soir ! Merci encore pour tous vos messages et commentaires, ça me fait toujours très plaisir de vous lire !!

Les cartes (à la petite erreur technique près…) :

Prague – Zďár nad Sázavou
Zďár nad Sázavou – Horni Stepanov (il manque un petit bout à gauche…)
Horni Stepanov – Olomouc

Et en bonus, on fait de drôles de rencontres sur le bord de la route…

13 commentaires sur « Une journée en enfer »

  1. Tu peux allumer le feu avec de la mousse aussi… (ha bon ? Elle n’est pas sèche ? 😬) bon courage !! C’est super ce que tu fais, accroche toi !

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  2. ça y est fin de mes vacances donc je peux te suivre grâce à ta soeur béné qui m’a aidé un peu, beaucoup lol
    Ca fait plaisir de te suivre en tout cas bon courage et bravo pour cette belle initiative
    bises

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