48 heures de la vie d’un cycliste

Jour 14, Prague, 1.351 km

Vous êtes dans une petite pension familiale sur la Côte d’Azur, un soir de printemps. Tous les clients sont en émoi parce que les médias viennent d’annoncer que le dernier vainqueur du Tour de France était dopé. Une discussion enflammée s’engage entre les différents clients de l’établissement, discussion à laquelle vous ne pouvez participer à cause de votre méconnaissance du sport. Vous passez une très mauvaise soirée et vous allez vous coucher sans piper mot… Pour faire face à ce cas de figure imaginaire mais hautement probable, je vais vous faire vivre avec moi 48 heures sur la route, et pour faciliter l’exercice, nous allons partir du principe que l’action se situe en République Tchèque, quelque part entre Pilsen, Cesky Krumlov et Prague.

Déjà, vous avez de la chance, il fait beau, pas trop chaud, il y a juste assez de vent pour qu’il ne fasse pas trop lourd mais pas trop pour que ça en devienne un handicap sur le vélo. Les kilomètres défilent plaisamment, plus ou moins vite selon le relief ou la direction du vent, et vous regardez passer la campagne Tchèque : des champs (beaucoup de champs, de blé surtout), des forêts (la piste cyclable devient souvent moins cyclable á ce moment-là, attention aux cailloux !), des villages (plus ou moins grands, certains sont même si petits que les panneaux d’entrée et de sortie ne sont distants que de 150 mètres) souvent ornés d’une église qui peut être parfois assez jolie, des étangs, des rivières, bref, vous pouvez agréablement vous occuper à admirer le paysage. Côté faune, on trouve quelques chevaux, quelques vaches, beaucoup d’oiseaux et même la biche ou l’écureuil occasionnel.

Un église rencontrée sur la route
Une autre…

On pourrait penser que la journée est monotone, mais elle est rythmée de pleins de petits événements : tout d’abord, les médecins recommandent d’éviter la station assise pour une trop longue période. Il faut donc faire des pauses, à peu près toutes les heures, pour éviter des problèmes de postérieur (on parle même d’amputation de la fesse gauche dans les cas les plus graves). Ces pauses sont l’occasion d’accomplir différents rituels : l’hydratation, l’alimentation (on note sur la photo ci-après l’effet fondu-resolidifié du chocolat, qui donne un goût particulier que les meilleurs chocolatiers suisses ne sauraient renier), le crémage (si vous n’avez pas une peau de rouquin vous ne comprendrez jamais l’importance primordiale de cette étape) et bien entendu l’évacuation, qui ne peut malheureusement pas se faire depuis le vélo (ou alors avec d’importants risques de dérapage).

Le goûter des champions!

La journée prend aussi souvent des allures de jeu de piste, où le but est de trouver les panneaux indiquant la route à suivre, parfois très clairs, parfois un peu moins… En cas de doute affreux, le GPS du téléphone est heureusement prêt à venir à la rescousse du cycliste. Ce qui n’empêche pas les tours et détours (exemple aujourd’hui, un petit détour de 20 kilomètres pour avoir suivi les mauvais panneaux, ça rend tout de suite une journée un peu plus longue que prévu… surtout que j’ai dû traverser une zone de travaux et porter Jay et tous les bagages pour passer… Pas top)

Les indices du jeu de piste…
… trouvez la bonne route!
Les travaux sur la route

Sinon que faire d’autre du temps qui passe ? Une de mes occupations favorites est de mettre en application le Théorème du Cimetière, qui m’a été enseigné par Maître Louis. Ce théorème pourrait s’exprimer de la manière suivante : « Soit un village V sur une route R. Si V contient un cimetière, alors ledit cimetière dispose nécessairement d’un point d’eau potable (et fraîche !) accessible à tout cycliste ». Comme j’ai une consommation d’eau assez importante au vu de la chaleur (et de l’importance de s’hydrater, toujours selon les médecins), je dois mettre le théorème en application 2 à 3 fois par jour. Et je dois avouer qu’après une vérification empirique, ce théorème s’avère vrai dans tous les cas ! Il semblerait qu’il existe une version qui s’applique également aux terrains de sport, ce que mon expérience n’a en revanche pas pu démontrer jusqu’à présent. Je dispose donc d’eau fraîche en permanence, ce qui rend la route d’autant plus agréable. Et avec le temps qui me reste, je parle : à moi-même, à Jay et Bob, à la route (pour lui reprocher de continuer à monter alors qu’elle aurait évidemment dû descendre par exemple), ou encore aux conducteurs qui me frôlent à 90 dans une montée (et je ne préfère pas reproduire ici le vocabulaire utilisé). Je chante aussi de temps en temps…

Puis vient le moment de la journée où je me dis qu’il serait temps de m’arrêter. Il s’agit alors de trouver un endroit où passer la nuit. En général, j’évite les champs ou les châteaux (même si j’ai été tenté par le château) et je cherche plutôt un coin de forêt un peu à l’écart de la route. Il y a des journées où la loi de Murphy s’applique, d’autres où elle ne s’applique pas : il s’écoule parfois 5 minutes entre le moment où je décide de m’arrêter et le moment où je trouve l’endroit parfait pour camper, parfois 45 minutes… Une fois l’endroit trouvé, je m’attelle à dresser le camp : montage de la tente, gonflage du matelas, de l’oreiller, rangement des sacoches dans la tente, dépliage du cas de couchage, la routine est bien réglée et me prend environ une demi-heure. Ensuite dîner des champions !!

J’ai hésité, mais j’ai pas osé
Hmmmm! Des pâtes instantanées!!

Au matin, le rituel est encore plus strict : petit déjeuner (riz ou ebly avec un peu de sauce soja pour donner du goût), une gourde isotherme de thé à la menthe pour la matinée, pliage de la tente et empaquetage des affaires et on est repartis pour une nouvelle journée ! Et si cette journée se termine dans une ville, l’arrivée s’accompagne souvent d’un copieux dîner et d’une bonne bière ! Et voilà, vous avez maintenant tous les éléments pour briller en société !

Comme d’habitude, un petit résumé des étapes des quatre derniers jours sur la carte :

Pilsen – Protivin
Protivin – Cesky Krumlov
Cesky Krumlov – Krenovice
Krenovice – Prague

Et quelques événements marquants en prime :

  • Peu après la sortie du petit village de Dozice, j’ai officiellement passé le kilomètre 1000 ! J’ai pour l’occasion érigé un petit monument pour ceux qui voudraient se rendre en pèlerinage sur ce lieu (pas certain qu’il tienne très longtemps alors dépêchez-vous !)
Le Monument des Milles
  • J’ai aussi effectué (et gagné !!) une course contre l’orage : ça rappellera des souvenirs à certains…

Et pour finir quelques photos prises sur la route :

Cesky Krumlov
Cesky Krumlov

Jay qui joue au train
Petite pause au bord d’un étang
Remontée de la Vltava pour arriver à Prague

5 commentaires sur « 48 heures de la vie d’un cycliste »

  1. Dans quelques années, il y aura la religion du 1000, où les croyants iront en pèlerinage se recueillir devant le monument des 1000, commémorant la traversée de l’Europe du prophète Pélu

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  2. Pour une fois que ce sont les gauchers qui sont mis à l’honneur, c’est lié à un risque d’amputation… foutu Vietnam!

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