Le jour où j’envahis la Tchéquie

Jour 10, Pilsen, 954 km

Après une semaine à me faire les cuisses et les mollets sur les routes allemandes, me voilà prêt à aller me faire voir ailleurs, dans ce cas précis en République Tchèque. D’ailleurs, je me demande en quittant Dresde pourquoi l’Allemagne n’est pas appelée aussi le pays plat. 500 m de dénivelé positif sur 500 km de trajet, on peut affirmer que c’est loin d’être vallonné… Première étape après Dresde, la Suisse Saxonne (traduction littérale de l’expression allemande). Ayant suivi l’Elbe sans histoires pendant quelques kilomètres, je commence à entrevoir les contreforts rocheux sur chaque rive. C’est très joli et ça donne envie d’aller voir de plus près. Seul inconvénient, il y a beaucoup de monde et je n’ose pas laisser Jay tout seul… Je me décide pour un combo rando-vélo. Pas une brillante idée : c’est plein de marches, de pavés, et de passages clairement impraticables pour un vélo chargé. Je me rabats sur une cascade. Elle est fermée. Pas de bol. Me résout à continuer en espérant que la prochaine étape soit plus adaptée aux vélos. Direction Königstein. À travers la forêt. On traverse l’Elbe encore une fois. Je me dis que tant qu’à profiter de la Sächsische Schweiz, autant le faire avec Jay et je décide de couper par les montages tout droit vers la République Tchèque. Idée du siècle…

Sächsische Schweiz
Heureusement que le chemin est adapté pour les vélos!
On traverse l’Elbe une dernière fois

On quitte l’Elbe. Et on se lance à l’assaut des montagnes. La première montée est tellement violente que j’hésite à faire demi-tour. C’était bien le plat au bord de l’Elbe. Finalement je serre les dents, je mouline et je grimpe. Moi qui était si fier de mes 18-20 km/h de moyenne sur le plat, je me retrouve à monter à 6,6 km/h. On va dire que c’est la gravité qui veut ça… Au moins j’apprécie d’être dans la forêt, ça change. Et la descente après. Le pied ! On fait une pointe à 57 km/h ! Ensuite ça remonte, puis ça redescend, mais ça a le mérite de rendre le trajet intéressant. Je passe en République Tchèque. Je m’attendais à un poste frontière, des gardes, des chiens, un regard soupçonneux sur mon passeport, une vérification de mes sacs… en fait non. Juste un panneau. Comme quoi on se fait des idées parfois… Je décide de prendre une bière pour fêter l’événement. On me dit qu’on ne prend que le liquide. Apparemment les Euros aussi mais je ne m’en rends compte qu’en partant. Au vu de ce que je monte après je suis content de ne pas avoir pris une bière…

La frontière tchèque

Je réalise aussi que les pistes cyclables tchèques ne sont pas les pistes cyclables allemandes. Je fais une descente que tout VTTiste aurait appréciée. J’apprécie moins. En plus une de mes gourdes, probablement excédée par ma conduite trop sportive, décide de sauter en route… J’ai lancé un avis de recherche au commissariat le plus proche mais je doute d’une fin heureuse de cette histoire. J’arrive (en une seule pièce) à Ústi nad Labem. Pas très joli. Je mange un morceau et me met en quête d’un endroit où dormir. Je traverse des friches industrielles. Longe des voies ferrées. Pas top pas top. Finalement je trouve un bois qui, même s’il a l’air d’une décharge au premier abord (une autre différence vis-à-vis de l’Allemagne : il y a des déchets partout…), recèle une petite clairière où j’installe ma tente. Après une nuit sans histoires (sans moustiques, chiens, bêtes sauvages ou garde-chasse, une bonne nuit en somme !), je repars en direction de Karlovy Vary. En comparaison avec l’Allemagne, il se passe plein de choses : ça monte, ça descend, je suis sur la nationale, je longe une voie ferrée, je dois emprunter un chemin de cailloux, j’ai une super piste en bitume toute propre, il pleut (fort même pendant une heure, mais les sacoches sont bien imperméables donc tout va bien), je passe des gares désaffectées, des usines, des carrières, j’ai l’impression d’être seul sur la route et deux minutes après je me fais frôler par un camion, en bref, une journée bien remplie !

Ceci est une piste cyclable
Cela aussi
Et ceci encore

J’arrive à Karlovy Vary, une ville renommée pour ses spas et ses sources naturelles. Ça sent l’argent à plein nez, apparemment des investisseurs russes ont donné une nouvelle jeunesse à cette destination pour les vacanciers tchèques, mais je dois avouer que c’est joli. Je me promène entre deux gouttes de pluie, hésite à escalader Diana (Alex ne te vexe pas, c’est le nom d’un observatoire, si si je t’assure, tu peux vérifier), me rend compte que c’est fermé. Décide de me diriger vers le camping. Me rend compte qu’il est fermé aussi. Pas de bol. Je me rabats sur un parc à côté en priant pour que personne ne vienne me chercher des noises… En même temps on est dimanche.

Karlovy Vary: des belles maisons…
…toujours plus de belles maisons…
…et des bains thermaux

Nuit tranquille, je pars pour Pilsen. J’ai vu dans le guide qu’on pouvait visiter la brasserie qui produit la Pilsener Urquell (les amateurs reconnaitront), mais seulement avec un guide, et la dernière visite du jour est à 16:30. Journée contre-la-montre donc. Je fais un crochet par Loket (le coude en tchèque), un village situé dans un « coude » de la rivière Ohre. Le chemin pour y arriver est magnifique. Le résultat à la hauteur des attentes (même si le contre-jour assumé de mes photos ne rend pas entièrement justice au paysage).

Sur la route de Loket
Loket, le village préféré de Goethe (c’est du moins ce que disent les tchèques, ou les allemands je suis pas sûr…)

Ensuite je fonce vers Pilsen, brave des montées à plus de 12%, le soleil ardent, les attaques de moucherons, une pénurie imprévue d’eau, pour arriver à la brasserie à 15:50 et découvrir que la seule visite guidée restante de la journée est à 16:00 et en tchèque. Le fascicule fourni avec est assez bien fait et je comprends 1,3% de ce que le guide raconte, ce qui me pousse à dire que ce fut une visite réussie !

La brasserie vue de dehors…
… et de dedans.
Les cuves (apparemment juste pour faire plaisir aux touristes)

Si je devais résumer mon expérience en République Tchèque jusqu’à présent je dirais : ça monte (plus de 1000m de dénivelé positif par jour depuis samedi), les tchèques ont inventé le concept de la montée après la montée (moi qui croyait que ça descendait toujours après une montée, je me suis méchamment fourvoyé), ce n’est pas aussi propre, droit et plat que l’Allemagne (ce qui a tout de même le mérite de rendre la route plus intéressante), on communique mieux en allemand qu’en anglais (peut être lié à la proximité avec la frontière), tous les campings sont fermés (du moins quand j’en cherche un), on peut remplir ses bouteilles à des sources gazeuses naturelles (ça se passe au moins un jour sur trois, c’est prouvé statistiquement), et je suis à exactement 46 km du kilomètre 1000, ce qui devrait donner lieu demain à une célébration à la hauteur de l’événement ! Sur ce, je finis ma quatrième bière et mon deuxième café, donc je pense que je vais vous laisser pour ce soir avant de vous retrouver en direct depuis Prague (on me dit dans l’oreillette que je devrais y être dans 4 jours). Et merci pour tous vos messages, même si je ne réponds pas tout de suite ça me fait plaisir de vous lire !!

Et quand même, pour finir, un résumé en cartes du trajet des 3 derniers jours :

Dresden – Teplice

Teplice – Karlovy Vary
Karlovy Vary – Pilsen

8 commentaires sur « Le jour où j’envahis la Tchéquie »

  1. Je note que tu t’inquiètes uniquement de la réaction/avis de mon mari 😉

    Bon voyage et bon courage pour les prochaines montées… avec un peu de chance il y aura de nouvelles brasseries à l’arrivée !

    J'aime

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